Mobilité et reconfiguration urbaine

La dernière conférence du colloque Mobilisable, traitait de la question de l’art des foule ». Deux intervenants Christian Tarpin (ingénieur civil des ponts et chaussées) et Franck Beau (chercheur et consultant) nous ont montré comment la technologie, plus précisément les TICE (technologie de l’information et de la communication), cette notion à la mode que l’on entend partout même à l’université où on nous propose des cours de TICE, pouvait rallier les foules dans des endroits comme le métro.

Valérie Châtelet, qui a préparé cette conférence, nous a donné deux définitions de la mobilité :

  • la mobilité c’est le fait de se déplacer dans et avec les transports, surtout avec sa voiture. Cette première définition met de côté les TICE. Mais cette définition de la mobilité pose le problème de l’utilisation de la voiture qui pollue notre environnement.
  • La mobilité c’est aussi le fait se déplacer avec sa voiture mais aussi avec le métro. Des partenariats entre la RATP et Vinci Parc montrent que l’on peut laisser sa voiture dans un parking pour emprunter le métro. Mais grâce aux TICE, on a vu apparaître dans le paysage urbain un nouveau type de transport: le Vélib’, qui combine la technologie utilisée dans le métro (il nous faut un pass pour utiliser un vélo) et un simple vélo.

Valérie Châtelet a ensuite ouvert la session en disant que les personnes faisant partie d’une foule pouvaient « être perçues comme des artistes ».

Christian Tarpin nous a montré que la technologie pouvait servir à contrôler le trafic sur une route. Il nous a expliqué par exemple que l’on pouvait introduire une horloge dans un feu pour mieux réguler le trafic à certaines heures de pointe. Il nous a aussi dit qu’il était à l’origine des panneaux signalétiques sur les maréchaux à Paris qui invitent ses utilisateurs à emprunter le périphérique. L’idée était de créer de la « mobilité » sur le périphérique et d’inciter les gens à l’emprunter. Mais avec « l’accélération du mode de déplacement », les personnes ont pu multiplier leurs activités, et il est désormais possible de se rendre assez rapidement d’un endroit à un autre. C’est ce que la publicité pour la carte Imagine R’ (que l’on pouvait apercevoir dans le métro au mois de septembre) illustrait à merveille: la technologie a réussi à créer un pass qui répond aux besoins des jeunes d’aujourd’hui.

Avec le Vélib’, l’introduction de la technologie nous permet de savoir grâce au « Wii jet » où l’on peut trouver une station Vélib’ (cela rappelle ce que disait Nicolas Nova la semaine dernière sur le fait que l’on a introduit le système Wi-fi dans beaucoup d’objets du quotidien). Le Vélib’ créé donc de la mobilité dans la ville. Le phénomène du téléphone portable, qui selon Franck Beau est apparu grâce au métro, provoque de la « mobilité » et des « mouvements » de foule. Pour savoir où se trouve quelqu’un, il nous suffit de lui envoyer un sms. Par ailleurs en anglais un téléphone portable se dit « mobile phone », et il y a le mot mobile qui renforce cette idée de mobilité. La carte permet aussi la mobilité. Elles parlent des « moyens de mobilités » comme cela a été dit lors de la conférence sur la cartographie relationnelle. C’est avec une carte que l’on peut se déplacer et savoir où on veut aller. Le plan du réseau RATP permet aussi de nous déplacer dans Paris. Enfin, Christian Tarpin a conclu sur le phénomène du co-voiturage, qui est un nouveau moyen de mobilité, et qui permet de mettre en rapport des gens. Enfin, en nous parlant de tous ces moyens de transports, Christian Tarpin voulait montrer que les transports réunissent les gens dans la mobilité. Et l’idéal, selon Christian Tarpin, serait que cette mobilité de la foule créée une « sorte d’œuvre d’art sociale ».
C’est sur cette idée que Franck Beau nous a parlé de son travail sur la foule. Selon lui, dans le métro on peut passer facilement du spectateur à l’acteur: par exemple, si on éternue, tout le monde va nous regarder. Les regards des gens deviennent alors des sortes de caméras. L’idée de Franck Beau serait que les TICE puissent créer une sorte de monde « utopique » dans le métro (qu’il a appellé le « métro des échanges »), où tout le monde pourrait communiquer et « vivre ensemble ». Par exemple, le phénomène des « flashmob », qui sont rendus possibles grâce aux portables qui deviennent des mini caméras, qui sont diffusés sur internet, présentent des personnes qui se mettent à chanter et qui vont réussir à entraîner la foule, vont aussi présenter une foule qui va s’immobiliser en même temps et qui va croiser un autre flux de personnes qui vont les regarder… Ces phénomènes sont rendus possibles parce que les gens possèdent tous un portable et internet.
L’idée est donc de rendre les usagers des transports en commun plus sociables et de montrer que la foule est capable de créer de l’art ensemble comme des performances (par exemple, une foule entière qui va manger ensemble dans le métro). L’échange entre les personnes deviendrait donc une sorte d’art. Dans ce cas là, nous pouvons tous devenir artistes, et il faudrait donc redéfinir ce qu’est un artiste? Mais il ne faut pas trop rêver non plus, je trouve ce concept de « l’art des foules » un peu naïf. On ne peut changer les attitudes d’une foule dans le métro sachant que la plupart des gens dans cette foule ne prennent pas les transports par plaisir et qu’elles sont souvent fatiguées. De plus, si nous prenons Paris pour exemple, on sait que les Parisiens ne sont pas du genre à être très aimables (c’est un peu culturel, rires). La définition exacte du Parisien c’est d’ailleurs : « Je suis parisien, j’aime rien » (comme j’ai pu le lire une fois sur le T-shirt d’une personne dans le métro). Le projet de faire du métro un endroit de rencontres et d’échanges est complètement utopique. Le portrait que nous livre Franck Beau du métro dans l’avenir et de sa « foule 2.0 » est un peu trop « beau ». Comme il travaille à la RATP, on peut se demander si sa vision du métro n’est pas un peu déformée… Car rappelons le, le slogan de la RATP est bien de nous « faire aimer la ville ». Personnellement lorsque je me retrouve dans une foule qui s’agite, j’ai plutôt envie de sortir du métro que de mêler à elle. Le vrai problème du métro n’a jamais été cité pendant cette conférence: il faudrait plutôt penser à désengorger certaines lignes (la ligne 13, par exemple, que les étudiants de Paris 8 connaissent bien !) pour limiter les phénomènes de foule qui font plutôt peur (comme les deux intervenants l’ont pourtant soulevé). Enfin, pour conclure, je dirais que le métro reste et restera le « métro des égoïstes » et non celui des « échanges ».