Mylène Benoit. Les corps: médias critiques.

Mylène Benoit est une artiste plasticienne et vidéaste qui s’intéresse au rapport qui peut exister entre le corps et les nouveaux médias. Elle observe la manière dont le corps humain est interprété par la technologie. C’est pourquoi elle invoque la danse qui met en avant le potentiel mobile du corps. Dans Effet papillon, l’univers du jeu vidéo s’est emparé de la scène de danse et les danseurs se sont transformés en personnages de jeux vidéo qui reprennent minutieusement la dynamique des avatars. On se croirait dans une nouvelle version de jeu vidéo. Bien que le décor soit monochrome et passif les personnages émettent une énergie incroyable et agissent comme si nous, les spectateurs, nous tenions nos manettes de jeux et les contrôlions. Pourtant, ce n’est pas le cas. Mylène Benoit met au point une sorte de jeu où les avatars agissent librement sans qu’ils soient manipulés. Néanmoins, face à ce jeu vidéo le joueur se substitue au téléspectateur qui regarde sans pouvoir intervenir.


Ainsi, le corps humain se voit acquérir la suprématie d’un corps de super héros qui évolue dans un monde qui lui est propre. Par ce procédé, maintes finalités peuvent être supposées. Cette façon de reproduire chorégraphiquement les jeux vidéos pourrait relever d’une astuce pour mieux appréhender la technologie afin de mieux la contrôler et d’en tirer profit. Dans ce cas-là, ce serait une sorte de contrepartie dans la mesure où l’on se préoccupe de copier fidèlement le mouvement du corps tel qu’il est rapporté par le jeu vidéo alors que le jeu vidéo, lui-même, tend a conférer à ses personnages l’aspect le plus naturel qui soit. Ou bien alors, l’objectif de cela est tout simplement l’exploration des performances du corps humain, voire le pousser au-delà de ses limites habituelles. Ou peut-être, une sorte de prédiction d’une vie hors du temps similaire à celle de ces personnages virtuels qui ressuscitent à chaque fois qu’ils meurent. Après tout, l’homme a, de tout temps, rêvé de l’immortalité et de la possession du temps.

Kamal Khati

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