Marion Tampon-Lajarriette. Au-delà des bords de l’image.

Une œuvre d’art possède toujours une provenance, une source. En quelque sorte, il s’agit d’un prolongement de l’œuvre déjà existante dans le but d’en créer une nouvelle, tout en rendant hommage à l’initiale, pour ne pas dire l’originale car cela impliquerait que la seconde est fausse. C’est pourquoi il convient de distinguer entre « représentation » qui renvoie à une œuvre authentique et « reproduction » qui est une copie fidèle d’une œuvre originale. Picasso a bien repris le tableau de Delacroix intitulé Femmes d’Alger (1),  mais ce n’est pas pour autant qu’on va parler de copie puisque ce premier a représenté le thème à sa manière, donc il se l’est approprié. Ce qui nous conduira à parler de deux œuvres qui sont originales, l’une autant que l’autre. Marion Tampon-Lajarriette est une artiste qui s’inspire du cinéma et de la photographie. Par des montages excentriques elle crée un nouveau monde parallèle au nôtre, où l’impossible n’est pas habilité. Par exemple, elle peut organiser une rencontre voire une conversation entre deux personnes qui ne se sont jamais croisées.  Avec des séquences mises en boucle, étirées, le spectateur plonge dans une dimension infinie et s’ouvre sur une nouvelle perception de l’espace et du temps. L’univers que crée l’artiste oscille entre l’actuel et le virtuel. Dans Musée d’un souvenir, des animaux, des humains et des sons se noient dans une atmosphère temporelle en désharmonie avec le reste du monde: une femme et un homme presque figés comme s’ils assistaient à l’écoulement du temps qui s’accomplissait sous des sons divers et indéterminés et sous la présence de multiples espèces animales. Marion décèle des nouvelles idées à partir de  films ou de séries qui comportaient déjà leurs sens. Ainsi, elle réalise des remontages et dévie le cours de la narration. Elle emmêle des séquences et en relève d’autres. Répète les unes et supprime les autres. Cette pratique se fait même sur des photos qu’elle découpe, recadre pour ensuite disperser et créer ainsi une espèce de hors-champ qui intrigue et interroge le spectateur. En somme, Marion Tampon-Ljarriette, se réapproprie le réel et dote sa création d’une énergie aussi intense qu’un travail nouveau qui s’affirme comme tel et un travail source duquel est inspiré son sujet.

Kamal Khati

(1). Eugène Delacroix, Femmes d’Alger dans leur appartement, huile sur toile, 180cm/229cm, 1834, Musée du Louvre.

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