Entre recherche de la matière et disparition de l’image

Jacques Perconte se forme comme artiste plasticien et explore les pratiques «classiques» du dessin, de la peinture, de la photo et de la vidéo. A la moitié des années 90, il découvre Internet, alors médium nouveau et terrain fertile pour des expérimentations et des recherches. C’est donc à partir des années 90 que Jacques Perconte commence à explorer la manière de relier, dans sa pratique artistique, les objets qu’il aime davantage. Comment intégrer photographie, vidéo et ordinateur? Comment interroger l’une des problématiques les plus chères des artistes contemporains (notamment photographes et vidéastes), la dimension du temps? Comment manifester le rapport entre le corps et l’écran? Comment intégrer la notion de réseau dans un processus de création? Comment, enfin, renouveler une pratique comme la peinture en trouvant son pendant dans Internet? Telles sont les préoccupations principales de l’artiste, qui ne nous cache pas son intérêt extrême, voire obsessionnel, pour tout ce qui gravite autour d’écrans, scripts de programmes, codes informatiques, applications java et vertus et défauts des supports numériques.
Jacques Perconte refilme des films ou des photos sur l’écran de l’ordinateur, crée des pièces vidéo en mettant en scène des sites internet existants, filme des pages web, mélange et filme séquences de chefs d’œuvre du cinéma italien et met en place des algorithmes qui «mesurent la quantité d’amour présent dans une image photographique» (http://iloveyou.38degres.net/).

En observant ses œuvres nous nous retrouvons littéralement éblouis par des successions rapides d’images très lumineuses et presque agressives dans leur puissance physique. Trempées d’une «esthétique du pixel», justement très années 90, accompagnées de sonorités à la Blade Runner et proches des expériences visuelles et sensorielles des jeux vidéo, les œuvres de Jacques Perconte interrogent peut-être davantage les possibilités et les limites des machines et des supports technologiques, plutôt que celles des images. A travers ses œuvres, l’artiste se dirige vers une perspective exploratoire du support technologique, de la matière numérique et de la possibilité des machines de la comprimer et de l’altérer, en modifiant ainsi les images de manière bouleversante par rapport à leur intégrité originaire, de forme et de significat.
Dans ses derniers films, qu’il s’agisse de vidéo de danse contemporaine ou de film politique, le sujet est tellement transfiguré par le support et la matière tellement manipulée (artificiellement), que la substance prend le relais de l’image, sans être pourtant indéchiffrable. Reste donc à voir si la visibilité et la «tangibilité» si extrêmes de la matérialité d’un médium, —d’autant plus si numérique et en dépit de la quasi disparition de l’image elle-même—, implique par conséquent la possibilité d’une rencontre et d’une compréhension privilégiées avec le message qui voudrait être véhiculé.
Probablement, de cette «peinture», qui bouge et qui palpite dans un improbable «impressionnisme numérique», comme on peut voir en Uishet, ne reste qu’un monde déconstruit, parcellisé, «pixellisé», dont on ne peut que percevoir la trame pointillée et colorée, sans aucune possibilité de la re-connaitre ni de s’émouvoir.
Giulia Repetto

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