Archive for the ‘Accessibilité des images en mouvement’ Category

L’Œil en orbite

Mardi, février 22nd, 2011

Suite à une question concernant les vidéos prises par des téléphones portables du massacre en Lybie, une des participantes s’interrogeait lors de la séance de cours du lundi 21 février sur ce que cela pouvait être de suivre cette révolution sans y participer et de la voir par le biais de dispositifs de partage de vidéos en ligne. Après quelques réflexions suite à la projection de Caméra Eye, je relate les propose Jean-Luc Godard sur sa position de réalisateur témoin d’une guerre à distance : « Mais j’habite Paris et je ne suis pas allé au Vietnam. » « Je suis parisien il n’y a pas de raison de ne pas faire de cinéma à Paris. » « J’ai pris la décision de parler du Vietnam à tord et à travers… Et disons plutôt à travers ». « Et puis cela me parait difficile de parler des bombes alors qu’on ne les reçoit pas sur la tête. » […] « Je fais du cinéma, donc ce que je peux faire de mieux pour le Vietnam… […] Plutôt que d’essayer d’envahir le Vietnam par une générosité qui force forcément les choses, c’est, au contraire, de laisser le Vietnam nous envahir et se rendre compte de quelle place il occupe dans notre vie de tous les jours, partout, et on se rend compte que le Vietnam n’est pas tout seul et que toute l’Afrique et toute l’Amérique du Sud… Et qu’il faut donc commencer par créer… […] Créer un Vietnam en nous. »

On peut par exemple se laisser envahir par ces films émis tels des SOS jetés dans des bouteilles à la mer dans des risques extrêmes, passant outre des filtres et censure des réseaux de télécommunication. En Lybie, les risques entrepris pour les émettre contrastent avec notre facilité à les recevoir ; il suffit de cliquer et de taper quelques mots clés pour accéder aux dernières images des révolutions/massacres, de surfer entre les films connectés les uns aux autres par des jeux d’association de mots clés, le tout dessinant une méta révolution en cours.

Voir aussi à ce sujet les articles La Figure dans le Paysage et Typographie 2.0 et Révolution 2.0.

Videodrome

Dimanche, novembre 28th, 2010

Evènement Videodrome – 1 dec – 5 dec
Installations video et concerts
un évènement proposé par le label Art Kil Art
Ouverture : mercredi 1er décembre à partir de 18h

Videodrone Artkillart plateforme

Exposition :

VIDEODROME : COLLECTIVE SPAM CINEMA
mer. 1er déc. > dim 5 déc. – 14h30 > 19h30

Un dispositif vidéo parcourt les archives de la mailing list VIDEODROME
(une mailing list conçue pour l’échange de vidéos sans commentaire, discussion, annonce ou modération)

http://www.rybn.org/videodrome/
http://vide0dr0me.tumblr.com/

www.artkillart.tk

Dispositif d’attention et cinéma réactionnel

Jeudi, décembre 3rd, 2009

smithson

Robert Smithson, Museum of the Void, 1969.

Robert Smithson dans A Cinematic Atopia (1) imagine une salle de cinéma transformée en un vaisseau immobile souterrain où l’espèce humaine vient s’oublier dans la contemplation d’un monde de substitution. Il souhaite construire une salle de cinéma dans une caverne ou une mine abandonnée, filmer l’opération de construction et projeter ce seul film dans la caverne. Robert Smithson dans son essai Entropy And the New Monuments compare la salle de cinéma à une machine à conditionner les esprits. “Le confinement du corps à l’intérieur de ces boîtes obscures conditionne indirectement l’esprit. Même l’endroit où l’on achète son billet s’appelle box-office”(2). Selon Smithson, les spectateurs feraient “un trou dans leur propre vie.”(3) Il explique que le cinéma nous détache de nous-même en nous inventant un destin pareil à celui du narrateur de l’Invention de Morel, le roman de Bioy Casarès qui coule ses derniers jours au sein d’un univers intégralement filmique et dont le corps s’en va peu à peu en lambeaux.

Or malgré les critiques des salles de cinéma émises par Smithson, le cinématographe  permet de par son dispositif, de proposer au spectateur un espace de concentration, ou de perception pendant un certain temps. Cet espace qui peut être considéré comme une perte de temps peut aussi être un moyen de se retrouver seul, seul face au film parmis d’autres téléspectateurs. Dans La fin de la solitude, William Deresiewicz émet l’hypothèse qu’Internet suscite une connexion permanente et une impossible solitude (ou isolement). L’internaute est incité à manifester sa présence en réagissant face aux multiples signaux qui émanent de ses terminaux. On ne compte plus le nombre de messages écrits et oraux qu’il reçoit et envoie chaque jour. Il devient un être hypercommuniquant dont le comportement serait à rapprocher des insectes membracides d’Amazonie (4).

membracites

Le “demi-diable Centrotus cornutus in copula…(photo P.Falatico)

Comme l’explique William Deresiewicz  si l’appareil photo et la caméra suscitent un culte de la célébrité, l’ordinateur et la numérisation ont lancé le culte de la connexion généralisée des choses et des êtres, “la grande terreur contemporaine serait d’être anonyme. […] Nous ne vivons que dans notre relation aux autres, et la solitude ou l’idée de solitude disparait progressivement de nos vies.”

(1) Robert Smithson. “A cinematic atopia.” Artforum, v. 10, no. 1 (September 1971), p. 53-55.

(2) “The physical confinement of the dark box-like room indirectly conditions the mind. Even the place where you buy your ticket is called a “box-office.”Robert Smithson, Entropy And The New Monuments. http://www.robertsmithson.com/essays/entropy_and.htm

(3) “To spend time in a movie house is to make a “hole” in one’s life.” Robert Smithson, Entropy And The New Monuments.

(4)  Danièle Boone explique que les membracides, insectes qui font vibrer les plantes et qui se servent de leurs excroissances pour percevoir les messages, “échangent sans cesse des signaux avec les autres individus en permanent interaction avec son milieu, mais la multitude des signaux échangés à des distance variables produit aussi une rumeur ambiante dont le signal pourrait être brouillé ou se brouiller.”

Programme Cinéma réseau 2009

Mercredi, décembre 17th, 2008

 Tout va bien

9 février
Présentation générale.

Tout va bien de Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, (extraits).

16 février
Brève histoires des images en mouvement en regard de quelques dispositifs passés, présents et futurs.

Films de Thomas Edison, Georges Méliès, (extraits).

23 février
Du cinéma exposé aux vidéos diffusées sur Internet.

Vidéos de Olivier Bosson, Jean-Luc Godard et Anne-Marie Mieville (extraits).

 2 mars
De la correspondance vidéo aux dispositifs d’échange de vidéo sur les réseaux.

Vidéos de Vito Acconci, Candice Breitz, Chris Marker, (extraits).

 9 mars
Des images en mouvement à l’ère du numérique.

Vidéos de Peter Campus, Sadie Benning, Omer Fast, Robert Filliou, Gary Hill, Bruce Nauman, Martha Rosler, Salla Tykka, (extraits).

16 mars
Des films vus du ciel.

Techniques de publication et de localisation des vidéos sur Internet.

23 mars
Des images en mouvement à l’ère des versions multiples.

Vidéos de Candice Breitz, Serge Comte, Jeremy Deller, Johan Grimonprez, Pierre Huyghe, (extraits).

30 mars
Mythe de la caméra-œil et de la caméra-main.

De quelques dispositifs d’enregistrement de Jean Rouch à Steve Mann.

6 avril
Des écrans partagés, de la polyvision aux projections multiples.

Vidéos de Eija-Liisa Ahtila, Mike Figgis, Abel Gance, Christian Marclay, Tony Oursler, Brian de Palma, (extraits).

27 avril
Des dispositifs de surveillance et de sousveillance.

Vidéos de Gillian Wearing, Andy Warhol, (extraits).

De mai à Juin 2009
Suivi de projets.

Des histoires cliquables (ou à cliquer) par morceaux.

Mercredi, décembre 5th, 2007

http://cela.etant.free.fr/stories/

Maintenant qu’il est possible de télécharger un film, on a sur lui la même opérabilité que sur n’importe quel contenu numérique. C’est ainsi que je récupère les plans du film Wargames, que je classe par durée, taille ou poids et les lis dans différents ordres, m’essayant à déchiffrer une histoire dont le sens et l’ordre chronologique m’est encore inconnu.

La Civilisation des médias

Lundi, novembre 19th, 2007

« Il a fallu des siècles après l’invention de l’écriture pour que les scribes apprennent qu’écrire signifie raconter. Ils ont sans doute d’abord simplement dénombré, et décrit des scènes. Il faudra tout autant de temps pour que nous apprenions à connaître les virtualités des technocodes : ce que signifie photographier, filmer, pratiquer la vidéo ou d’autres programmations analogues. Pour l‘instant, notre télévision raconte encore des histoires. Mais ces histoires n’en ont pas moins déjà un caractère posthistorique. Il nous faudra beaucoup de temps et de luttes pour acquérir aussi une conscience posthistorique, mais on peut déjà constater que nous sommes en train de franchir un pas décisif en deçà ou au-delà des textes. Un pas qui rappelle le coup d’audace des scribes mésopotamiens avec leur écriture cunéiforme. »

Vilém Flusser, Le monde : un système codifié, 1978.
Article publié dans La Civilisation des médias, Circé, 2006.