Archive for the ‘Cinéma partagé’ Category

PEER-TO-PEER

Vendredi, décembre 5th, 2014

PEER-TO-PEER
(journées thématiques)

Palais de Tokyo, samedi 13 décembre, 14h – 00h
Niveau -1 / Le Point Perché et salle 37

PEER-TO-PEER s’articule autour de l’exploration du nouveau monde créé par le réseau, par l’idée que la compréhension de notre monde va passer par sa duplication intégrale sous forme de données.

Conférences : Le Point Perché
14h00 – Abraham Poincheval
15h00 – Eva et Franco Mattes par Margherita Balzerani
16h00 – Eric Sadin
17h00 – Benjamin Gaulon, alias Recyclism
18h00 – Emilie Brout & Maxime Marion

Performance : Salle 37
19h30 – Nicolas Maigret – The Pirate Cinema

Musique live : Le Point Perché
21h00 – Méryll Ampe

Dispositif d’attention et cinéma réactionnel

Jeudi, décembre 3rd, 2009

smithson

Robert Smithson, Museum of the Void, 1969.

Robert Smithson dans A Cinematic Atopia (1) imagine une salle de cinéma transformée en un vaisseau immobile souterrain où l’espèce humaine vient s’oublier dans la contemplation d’un monde de substitution. Il souhaite construire une salle de cinéma dans une caverne ou une mine abandonnée, filmer l’opération de construction et projeter ce seul film dans la caverne. Robert Smithson dans son essai Entropy And the New Monuments compare la salle de cinéma à une machine à conditionner les esprits. “Le confinement du corps à l’intérieur de ces boîtes obscures conditionne indirectement l’esprit. Même l’endroit où l’on achète son billet s’appelle box-office”(2). Selon Smithson, les spectateurs feraient “un trou dans leur propre vie.”(3) Il explique que le cinéma nous détache de nous-même en nous inventant un destin pareil à celui du narrateur de l’Invention de Morel, le roman de Bioy Casarès qui coule ses derniers jours au sein d’un univers intégralement filmique et dont le corps s’en va peu à peu en lambeaux.

Or malgré les critiques des salles de cinéma émises par Smithson, le cinématographe  permet de par son dispositif, de proposer au spectateur un espace de concentration, ou de perception pendant un certain temps. Cet espace qui peut être considéré comme une perte de temps peut aussi être un moyen de se retrouver seul, seul face au film parmis d’autres téléspectateurs. Dans La fin de la solitude, William Deresiewicz émet l’hypothèse qu’Internet suscite une connexion permanente et une impossible solitude (ou isolement). L’internaute est incité à manifester sa présence en réagissant face aux multiples signaux qui émanent de ses terminaux. On ne compte plus le nombre de messages écrits et oraux qu’il reçoit et envoie chaque jour. Il devient un être hypercommuniquant dont le comportement serait à rapprocher des insectes membracides d’Amazonie (4).

membracites

Le “demi-diable Centrotus cornutus in copula…(photo P.Falatico)

Comme l’explique William Deresiewicz  si l’appareil photo et la caméra suscitent un culte de la célébrité, l’ordinateur et la numérisation ont lancé le culte de la connexion généralisée des choses et des êtres, “la grande terreur contemporaine serait d’être anonyme. […] Nous ne vivons que dans notre relation aux autres, et la solitude ou l’idée de solitude disparait progressivement de nos vies.”

(1) Robert Smithson. “A cinematic atopia.” Artforum, v. 10, no. 1 (September 1971), p. 53-55.

(2) “The physical confinement of the dark box-like room indirectly conditions the mind. Even the place where you buy your ticket is called a “box-office.”Robert Smithson, Entropy And The New Monuments. http://www.robertsmithson.com/essays/entropy_and.htm

(3) “To spend time in a movie house is to make a “hole” in one’s life.” Robert Smithson, Entropy And The New Monuments.

(4)  Danièle Boone explique que les membracides, insectes qui font vibrer les plantes et qui se servent de leurs excroissances pour percevoir les messages, “échangent sans cesse des signaux avec les autres individus en permanent interaction avec son milieu, mais la multitude des signaux échangés à des distance variables produit aussi une rumeur ambiante dont le signal pourrait être brouillé ou se brouiller.”

Du film numérique comme bien d’exception

Dimanche, avril 13th, 2008

 Voici quelques références au sujet des images en mouvement et de leur circulation en regard d’exceptions qui sont le droit de citation et le droit de copie privée. « Les deux exceptions dont l’utilisation est la plus problématique sont l’exception de copie privée et le droit de citation. Les exceptions doivent toujours s’entendre strictement, selon un adage juridique bien connu, ce qui pose problème dans l’environnement numérique. » Numérique et droit d’auteur, par Anne-Laure Brochet, Lucie Linant de Bellefonds, Martin Le Guerer, Antoine Alison, Anne Lestienne, Christophe Scalbert, Maud Garnier. Étudiants de Sciences Po Paris.  Étude réalisée sous la direction de Jean-Marc Vernier, L’Exception , 2003. Depuis l’extension et la propagations des échanges de films sur les réseaux, nous pouvons avoir de plus en plus de connaissances à travers toute la planète et donc échanger encore plus de films. La copie privée qui s’adresse au cercle restreint de la famille et des amis, s’étend donc ; ce phénomène repousserait les limites de la notion d’intimité et même d’amitié. Face à ces circonstances, la notion de film numérique comme bien pouvant être approprié individuellement est remise en question. Comme l’explique Philippe Simonnot dans Les conditions de possibilité du droit de propriété au sujet de l’air qu’on respire, propagation et transmission remettent en cause la nature des biens individuels et collectifs. « Ce chapeau, s’il est sur ma tête, il ne sera pas sur la vôtre. C’est un bien individuel. L’air que je respire est un bien collectif. Il n’est pas appropriable. » Si les films se répandent de manière à repousser les limites de leur appropriation, ils devient difficile de les enfermer et de les contraindre quant à leur diffusion. Si dans un train, mon voisin regarde un film, il ne peut m’empêcher de regarder le film qui lui appartient. « Il faut bien voir que la possibilité de clôturer dépend de l’état de la technique. » écrit encore Philippe Simonnot. Et pour conclure, citons Laurence Allard, Le Réseau des ” hommes-films” Ou quand les films prennent les routes grises… « Il est temps de manifester, à l’épreuve de l’observation empirique, qu’il n’en est rien et qu’au gré des download et upload, de talentueux corsaires constituent une mine d’or cinématographique de films rares, exotiques, oubliés, méconnus, que l’on peut désigner, en s’inspirant de l’anthropologue Arjun Appaduraï, de kinoscape. ».Pour illustrer ce thème, je cherchais l’image d’un film mis en bouteille comme jeté en pleine mer des échanges en hommage à John Perry Barlow  pour son article Vendre du vin sans bouteilles : l’économie de l’esprit sur le réseau global.  L’image ci-dessus est extraite d’un des épisodes de la série The Scene visible sur le Net, cette série a fait l’objet de deux articles dans le magazine Ecran, « The Scene » : descente chez les pirates par Bruno Icher et «The Scene», parano en réseau par Marie Lechner. 

L’éssaim et la sangsue

Vendredi, mars 7th, 2008

Mercredi 5 mars, pour expliquer quelques structures d’échange de fichiers sur les réseaux P2P, j’ai montré deux images comme métaphore. A droite, l’image d’une sangsue dont le mot anglais “leech” signifie qu’un client télécharge un fichier sans le posseder complètement. Plus largement répandu, “leech” signifie ceux qui téléchargent sans envoyer de fichier en retour sur le réseau. A gauche, l’image d’un essaim “swarm” qui est une figure désignant ceux qui partagent un torrent dans les réseaux Peer to peer (P2P).

J’ai aussi cité plusieurs fois le texte Entre nous écrit par Boris Beaude sur les réseaux P2P : « Le P2P, contrairement aux idées reçues, ne se définit pas par le partage d’informations (textes, photos, musiques, vidéos, logiciels), mais par le partage des ressources qui permettent cet échange (accès à Internet, mémoire, capacité de calcul). Ce principe suppose de remplacer les intermédiaires par l’ensemble des usagers et de les relier le plus directement possible. Le partage illégal de musique ou de films entre plusieurs centaines de millions d’utilisateurs utilise ce principe pour rendre insignifiant le coût de l’échange et ne pas dépendre d’un intermédiaire, qui serait une cible juridique facile. »
Boris Beaude, “Entre nous.”, EspacesTemps.net, Mensuelles, 30.04.2005

Donner / recevoir

Vendredi, mars 7th, 2008

Alberto Sorbelli a fait une performance dans la galerie EOF qui s’appelait Donner recevoir. Pour cette performance, que je n’ai pas vu, il avait postulé que c’était plus difficile de recevoir que de donner. Judith Cahen a filmé cette performance, elle m’a raconté que pendant toute une après-midi entière, dans une galerie d’art, des personnes qu’il avait invitées à passer le voir apportaient des cadeaux.

Lors de la dernière exposition de Jonathan Monk à la galerie Yvon Lambert, chaque spectateur pouvait regarder et s’imaginer prendre un vélo d’occasion dont tout laissait à penser qu’il était à disposition du public. Sur le moment nous n’avons pas osé en prendre un, puis nous sommes revenus le dernier jour, et nous avons traîné un vélo jusqu’à la porte de la galerie, inquiets et enjoués de notre situation paradoxale et incongrue de « spectateur-preneur ».

« En 1999, Francis Alÿs s’est installé à une sortie de métro, dans la ville de Mexico, une paire de lunettes à la main. Il a proposé d’échanger cet objet contre un autre à des passants qui sortaient du sous-sol de la mégapole. Puis lorsqu’un autre objet lui a été proposé, il a poursuivi le troc avec d’autres piétons pendant un certain temps jusqu’à obtenir au bout du compte, à la suite de plusieurs échanges, un paquet de cacahuètes. Entre-temps auront circulé dans ses mains, un jouet en forme de tapir, une cruche, une peluche, un chapeau, une chemise, un sandwich, une paire de sandale et une torche. L’œuvre qui a résulté de cette action se présente comme un dépliant touristique que l’on déploie, telle une guirlande, et dont chacune des images décrit l’une des étapes du troc.» Thierry Davila, Fables / Insertions, in Francis Alÿs, catalogue, Musée Picasso, Antibes, 2001 p.39

Le Cinéma 0

Vendredi, février 22nd, 2008

Le film, pourrait être considéré comme une monnaie d’échange dont la valeur est relationnelle. Celle-ci servant de lien est une monnaie pour se faire des amis (plus d’amis, augmenter son quota d’amis vrai ou faux). Dans ce contexte, le film est un objet de mise en relation entre des individus qui parfois mêmes ne se connaissent pas encore. Les films sont de plus en plus nombreux à être fabriqués maison et échangés librement. Ils s’échangent, se prolongent, se poursuivent sous forme d’émissions, de réceptions, de retour à l’envoyeur. Les échanges de films se font à la manière du kula* avec des délais plus ou moins longs, l’émetteur peut parfois attendre un certain temps avant d’avoir un retour de la part d’un autre récepteur. Les échanges présentent souvent une surenchère, une envie de faire plus comme par exemple le film le plus attractif, le plus spectaculaire, dans le but que celui-ci sera le plus transmis, (le plus vu), afin d’occuper le centre impossible des échanges de films.

* Le kula est une sorte de grand potlatch intertribal (voir Marcel Mauss, Essai sur le don, PUF, 2007, note de la page 106).

Ou le film comme objet de relation

Jeudi, février 21st, 2008

« Everyone who makes something, an artwork, a song, a text, wants people to pay attention to them. One way to get people to pay attention is to give them your work. Like any gift it gives with it an obligation – in this case very slight – to treat the gift as something other than just a thing, as just stuff ». McKenzie Wark « Copyright, copyleft, copygift » in Freedom of Culture, Regulation and Privatization of Intellectual Property and Public Space, with contributions by Stephen Wright, McKenzie Wark, Brian Holmes, Pascal Gielen, Dennis Kaspori, Nai Publishers SKOR 2007 / n°12, p.24.

Le Capital des amis

Mercredi, février 20th, 2008

Dans Le Capital relationnel, Dominique Pasquier s’entretient avec Nicolas Thély : « On voit donc que ce capital relationnel affiché devient un « capital culturel », comme disait Bourdieu, c’est-à-dire une rente que l’on peut utiliser et maximiser sur le marché des interactions. Et c’est très important d’avoir ce capital qui provoque des effets en chaîne : avoir des amis, ce n’est pas seulement avoir des amis, c’est montrer qu’on en a. D’où également les effets de réciprocité comme dans le cas des blogs. Je connais une étudiante qui mène actuellement une recherche sur les Skyblogs. Elle montre que le principe du blog est que si personne ne laisse de message, le blog meurt. Le blog n’est pas un dispositif de présentation de soi, c’est un dispositif d’appel aux autres, et s’il n’y a pas de réponse, le blog ne peut pas continuer à exister. »
Dominique Pasquier : « Le Capital relationnel » in Basse def, partage de données, Paris, Les presses du réel, 2007, p.36.