Du spirituel dans l’air…

De gauche à droite, d’après la qualité de l’air relevée à Cergy-Pontoise, le 3 janvier 2006, 12 h, 8µg/m3 d’ozone (bleu), à Saint Martin du Tertre, le 15 mars 2005, 12h, 75µg/m3 d’ozone (vert), à Paris 18ème, le 26 juillet 2006, 12h, 172µg/m3 d’ozone (orange), à Tremblay-en-France, le 11 août 1998, 16h, 340µg/m3 d’ozone (rouge). Le collectif HeHe, constitué de Helen Evans & Heiko Hansen, nous donne à voir le non visible: l’air, le son, l’impalpable en général… Ces éléments se matérialisent dans leurs installations interactives inscrites dans l’espace urbain. Hehe explore «de nouvelles voies pour intégrer les « médias binaires » dans un environnement physique» (1).Ils captent ainsi tout ce qui nous entoure et ce qui constitue notre quotidien «d’usagers passifs». Indépendamment de notre volonté, nous respirons l’air pollué et nous entendons les bruits de la ville (klaxons, moteurs, sonneries, aboiements…).


Nuage Vert se compose de d’une caméra braquée sur la cheminée d’un incinérateur public et d’un laser qui dessine le contour du nuage de fumée dans le ciel: la couleur du rayon varie du vert au rouge, en fonction des statistiques collectées en temps réel par l’usine (qualité du tri, masse de déchets à traiter…) www.hehe.org.


Bruit Rose
à Rotterdam, Witte de With Straat, coproduit par « V2 » pour Hands On Hands Off: Three Surfaces of Disengagement, 2005, photo HeHe.

En concrétisant ces éléments, le collectif HeHe agit comme un «décodeur de sensibilité», leur vocabulaire se veut matériel. Ils attribuent une présence physique à des éléments immatériels. Soulignant ainsi une réalité à laquelle on ne prête plus d’attention particulière au quotidien, ils nous ouvrent une porte, celle du monde sensible… Société de l’image et de la publicité, ils prennent le parti d’inscrire leur langage socio-artistique dans cette surabondance du visible en détournant les objectifs premiers de ces espaces de communication. Certes outils de transmission, leur propos est de converser avec la société. Mais si dialogue il y a, celui-ci est engagé: démontrant et prouvant par l’image, —qui est la preuve visible, donc non réfutable–, les failles de l’environnement urbain: un environnement complètement enseveli sous la pollution et le bruit. Les images que donnent à voir Hehe ont cette particularité de toujours paraître tranquillisantes. Mais malgré l’once d’espoir qui semble transparaître de leurs installations, et ceci grâce à la légèreté et la précision avec laquelle ils interviennent, ce qui émane de leurs dispositifs est leur positionnement on ne peut plus orienté. HeHe fait appel à une conscience collective et universelle: même si leurs œuvres présentent un attrait certain en terme d’innovation technique, d’interactivité et de caractère ludique, le discernement des usagers est requis. La distinction entre la séduction immédiate et les réels enjeux de l’œuvre semble être la véritable problématique de ces artistes à l’esprit critique. Mélissa Chaussalet.

(1) Entretien de Laurence Mauderli avec HeHe, pour le catalogue Airs de Paris, éditions Centre Georges Pompidou octobre 2006.