Hervé Graumann: son tracé artistique!

Hervé Graumann peut être considéré comme l’un des avatars de Marcel Duchamp et de l’art conceptuel. Il s’attache notamment aux objets.

Il illustre la situation de l’artiste contemporain par excellence. Il nage entre les médiums. Il circule, se balade dans l’art pour tracer sa voie, sa ligne, son «tracé artistique». Hervé Graumann est un artiste non classable. Il regarde autour de lui mais ne rentre ni dans un mouvement, ni dans un courant, ni dans une catégorie et encore moins, ni dans une boite. Il fait son chemin.
Lors de cette conférence, l’artiste nous a montré un éventail, un panorama de ses œuvres où toutes les disciplines se mêlent… Son travail consiste à entrouvrir la porte des nouveaux médias, dans des programmes interactifs plus ou moins avancés. La toile est parfois vue comme une source de créations. Mais il travaille également dans des compositions répétitives d’objets, des vidéos à partir de photographies mises en 3D…

Quatre concepts ressortent de cette intervention: autour de la photographie, de l’ordre alphabétique, dispositifs et pour finir les Patterns. Le travail d’Hervé Graumann peut être mis en parallèle avec les technologies, les évolutions et la rapidité fulgurante de l’ère numérique. Avec ses animations, il replace le dessin dans une autre dimension, portée sur la visibilité et le découpage. En effet, il découpe des objets sur une image, puis, avec un programme, ses «formes-objets» s’animent, quittent l’écran et se remettent à leur place. L’objet n’est pas vu dans son ensemble, il est difficile à comprendre, il devient hors contexte. Ce film d’animation tourne en boucle. Il donne vie à des objets de bureau, de cuisine… Ce monde en «puzzle» est plat, sans relief ni volume. Est-ce un souhait, une volonté ou une contrainte imposée par la technologie de l’époque?

Le monde de la photographie l’inspire et lui ouvre les portes du volume et de la 3D. il est vrai qu’une image photographiée est une représentation de la réalité, elle transforme les volumes en ligne et en dessin plat. L’artiste, va lui redonner du relief et les transformer en volume, concept que nous pouvons apercevoir dans EZ models.
Dans cette œuvre ou cette série, il part d’un point de départ: la photographie. Et les éléments représentés vont être mis en relief. Par ce processus, il rend les volumes, la 3D à l’image en 2D. Les objets sont rendus au monde réel. Ils peuvent donc en cacher d’autres. L’image est construite à partir de ses propres couleurs et de sa propre représentation. Il se situe alors, entre le réel et l’irréel ou ce que l’artiste nomme le no man’s land. Cette nouvelle réalité est une anamorphose. En effet, un appareil photographique met à plat la réalité, la perspective donne cette dimension de relief, de volume et de matière. Hervé Graumann rend cette matérialité à l’objet. Il va chercher à créer un volume sans faire une prise de vue sous tous les angles. L’étirement de la vision à montrer ce qui est caché, donne une matière qui lui est propre et des couleurs très étirées.
De cette recherche et de ce questionnement sur le volume, en découle d’autres œuvres qui soutiennent le réel. En effet, il quadrille et numérote des objets (chaises, armoires…), les découpe en petits carrés mais les rassembler. Il ne souhaite pas créer un puzzle mais, il s’interroge sur les codes d’un objet. Ici, dans cette série, le dessin donne la suite. La désintégration et l’intégration d’un objet renvoient à un côté matériel ou au contraire immatériel: mais tout ça pour coder le réel et lui appliquer de simples données.

Par la suite, il va s’intéresser à l’ «l’ordre alphabétique», d’après ses propres termes. Il va classifier les couleurs. Et pour cela, il crée une base de données en sept langues de onze couleurs.Hervé Graumann va peindre une série de toiles à partir de cinq couleurs, par ordre alphabétique. Ces peintures seront donc différentes selon la langue utilisée. Le blanc en français sera placé en premier, par contre en anglais (white) sera en dernier. C’est une manière, aujourd’hui de composer à partir d’une base de données. Dladc de 1991 (allemand, français, italien, portugais) démontre bien cette notion. La programmation, le langage créent des tableaux complets avec des lignes de couleurs classées.

Cette classification va continuer, mais sous une autre forme: Présentation chromatique. Ici, l’artiste va assembler et mélanger l’annuaire téléphonique et le dictionnaire. Il cherche des noms de familles de couleurs ou autour d’un même thème pour composer et créer. Ces toiles monochromes sont le résultat de sa recherche pour Monsieur Rouge, par exemple… et il va même jusqu’à lui demander de signer un certificat d’authenticité. Est-ce que c’est rouge la couleur ou rouge le Monsieur?

D’autre œuvres vont susciter ou utiliser le même principe: comme Blanc sur blanc de 1993. Cette photographie montre Monsieur Blanc qui porte sur ses épaules un autre Monsieur Blanc, en association avec un jeu de couleur (les tee-shirts par exemple…). L’idée de l’artiste est une retranscription littérale des sens des noms de famille. Les toiles sont des compositions où Monsieur Buisson est proche de Monsieur Sapin, Madame Rossignol est dans les airs. Les signatures de ces personnes sont placées de telle sorte qu’ils composent un paysage. Une histoire est toujours présente autour des toiles. Les signatures ne sont pas placées au hasard. Il ya toujours une image. Mais est-ce de l’abstraction? De la figuration?

Pour son travail de dispositif-installations, Hervé Graumann met en avant les technologies en quelque sorte. Il leur donne la vie. Il utilise notamment des imprimantes. Dans une de ses œuvres, il place l’imprimante à tête en aiguille, sur un cylindre en mousse. La tête de lecture fait bouger l’ensemble pour devenir organique. De plus, la machine produit un son particulier à l’impression de chaque lettre. Pour une lettre, un son est produit, il lui est propre. Elle crée alors une partition.
Composition verticale/horizontale à 3 éléments, 1993-94 est un autre résultat réalisé à partie de données. C’est une description en trois parties, qui nous dévoile la représentation. L’idée montrée est celle d’un ordinateur de l’époque, une usine complète sur le bureau.
Dans ce genre de travail, l’artiste utilise la technologie de son époque. Aujourd’hui, ces œuvres seraient différentes mais questionneraient les mêmes concepts.
Son dispositif le plus connu est sans doute, Raoul Pictor, Raoul Pictor cherche son style, 1993…work in progress www.raoultpictor.com). L’idée, ici, est de laisser travailler la machine. Un peintre est en action dans un écran. Il fait ce qu’il a envi. Et quand la toile est terminée, il quitte la pièce et l’œuvre s’imprime. En 1993, c’est toujours la même toile. En 2008, les technologies ont évolué et son Raoul Pictor également. Chaque peinture est différente, elle est aussi visionnée avant impression… le peintre cherche toujours son style donc le spectateur a toujours une œuvre originale signée de Raoult Pictor.

Aujourd’hui, cet artiste se tourne vers les Patterns. Ce dispositif met l’accent sur l’industrie, le clônage, la répétition, la construction d’un module à l’infini. Les productions sont gigantesques. Elles remplissent parfois des salles entières. Les Patterns series sont des tonnes d’objets souvent sous forme d’images. L’illusion est faite: répétition à presque l’identique, proche du papier peint (référence à sa base géométrique et répétitive). Dans Enigmatic sequence with rats and flowers, 2003, l’image met le doute. Il ne s’agit pas d’une duplication à l’ordinateur mais bien une répétition réelle. Pour nous le prouver, la perspective est présente et le côté cinétique également. La répétition est le leitmotiv mais en regardant bien, tout est différent.

L’œuvre d’Hervé Graumann est basée sur la perception, la vision et nos sens. Il veut mettre avant l’idée d’un tout autre monde, un tout autre espace. Il joue sur les espaces et place la 3D dans le réel.

Son «tracé artistique» avance, progresse dans le monde de l’art…

http://www.graumann.net
http://www.raoultpictor.com