Poptronics_ Le pure player de pure Culture

Poptronics est un agenda enrichi d’informations et de créations exclusivement sur internet; un pure player consacré à la culture contemporaine. Il délivre l’actualité; concernant l’architecture virtuelle et expérimentale (pop’archi); les nouveaux médias, la vidéo, le nouveau cinéma, les installations interactives (pop’art ); le web design, le VJing, le motion graphics, l’anime, la bd, flash (pop’design); les jeux vidéo on et offline, MMOPRG, la simulation, le gameplay, le FPS (pop’jeux); le blogging, surfing, hacking, le net participatif, les réseaux sociaux (pop’net ); la musique, l’art sonore, les lutheries électroniques, la poésie sonore (pop’son); les smart objects, le wifi, mobile, low-tech et RSS, la robotique, RFID (pop’tech)… C’est un média dédié aux disciplines artistiques émergentes, étant lui- même une forme médiatique émergente.

Les médias d’information étant en pleine mutation, des modèles économiques se cherchent et s’expérimentent sur internet. De plus en plus de Français choisissent les journaux d’information gratuits et internet avec les sites de la presse classiques (papier) et les pure-players (médias d’informations exclusivement sur internet: Mediapart, Slate, Rue89, Backchich info). Nous évoquerons ici la situation française car elle est différente des autres pays de l’UE et du reste du monde.

La révolution du web 2.0 (ensemble de technologies qui permettent le web participatif, les plateformes multi-utilisateurs) participe également à cette mutation: tout le monde devient un média ayant des activités d’émetteurs et de récepteurs simultanément. Les pure-players qui apparurent il y a environ deux ans dans le paysage du net français sont basés sur l’économie des start-ups. Il s’agit en majorité d’initiatives de journalistes qui partent avec un capital: les indemnités de licenciement économiques des plus grands journaux de la presse papier en déclin. On voit apparaître là le transfert direct des métiers, compétences de la presse classique vers le média uniquement numérique. Un choix des professionnels donc qui s’inscrit dans le sillon déjà expérimenté par les précurseurs underground mais très organisés comme Indymédia et les pratiques amateurs (blogs, forum, communautés). Ce sont ces pratiques populaires qui ont conduit à l’avènement des technologies au Web 2.0 «officiel».

Aujourd’hui pour les pure-players, il s’agit de trouver un modèle économique durable car la gratuité sur internet est en échec lorsque les investisseurs se retirent et quand ces sites ne recèlent pas le million de visiteurs uniques par mois; nécessaire à la vente d’espace publicitaire. Sur internet on ne peut pas appliquer le modèle de la télévision ou de la radio avec les revenus de la publicité. Rappelons qu’en 1980 seulement 50% des revenus de ces médias provenaient de la publicité alors qu’aujourd’hui c’est la totalité qui en dépend. Cette mutation provoque un crise de schizophrénie: l’engouement des faiseurs de contenu et des utilisateurs pour ce média est exponentiel alors même qu’on est de moins en moins prêt à payer pour s’informer. Il n’y a toujours pas de moyens de revenu fonctionnel et personne ne gagne d’argent sur internet, à l’exception des entreprises ayant le monopole de certains domaines comme google et msn… Les plateformes communautaires comme Facebook ou myspace ont un potentiel financier grandissant par le nombre d’utilisateurs et la somme d’informations accumulées sur eux mais pour l’instant ce sont des sites financés par des capitaux extérieurs. Le trafic des sites de contenu comme les pure-players ou culturels comme Poptronics sont moins massifs donc peu rentables pour l’investissement.

Poptronics à participé à la «bataille HADOPI» en s’alliant à des artistes et des acteurs de la culture; il ont fait signer des pétitions, ont lancé des actions sur le net (des artistes mettant leurs œuvres en téléchargement libre «téléchargez-moi»). En miroir au président de la république, Nicolas Sarkozy, ces mêmes activistes du net font le lancement de leur nouveau livre «licence libre» au Fouquet’s. Une pointe d’ironie dirigée vers ceux qui disent vouloir protéger les droits des artistes-auteurs alors même que ce système ne permet pas aux artistes de vivre de leur art. La loi Hadopi révèle une grande méconnaissance du média internet et une ignorance totale des intérêts de ses utilisateurs qui caractérise la politique culturelle française apeurée face à la puissance du réseau des réseaux.

La SARD (Société d’acceptation et de répartition des dons) est crée le 8 septembre 2009 à Paris comme alternative positive aux solution répressives et liberticides du gouvernement qui n’offre même pas un réel système de financement des oeuvres aux auteurs. Le système de don, s’il est généralisé suivrait un peu le même fonctionnement que le logiciel libre: le mécénat global. En effet le principe même si il est resté marginalisé pendant longtemps à fait ses preuves puisque linux fonctionne et se développe. Ce système de mécénat global appliqué à internet permet à l’internaute une totale liberté de navigation et de consommation tout en ayant le pouvoir de rétribuer les «fabricants» de contenus de manière ergonomique (widgets) et facile. Cette solution révélatrice d’une bonne connaissance de l’utilisation d’internet offre une réelle voie pour structurer un nouveau modèle économique pour la culture et la création de contenu informationnelle et artistique.
Cette introduction fut nécessaire à la compréhension des enjeux de Poptronics. L’économie de la culture est sans cesse à redéfinir pour rester en accord avec ce qu’elle démontre et défend.
Poptronics fût crée par Annick Rivoire il y a deux ans. La conception du site est soignée et se veut durable. Le parti pris graphique affirmé prend également ses racines dans des composites intrinsèques à l’informatique. Le designer graphique, Christophe Jacquet est allé puiser sa matière première pour la création de cette interface dans le premier logiciel de dessin sous mac. Il utilise la trame grossie déclinée comme autant d’habillages graphiques du background choisies aléatoirement à chaque nouvelle connexion. Les pictogrammes «signalétiques» sont dessinés par des faux traits vectoriels laissant apparaître «les boites» du dessin vectoriel. A ce style très techno dans le concept, se mêle un dessin type croquis: imprécis, repassé, comme manuel. Cela crée un décalage: de l’humour et un recul supplémentaire devant autant de petits symbole spécifiques à internet déjà trop vus. Le concept graphique est le résultat d’une réflexion autour du constat qu’il est difficile de se démarquer et de durer sur internet. La volonté donc était orientée vers une certaine durabilité tout en créant l’évènement à chaque fois.

La typographie fut créée pour le site et l’identité de Poptronics. Le logo, constitué du nom Poptronics dans cette typo display/pixel et d’une forme reflétant la fusion entre un écran et une feuille. L’objectif de Poptronics est de fédérer et valoriser les différentes communautés marginales qui composent les cultures électroniques (Hackers, joueurs, net-artistes, musique électronique…).

Chaque bloc est qualifié en haut à droite, ce qui permet de se repérer dans le rubriques de la home aux pages intérieures: discret mais efficace. Les rubriques : le pop’fil; module d’actualité avec vignette, petit descriptif et un lien «lire la suite», les actualités s’empilent par ordre chronologique tout domaines confondus cependant un tri par type de médium est possible.

Le pop’agenda; A chaque jour, les événements sont listés et linkés vers leurs fiche détaillés. La particularité de cet agenda web 2.0 est qu’il est exportable à la manière d’un fil rss et dans son agenda (ex: iCal). Le pop’lab; carte blanche aux artistes pour la création de magazine PDF (mi-papier/ mi numérique). Le pop’sonics; Webradio de médiation et de création, lancement au festival des arts sonores à Mons. Et pop’etc; Contenus hors normes; plus long, plus lourd, différent des articles d’actualité.

La marque de fabrique éditoriale de Poptronics, c’est la qualité qui vient du journalisme de presse classique. En effet il est apparu à Annick Rivoire la nécessité de proposer de l’information culturelle sur internet. Elle a bien conscience que c’est justement cet héritage de l’exigence du papier (impression) qui lui donne cette rigueur et ce souci de vérification, réécriture, unification des articles. Loin de renier les racines de l’information classique, Poptronics est la suite logique, le futur proche du meilleur de l’information culturelle. Aussi son originalité en est la forme du comité de rédaction. Bien qu’il comporte une équipe fixe, on peut être surpris de retrouver des articles écrits par les artistes eux-même. Ce qui à mon sens le démarque des autres médias: c’est la création en ligne, l’ouverture de certaines rubriques à des œuvres spécifiques à internet et fabriquées là, dans ce nouvel espace.
Amélie Daullé

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