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De deux expositions, il a pris la tangente

Article publié le : mardi 24 mai 2011. Rédigé par : Sarah Mercadante

Très cher Guillaume Pinard,

Il y a quelques années tandis que je commençais mon cursus universitaire à l’université Paris 8 en Arts Plastiques, j’ai eu l’occasion de découvrir votre travail à la galerie Anne Barrault. Je crois même que j’y suis allée de nouveau avec ma mère tellement vos dessins m’ont marquée. Je vous avoue aussi avoir regardé plusieurs fois l’animation Provisional End, en me posant des tas de questions sur le sens de cette œuvre.


Ce que j’ai admiré au sortir de l’exposition, c’est la minutie de vos traits ainsi que les contrastes qui s’en dégagent. Et le choix du noir et blanc reste un coup de cœur.
Je vous retrouve lors de la conférence OdNM, 4 ans après votre exposition. Par la suite, j’ai épluché la toile pour trouver articles et photos sur votre travail et Ô surprise! lorsque je suis tombée sur des photos de votre deuxième exposition chez Anne Barrault (que je n’ai pas eu l’occasion de voir, j’en suis honteuse). Donc Tomate, c’est le nom de votre show… Cela aurait pu être ironique mais non, j’ai beau regarder, du rouge! du bleu! du vert! tout cela présenté dans un cadre sombre et efficace. Je suis bouche bée.
Moi qui commençais à pester contre les artistes qui exposent en galerie pour vendre, je suis sous le charme de ce coup de maître, de cette claque. Qui peut se vanter de présenter tout et son contraire entre 2007 et 2010 tout en gardant la touche qui fait que «Oui, c’est bien du Guillaume Pinard!»

Sarah Mercadante

C’est une histoire de cercles

Article publié le : mardi 15 mars 2011. Rédigé par : Juliette O'leary

C’est aux Beaux-Arts de Toulouse que Guillaume Pinard enseigne la pratique de son outil de prédilection: le dessin. Il modélise majoritairement sa pensée au moyen de ce médium, tout en ouvrant son champ d’action à l’univers technologique. Font aussi partie de ses outils courants, le fusain, la peinture et l’ordinateur. C’est bien souvent à partir de fragments du passé, parfois autobiographiques, que l’artiste conçoit ses créations. Pinard entretient une relation étroite avec l’image et le texte depuis sa première collection de cartes postales usagées.
Le paysage artistique dont s’inspire l’artiste est très présent dans ses réalisations, comme nous pouvons le noter dans l’ouvrage D’après Rubens, publié aux Éditions P en 2010. Les dessins en noir et blanc de ce recueil sont des reproductions de fragments picturaux.  Rubens mais aussi le Titien, Jerôme ou bien Les 4 Fantastiques sont passés sur la table de l’atelier Pinard. La copie fut d’abord un moyen de freiner sa frénésie du dessin à laquelle il souhaite mettre un terme en 2006. La copie contraint le dessinateur à une rigoureuse lenteur et ralentit ainsi son rythme de production. D’autre part, Guillaume Pinard considère cette pratique comme la création d’une correspondance avec l’artiste dont il copie l’œuvre. Il se fait le destinataire d’un message qui ne lui était pas adressé, tout comme le principe de posséder les cartes postales d’expéditeurs qui lui sont inconnus.
Le plus intriguant dans ce travail reste la notion de «fragment», d’extrait. Dans le recueil, Pinard ne reproduit pas plus qu’un détail, qu’il semble zoomer après l’avoir passé en noir et blanc. Peut-être est-ce là une solution pour ne pas se réapproprier l’œuvre originelle. En reprenant le schéma d’analyse de Gérard Genette, mis en place dans Palimpsestes (1), le dessin de Pinard est en fait un hypertexte de l’œuvre copiée. Notre copiste fait naître une œuvre B à partir d’une œuvre A, sans en être le commentaire.
Son outil favori, le dessin, s’est vu emprunter le chemin de la technologie dès 2001. De ses esquisses naissent de courtes animations ou bien des plus longues par la suite. Les plus courtes sont généralement présentées en boucle. La plupart du temps, elles représentent elles-mêmes un protagoniste qui répète un mouvement de manière cyclique. Guillaume Pinard porte un grande importance au son de ses vidéos. En partant du principe que l’espace d’exposition est un lieu singulier, les boucles y instaurent un rythme.
Les travaux de Guillaume Pinard mettent en relation la délicatesse du dessin et la fragilité de l’existence. Sa présentation fut ponctuée de lectures de textes dont l’artiste est l’auteur. Il nous livre un extrait de la relation épistolaire qu’il a entretenue avec sa galeriste Anne Barrault au cours de la préparation d’une exposition. Nous retrouvons ces textes dans Le clou sans tête, ouvrage publié en 2008 chez Sémiose Editions. Pinard a aussi publié dans la revue Hypertexte.

Juliette O’Leary

(1) Gérard Genette, Palimpsestes, Le Seuil, coll. « Poétique », 1982.

L’univers intérieur de Guillaume Pinard

Article publié le : lundi 14 mars 2011. Rédigé par : Julia Salles

Déjà par sa structuration, la conférence de Guillaume Pinard nous a surpris. Plutôt que parler didactiquement, ou chronologiquement de ses œuvres, Guillaume a choisi de construire son discours par fragments pour essayer de nous plonger dans son univers et ainsi nous permettre de comprendre son travail de l’intérieur. Plus curieusement encore, il décide de nous présenter ces éléments respectant l’ordre d’organisation de son ordinateur, soit l’ordre alphabétique. Cette structure, comme on le verra, n’est évidement pas sans lien avec sa propre démarche artistique.
Les fragments que nous présente Guillaume sont les mots-clés pour la compréhension de son travail. Il évoque ainsi les divers objets qui le préoccupent et qui deviennent par la suite les moteurs de sa création. L’idée de la correspondance, par exemple, est centrale dans l’œuvre de Guillaume, bien qu’elle soit constamment détournée. A partir donc de l’idée de la correspondance, il nous montre des exemplaires de sa première collection d’enfant, une collection de cartes postales. Ces cartes postales ne constituent pas une œuvre, mais elles sont importantes car elles nous montrent que la relevance de la notion de correspondance chez l’artiste est de longue date. Et c’est uniquement après avoir dit un mot sur l’origine de l’importance de la notion de correspondance chez lui, qu’il nous parlera de ses œuvres qui se basent sur cette même notion. C’est comme si chez lui, les œuvres étaient seulement l’aboutissement physique de ses inquiétudes intérieures, et ce qu’il veut nous montrer tout d’abord dans cette conférence, ce ne sont pas les œuvres, mais ses inquiétudes.
L’idée de correspondance a aussi été motrice d’une œuvre présentée actuellement en Allemagne, dans le cadre d’une démarche qu’il met en pratique depuis un moment, où il s’agit d’une reprise de certaines peintures ou de dessins classiques. Ce rapport qu’il établit avec les artistes du passé, Pinard le met sous le signe de la correspondance, comme s’il était question d’un message qui lui était adressé.
Son livre Le clou sans tête est un autre exemple de la tournure qui peut prendre chez Guillaume Pinard l’idée de la correspondance. Dans ce livre, l’auteur construit un roman épistolaire avec la correspondance entre un écrivain et son éditeur. Le roman nous est donc communiqué indirectement, du point de vue de l’auteur, l’œuvre est montrée depuis son intérieur, à l’image de cette conférence.
On comprend alors que la structuration de cette conférence est la même que Guillaume choisit pour ses œuvres et expositions: l’artiste ne nous présente pas ses œuvres d’un regard extérieur et analytique, mais il nous amène dans son univers pour qu’on puisse voir l’œuvre comme si l’on était à l’intérieur, de la même manière que dans une exposition comme Tomate, il nous parle de son désir de donner au spectateur l’impression qu’en arrivant dans la galerie, il pénètre un tableau.

Julia Salles