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Raymond Bellour : La Querelle des dispositifs

Article publié le : Samedi 4 mai 2013. Rédigé par : Jean-Louis Boissier

bellour-querelle

Raymond Bellour
La Querelle des dispositifs, « Cinéma — installations, expositions »
éditions P.O.L, collection TRAFIC, novembre 2012, 576 pages, 37 €
, ISBN : 978-2-8180-1701-2

– Dites-moi au moins l’argument de la querelle.
– Oh ?! il est si simple qu’il paraît pauvre face à tant de points de vue qui aménagent plus ou moins une dilution du cinéma dans l’art contemporain, et son histoire à l’intérieur de l’histoire de l’art. La projection vécue d’un film en salle, dans le noir, le temps prescrit d’une séance plus ou moins collective, est devenue et reste la condition d’une expérience unique de perception et de mémoire, définissant son spectateur et que toute situation autre de vision altère plus ou moins. Et cela seul vaut d’être appelé « cinéma ».
– Vous ne suggérez tout de même pas une primauté de l’expérience du spectateur de cinéma sur les expériences multiples du visiteur-spectateur des images en mouvement de l’art dont on tend à le rapprocher? ?
– Évidemment non. Il s’agit simplement de marquer qu’en dépit des passages opérant de l’une aux autres et inversement, ce sont là deux expériences trop différentes pour qu’on accepte de les voir confondues. On n’oblige personne à se satisfaire de la « vision bloquée » de la salle de cinéma. Ce « désert de Cameraland », disait Smithson, ce « coma permanent ». On peut préférer la flânerie, la liberté du corps et de l’esprit, la méditation libre, l’éclair de l’idée. On peut aussi, comme Beckett, se sentir « mieux assis que debout et couché qu’assis ». Simplement, chaque fois cela n’est pas pareil, on ne sent ni on ne pense vraiment les mêmes choses. Bref, ce n’est pas le même corps. D’où la nécessité de marquer des pôles opposés pour mieux saisir tant de positions intermédiaires.

Les essais rassemblés dans ce livre, écrits entre 1999 et 2012, évoquent parmi d’autres les artistes et cinéastes Eija-Liisa Ahtila, Chantal Akerman, Zoe Beloff, James Benning, Dara Birnbaum, Jean-Louis Boissier, Janet Cardiff et George Bures Miler, Hans Castorf, David Claerbout, James Coleman, Pedro Costa, Harun Farocki, Masaki Fujihata, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, Douglas Gordon, Pierre-Marie Goulet, Philippe Grandrieux, Gary Hill, Alfredo Jaar, Ken Jacobs, Rinko Kawauchi, Thierry Kuntzel, Fritz Lang, Chris Marker, Cildo Meireles, Jonas Mekas, Avi Mograbi, Antoni Muntadas, Max Ophuls, Tony Oursler, Pipilotti Rist, Doug Aitken, Tania Ruiz Gutiérrez, Sarkis, Shelly Silver, Robert Smithson, Michael Snow, Beat Streuli, Sam Taylor-Wood, Eulalia Valldosera, Danielle Vallet Kleiner, Agnès Varda, Bill Viola, Jeff Wall, Apichatpong Weerasethakul.
[Texte de l'éditeur]

Note de lecture :
En publiant ses essais datés des 13 dernières années, Raymond Bellour construit ce qui devait être l’Entre-Images 3. Après L’Entre-Images, Photo, Cinéma, Vidéo (1990) qui accompagnait la recherche qui devait aboutir à l’exposition Passages de l’image (Centre Pompidou, 1990), nommée à partir de Michaux et Benjamin, dont il fut l’inspirateur et le co-commissaire (avec Christine van Assche et Catherine David) et un deuxième volume, L’Entre-Images 2, Mots, Images (P.OL, 1999), où se confirmait son intervention originale dans les champs connexes du cinéma et de la vidéo. À l’observer partout dans le monde, le cinéma dont la mort était annoncée ne se porte pas si mal. Alors que le dispositif du cinéma — « un dispositif qui a particulièrement réussi » — perdure, toutes les images en mouvement sont désormais soumises à une polarité : le musée et l’ordinateur. Si Raymond Bellour pointe l’artisation du cinéma, ou plus précisément le devenir Beaux-Arts du cinéma, il n’en réaffirme pas moins hautement l’appartenance du cinéma aux arts : c’est un art parmi d’autres, dont il faut voir la dimension populaire, commune, et aussi vulgaire. Il s’agit d’en reconnaître la particularité et donc de savoir dénoncer la négation de sa frontière. Frontière qui permet tous les passages, mais, comme un écho à l’« histoire naturelle » du cinéma que se voulaient les deux livres de Deleuze, frontière naturelle puisque le cinéma a une nature qui réside dans son dispositif : la salle, le noir, la projection, les spectateurs assis ensemble pour assister « par contrat » à un film, de son début à sa fin.
Si la majorité des textes ont été publiés dans Trafic, cette reprise d’essais dont la publication initiale était très spécifique leur donne une lisibilité nouvelle. Il en est ainsi pour les travaux de Tania Ruiz, de David Claerbout, de Jean-Louis Boissier, qui, à un titre ou à un autre, prolongent grâce au numérique des procédés laissés sans postérité directe par le cinéma : le scrolling panorama, le diorama photographique, la chronophotographie. Les textes importants qui sont dédiés à Chantal Ackerman et à Agnès Varda, démontrent comment ces deux cinéastes ont su passer du côté des installations, tout en révélant les effets en retour de leurs inventions artistiques sur leur propre cinéma. Un texte central fait quelque peu exception, il relie tout un ensemble de propositions d’artistes très divers, car il accompagnait une exposition dont Raymond Bellour fut le commissaire à Lisbonne en 2005 : « Du photographique. États d’images, instants et intervalles ». Intégrant le numérique mais focalisé par le photographique, son diagramme conceptuel peut faire écho au texte dédié à Harun Farocki : « Si bien que Farocki semble dire, après Roland Barthes, que c’est bien l’avènement de la photographie plutôt que celui du cinéma qui partage l’histoire du monde. » (p. 237).
Cependant, dans son introduction, Raymond Bellour, tout en ayant une conscience aigüe des mutations que connaît le cinéma avec son transfert vers d’autres supports que le film et d’autres contextes que celui de la projection et de la salle, liées au numérique (on voit des films sur Internet, sur un smartphone, etc.), semble éviter ce qui, dans ces conditions, transforme l’écriture du cinéma elle-même, sans pour autant l’entrainer vers l’installation. Il n’aborde pas non plus directement cette figure du regardeur qui ne serait pas celle du spectateur (dans la salle) ou celle du « flaneur » (dans le musée) mais celle du joueur ou, plus simplement, du lecteur. Ces formes désormais très puissantes, y compris économiquement, que connaît l’image en mouvement portée par les réseaux et par les jeux, possèdent elles aussi des potentialités artistiques, certainement distinctes de celles du « pur cinéma », mais qui lui doivent tant et qui, en retour, ne cessent de le transformer.
[LT]

Document :
Un entretien avec Raymond Bellour à propos de La Querelle des dispositifs (19 mn)

Voir :
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-1701-2
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=videos-sons&numpage=20&numrub=11&numlivre=6526

Et aussi, le texte de Raymond Bellour pour le CD-ROM de Jean-Louis Boissier Moments de Jean-Jacques Rousseau, Gallimard, 2000, repris dans La Querelle des dispositifs : http://www.ciren.org/ciren/productions/moments/bellour.html

Antoine Compagnon : Baudelaire et les « petits journaux »

Article publié le : Samedi 11 février 2012. Rédigé par : Jean-Louis Boissier

Article cité de : © 2012 Le Huffington Post SAS. Tous droits réservés. 31/01/2012

 

Baudelaire était un enfant de la presse. Il avait 15 ans en 1836, quand les premiers quotidiens de grand format et à grand tirage virent le jour, La Presse d’Émile de Girardin et Le Siècle d’Armand Dutacq. Sur quatre pages serrées, avec un roman-feuilleton au rez-de-chaussée de la première, ils déroulaient les nouvelles de Paris, du pays et de l’étranger, la chronique judiciaire, les faits divers, les cours de la Bourse, tandis que des publicités pour une loterie ou une pommade couvraient la dernière page. Ce fut une révolution technique et morale aussi brutale, aussi troublante que, depuis lors, l’avènement de la radio, de la télévision, etc.
Quelques années plus tard, ayant atteint l’âge adulte, Baudelaire songea sérieusement à se suicider. À ses amis qui lui demandaient pourquoi, il donnait comme explication la nouvelle presse quotidienne : « Les journaux à grand format me rendent la vie insupportable », leur répétait-il. Les gazettes, comme on disait, provoquaient en lui l’envie de fuir vers « un monde où elles n’ont pas encore fait leur apparition ». Anywhere out of the world : là où il n’y aurait pas eu de journaux.
Comme si un jeune homme ou une jeune fille d’aujourd’hui parlait de se tuer à cause du monde numérique, Web 2.0, Facebook ou Twitter, l’équivalent contemporain des « journaux à grand format » pour Baudelaire, notre Presse et notre Siècle.
Que leur reprochait-il de si grave, au point de vouloir mourir ? Le journal, c’était le symbole même du monde moderne, c’est-à-dire de la décadence spirituelle. Il signifiait la disparition de la poésie, la substitution de l’utile au beau, de la technique à l’art, le culte de la matière, l’abolition de toute transcendance : « Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle. »Et pourtant, Baudelaire vécut de la presse. Il qualifiait Sainte-Beuve de « poète-journaliste », sous prétexte que celui-ci était passé des Poésies de Joseph Delorme à la chronique des Lundis, mais lui-même l’a été bien davantage, « poète-journaliste », apprenant son métier dans les « petits journaux », ces feuilles littéraires et satiriques d’avant-garde qui disparaissaient aussi vite qu’elles avaient éclos, mais aussi cherchant à placer ses poèmes en vers ou en prose, ses Salons, ses essais, dans les journaux à grand format, et y parvenant parfois.
L’inventeur de la « modernité » a été scandalisé par la presse : elle l’a fasciné et il l’a détestée, mais il n’eut jamais de cesse qu’il y publiât. Il découpait dans le presse et il collectionnait les articles qui illustraient la stupidité de ses contemporains, mais il ne pouvait pas se passer des journaux, des petits et des grands, de les lire, d’y écrire.
Qu’aurait-il pensé de notre internet ? Pas grand bien, sans doute. Il nous dirait, comme il l’écrivait des journaux : « Et c’est de ce dégoûtant apéritif que l’homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. » Et si ce n’était que le matin ! Mais il n’en reconnaîtrait pas moins une fonction indispensable et irremplaçable aux blogs, tous ces « petits journaux » d’aujourd’hui, capables de reprendre, de corriger, de dénoncer les approximations des médias de masse : « Toutes les fois qu’une grosse bêtise, une monstrueuse hypocrisie, une de celles que notre siècle produit avec une inépuisable abondance se dresse devant moi, tout de suite je comprends l’utilité du « petit journal ». » Il rappelait cela dans une lettre à un « petit journal » où il protestait contre les idées reçues, la doxa du jour.
Le « petit journal » taquinait le « journal à grand format » ; les blogs, les tweets, les réseaux sont nos petits journaux. Sans eux, on aurait parfois envie de disparaître. N’importe où hors du monde numérique.

Antoine Compagnon
Professeur au Collège de France, chaire de Littérature française moderne et contemporaine

Sur la lecture, lire : « Ma machine à relire », http://www.huffingtonpost.fr/antoine-compagnon/ma-machine-a-relire_b_1260175.html

Metaxu, Fabien Giraud

Article publié le : Dimanche 4 décembre 2011. Rédigé par : Jean-Louis Boissier





L’œuvre de Fabien Giraud Le La Mort est coproduite par Rosascape (Paris, square de Maubeuge, Paris 9e) et Forde (Genève). Elle est composée de quinze livres imprimés en linotypie. « Chaque ouvrage est coupé en son milieu par un second livre contenant le script d’une conversation entre Fabien Giraud et Vincent Normand. À la fois commentaire et origine des œuvres, ce dialogue, intitulé Metaxu, est le point central de l’exposition ». Voir les livres ici. Si le long texte original (la conversation sous forme de vidéo dure 107 mn) est la matière de la proposition, cette matière est présente aussi dans des caractères en plomb, et dans les barres de plomb fondu de certains paragraphes, dans les rubans de papier, chutes des rognures des aplats de couleurs du livre imprimés par un procédé numérique. (Photos JLB, 3 déc. 2011)

Texte de la page photographiée :
Très vite, la courbure du verre s’accentue, et toute une série de foyers optiques se développe entre l’œil et l’objet de son regard. Le microscope, comme il s’invente au milieu du XVIIe siècle avec le savant hollandais Antoni van Leeuwenhoek, est doté d’un dispositif à vis pour la mise au point. Le microscope révèle alors que la surface d’un objet n’est pas sa correspondance à l’échelle de sa forme globale, mais qu’il abrite en lui-même, dans l’ombre de sa matière, une infinité de mondes et de vies insoupçonnées jusqu’alors. La chair du monde se fendille et se creuse. Tout un univers profond, dans les crevasses et les pores, remonte à la surface des formes. Et seules la limite de la courbure des lentilles, la netteté de son grain de verre et la précision d’un pas de vis semblent pouvoir arrêter cette avancée dans les strates infimes du monde. C’est alors, pour l’homme étourdi du XVIIe siècle commençant, l’ouverture à deux démesures de la vision. L’une amenée par le télescope et le décentrement du monde, l’autre, par le microscope et la profondeur infinie de la matière. Une sphère éclate au contact du sol quand une boule de verre tombe de toute la hauteur d’une table. Une sphère éclate également quand, avec un petit objet dur et pointu, on applique sur elle une force qui, par pression concentrée en un point unique, vient à en éventrer la membrane. Il faut voir le double geste de Galilée et de Leeuwenhoek comme une équivalente brisure. Ils ouvrent le savoir à la dé-mesure, au sens véritable et complet d’une défaite de la mesure.

Le texte intégral du livre est disponible en pdf ici. C’est une Histoire, fort intéressante, attachée aux inventions techniques.

Nouvelles formes du livre

Article publié le : Lundi 31 mai 2010. Rédigé par : Jean-Louis Boissier


Les Éditions volumiques occupaient l’une des 16 tables de MODE : DEMO, exposition de la conférence LIFT10, Genève, 5-7 mai 2010. (photo JLB)

Étienne Mineur, graphiste, directeur artistique et professeur, associé à Bertrand Duplat, designer, viennent de fonder Les Éditions volumiques, une maison d’édition « dédiée au livre en papier considéré comme une nouvelle plateforme informatique », qui a déjà à son actif une série de réalisations expérimentales où le livre se voit augmenté par des écrans mobiles, par des mouvements électro-magnétiques, par des modèles d’interactivité ordinairement réservés aux écrans d’ordinateurs. Cette initiative intervient au moment où se pose avec une acuité sans précédent le devenir du livre et de la lecture. Elle constitue une contribution qui, pour avoir des fondements théoriques, repose d’emblée sur des prototypes et vise de prochaines commercialisations.

Pour en savoir plus :
http://www.volumique.com/fr/
http://www.my-os.net/blog/index.php?2010/05/27/1489-les-editions-volumiques-se-devoilent

(i)Pawn utilise de petites figurines reconnues par l’écran du iPhone où on les déplace. (Éditions volumiques)

Les conditions du récit filmique interactif

Article publié le : Samedi 5 décembre 2009. Rédigé par : Carlos

Séminaire du 8 décembre 2009
Carlos Sena Caires, « Les conditions du récit filmique interactif » à partir du texte « Frontières du récit » de Gérard Genette (1966).

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Carlos Caires, Muriel-First Act (d’après le film d’Alain Resnais), installation vidéo-interactive, 2007.

Les analyses structurales du récit, notamment les études de Claude Lévi-Strauss (« Le structuralisme, c’est Lévi-Strauss »), de Roland Barthes, de Claude Bremond, de Tzvetan Todorov et de Gérard Genette entre autres, ont connu le désir d’épuiser les formes de l’explication. À partir de l’un des textes fondateurs de Gérard Genette sur la décomposition des textes littéraires (« Les Frontières du récit », 1966) nous considérons comment certaines définitions et/ou sous-catégories du récit peuvent servir de base à la compréhension et à la construction de stratégies narratives, interactives et de réception pour la mise en œuvre d’un autre genre de récit : le récit filmique interactif. Notre intervention porte également sur la présentation de divers travaux artistiques expérimentaux (Carrousel, Transparence, Muriel) qui sont à la base de notre recherche sur les conditions du récit filmique interactif, la construction de dispositifs interactifs engageants et l’étude de la réception.

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Communications 8, L’analyse structurale du récit (1966), repris dans la collection Points-Essais, Le Seuil, 1979.

pdf
Télécharger l’article de Gérard Genette, « Frontières du récit » :

Télécharger Communications 8 en entier : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/issue/comm_0588-8018_1966_num_8_1

La préface à Jeu et réalité de Winnicott

Article publié le : Mercredi 18 novembre 2009. Rédigé par : Sophie

La préface de J.-B. Pontalis à Jeu et réalité. L’espace potentiel de D. W. Winnicott, traduction de Claude Monod et J.-B. Pontalis, Gallimard, 1975 est proposée à la lecture pour le séminaire du 24 novembre 2009.

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pdf
Télécharger le fac-similé pdf de la préface

L’intervention s’attardera sur l’étude de différentes formes du joueur contemporain. Je propose donc en guise de titre donné à cette intervention  « Jeu et réalité – les joueurs du virtuel ». S.D.

De la flashmob à la manifestation

Article publié le : Mercredi 18 février 2009. Rédigé par : Jean-Louis Boissier


[photo collectif f.8]

J.L.B. a dans la main  Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts, Folio Essais, Gallimard.

Forme de performance collective et publique, directement liée aux mails et aux téléphones cellulaires, la flashmob s’était, depuis plusieurs annés (voir le colloque Paris 8/Ensad Mobilisable « l’art des foules », 3 décembre 2008), imposée comme mobilisation « sans mobile ». Dans le contexte du mouvement de protestation de l’université française, celle qui s’est tenue à Paris, place Saint-Michel, le mercredi 18 février 2009, entre 12h00 et 12h05 (proposée par Julien L. — chercheur sur l’esthétique des mondes virtuels — et l’UFR Arts de Paris 8), était beaucoup moins « pure » : proportion trop grande de participants avertis par rapport aux passants ordinaires, trop grand nombre de caméras et d’appareils photographiques, tracts et peut-être pancartes, etc. Mais c’est le prix à payer de la politisation du genre. Ce qui était réussi : un « bruit » très rarement entendu, la simultanéité très audible de 100 à 200 textes lus à haute voix, les livres ostensiblement exhibés, leurs choix revendiqués. Et, comme l’écrit Jean-Noël Lafargue dans son blog : « Ce genre de performance sert avant tout à exprimer que l’on a choisi un camp, celui du livre, et donc par extension, celui du savoir, de la mémoire, et pourquoi pas du sentiment esthétique, contre d’autres logiques à la mode ».

fm_5S.D. lit Cyrano de Bergerac, « tirade des non merci » (Edmond Rostand, Classiques Larousse, Texte intégral).
fm_4X. lit Si près d’Hélène Cixous, Galilée, 2007.

fm_7J.G. montre son livre, L’art : une histoire d’expositions, Presses universitaires de France, 2009, qui sort aujourd’hui même.

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C.D. lit Foules intelligentes (Smart Mobs) de Howard Rheingold, M21 Éditions, 2005. Et plus précisément, page 207 : « Le pouvoir des foules vient de sa capacité à dépasser les contraintes de la ville et en même temps de sa capacité à effacer les distinctions sociales en provoquant une impression de flou… ».

[photos JLB]

Remarque sur les couleurs : avec quelques détails rouges, dominante des roses-violets et gris-bleus, en harmonie avec la fontaine.

Vient de paraître aux Presses du réel

Article publié le : Lundi 16 février 2009. Rédigé par : Jean-Louis Boissier

Librairie du Centre Pompidou, février 2009. Autres parutions aux Presses du réel dans la collection Mamco (Genève) : Jean-Marc Poinsot, Quand l’œuvre a lieuL’art exposé et ses récits autorisés (nouvelle édition revue et augmentée); Thierry de Duve, Faire école. (Ou la refaire ?) – Nouvelle édition revue et augmentée. Ainsi que la revue du Mamco : Retour d’y voir n° 01 et 02.

PRÉSENTATION

Vient de paraître aux Presses du réel :

Jean-Louis Boissier

La relation comme forme
L’interactivité en art. Nouvelle édition augmentée

éditeur :
Les presses du réel
35, rue Colson, F – 21000 Dijon
http://www.lespressesdureel.com/

collection :
Mamco, Musée d’art moderne et contemporain
10, rue des Vieux-Grenadiers, CH – 1205 Genève
http://www.mamco.ch/

336 pages, 22 dessins, format : 17×24 cm
ISBN : 978-2-84066-277-8
Prix : 25 €

L’ouvrage contient deux nouveaux textes : « La perspective relationnelle » et « Les arts interactifs s’exposent-ils ? »

Le CD-ROM contient un nouveau film interactif : Les Perspecteurs.

Sommaire
Introduction : La relation comme forme 9
À propos du vidéodisque Le Bus, ou l’Exercice de la découverte 14
Dramaturgie de l’interactivité 22
Pour que poussent les images 30
Le logiciel comme rêverie 46
Artifices 54
La collection à l’œuvre 78
Machines à communiquer faites œuvres 92
Vertus des mondes bornés 120
Notes sur l’esthétique du virtuel 132
Une esthétique de la saisie 148
Programmes interactifs 178
Des arts dans la logique de leur technique 216
Le CD-ROM de la 3e Biennale d’art contemporain de Lyon 224
L’image n’est pas seule 230
Le moment interactif 238
L’image-relation 262
La perspective relationnelle 298
Les arts interactifs s’exposent-ils ? 314
Liste des illustrations 333

L’ouvrage contient le CD-ROM :

Essais interactifs

Réalisation : Jean-Louis Boissier
Programmation : Jean-Noël Lafargue
Avec le concours du laboratoire Esthétique des nouveaux médias,
Université Paris 8
© 2004-2008, Jean-Louis Boissier

Sommaire du CD-ROM :
Album sans fin, 1989
Globus oculi, 1992-1993
Flora petrinsularis, 1993-1994
Mutatis mutandis, 1995
Bifurcation, 1996
Autoportrait, 1999
La Morale sensitive, 1999-2001
Dozographie, 2000
Le Petit Manuel interactif, 2001
Acrostiche, 2001
Modus operandi, 2002-2003
Les Perspecteurs, 2004

En couverture : dessin de l’installation-performance Les Perspecteurs, 2004-2005.

EXTRAITS

Introduction

La relation comme forme

Si « la relation comme forme » émerge comme titre légitime pour ce recueil ayant trait principalement à l’interactivité en art, cette proposition n’en constitue pas le projet systématique et approfondi. Considérant la suite des textes rassemblés ici, il faudrait chercher les diverses apparitions du mot relation et voir comment, avec les nouveaux médias numériques, la relation devient forme et s’inscrit dans des objets apparentés à l’art. Continuation de la photographie et du cinéma, la prise de vues, telle qu’elle est intentionnellement maintenue dans les programmes vidéo-interactifs, est attachée à l’idée de relation au réel. Cette idée est là pour prendre en compte la tradition picturale chinoise ou pour mettre en oeuvre la poétique de la collection, pour construire le diagramme de l’exploration d’un coin de banlieue ou pour mettre en scène un modèle qui se prête à la modélisation de ses gestes. Avec Rousseau, on parle de relation au monde, sur le mode du signe sensitif, de la réminiscence ou de la rêverie sans objet. C’est sans conteste ce qui donne sa pertinence à une entreprise visant à interpréter son texte sur le mode de la performance interactive et à prendre cette lecture comme critère de l’expérimentation d’une écriture nouvelle. Qu’elle soit prélèvement de fragments ou de traces ou qu’elle relève de codes ou de langages, la saisie permet le passage du photographique vers l’image calculée, le virtuel et l’interactivité. La saisie s’identifie alors, en tant que relation, à un processus formel et productif. L’association saisie-ressaisie qualifie la version de l’interactivité la plus homogène à tout ce qui relève de la figuration et de la représentation. La perspective interactive, où la programmation tient la place qu’a la géométrie dans la perspective optique, désigne le dispositif de la construction ou de la saisie des relations. Il est alors possible de concevoir une image-relation qui, au-delà du partage des actions, est une présentation directe de la relation. La jouabilité de l’oeuvre atteste la figurabilité des relations. Cette jouabilité, empruntée aux jeux informatiques, voit sa signification élargie à toutes les acceptions du mot jeu, jeu nécessaire du fonctionnement mécanique, jeu interprétatif, théâtral et musical, jeu de l’exercice corporel et mental, jeu de langage.

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Media Art Exercise (en japonais)

Article publié le : Vendredi 10 octobre 2008. Rédigé par : Jean-Louis Boissier

メディアアートの教科書 (Media Art Exercise)
白井 雅人 (編さん), 森 公一 (編さん), 砥綿 正之 (編さん), 泊博 雅 (編さん)

Ouvrage en japonais, à destination des étudiants, 2008.03, avec plusieurs contributions de Jean-Louis Boissier.

Déjà paru :

Jean-Louis Boissier, Moments de Jean-Jacques Rousseau, livre et CD-Rom, Nihon Bunkyo Shuppan, Tokyo, 2003, traduction en japonais de : Jean-Louis Boissier, Moments de Jean-Jacques Rousseau, CD-Rom avec brochure, Gallimard, Paris, 2000.
ルソーの時―インタラクティヴィティの美学 (単行本)
伊藤 俊治 (著), レイモン ベルール (著), 白井 雅人 (著), ジャン=ルイ ボワシエ (著), 永守 基樹 (著), Raymond Bellour (原著), Jean‐Louis Boissier (原著)
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Les Immatériaux et la question des nouveaux médias numériques

Article publié le : Lundi 26 novembre 2007. Rédigé par : Jean-Louis Boissier

Un extrait du texte de Jean-Louis Boissier « La question des nouveaux médias numériques » publié dans: Centre Pompidou : 30 ans d’histoire, ouvrage collectif sous la direction de Bernadette Dufrêne, 2007, 664 pages, 850 ill. noir et blanc et couleurs, format 19 x 24 cm relié, ISBN 978-2-84426-322-3. Pages 374 à 391.

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