Hervé Graumann

« (…) Hervé Graumann ne saurait se cantonner dans l’art des ordinateurs et d’Internet, il entretient un contact insouciant et gai avec le pinceau et les pixels, avec le soft et le hard, faisant ainsi exploser les limites de la réalité et de la virtualité.
Il tente d’utiliser l’art pour dévoiler plaisamment la juxtaposition, la superposition et l’interpénétration de noms, de couches de signes, de symboles et d’images sans recourir, à une explication.» Andreas Meier, extrait du catalogue de l’exposition Nonchalance, Centre Pasquart Bienne, 1997.

Hervé Graumann est né en 1963 à Genève où il vit et travaille. Professeur à l’École supérieure d’art visuel et de design de Genève, il développe depuis la fin des années 1980 un travail artistique pluridisciplinaire lié aux nouveaux médias, tel que la création de site Internet, de films d’animation, l’exposition de pièces de hardware (imprimantes, clavier…), de tableaux (monochromes, paysages faits à partir de signatures…), d’images numériques et d’installations (Patterns). Il détourne, interroge, critique, joue avec les outils (codes, classification, couleurs), le vocabulaire et la logique de la technologie numérique. En 1992, Hervé Graumann invite Gilles Porret, artiste peintre, à rencontrer des personnes dont le nom de famille est une couleur. Certaines de ces personnes, ayant accepté cette rencontre, ont été présentées au peintre. De là, s’en suit pour l’artiste Hervé Graumann toute une série de recherches ou de «rendus» sur le thème de la couleur. Pour ce faire, il utilise différents processus d’information pouvant faire appel à une technologie évoluée (l’ordinateur et ses périphériques) mais pouvant aussi revêtir un aspect plus artisanal. Il réalise ainsi différents projets comme une photographie, Blanc sur Blanc, 1993 avec Damien Blanc et Alberto Blanc, une classification via l’annuaire téléphonique des noms de familles par couleur (Blanc, Noir, Brun, Rose, Gris…): Présentations chromatiques

En 1993, Hervé Graumann crée le personnage de Raoul Pictor, un peintre virtuel qui «cherche son style» (http://www.ave.ch/raoul) et qui produit, au travers d’un programme informatique, des œuvres à l’infini. Habillé d’un béret et d’une blouse grise, Raoul Pictor est l’antithèse de l’artiste romantique. Sa principale occupation se résume à marcher dans son atelier, telle une marionnette, sans âme et sans existence, trouver de l’inspiration en jouant du piano et produire des tableaux avec nonchalance. Grâce au programme, aucune image n’est identique et toutes sont signées, datées et numérotées. Ainsi, avec humour, ironie et de façon ludique, Graumann aborde les questions ayant trait à la création d’images virtuelles, aux conséquences de la vulgarisation du numérique, à l’unicité de l’œuvre d’art et à sa reproductibilité, au créateur d’images, au statut de l’image et à sa représentation. Le rôle et la place de l’artiste sont également remises en question puisqu’il utilise des hardware et software. Effectivement celui-ci est le créateur du programme, mais la machine exécute une partie du travail artistique.

Les derniers projets d’Hervé Graumann investissent l’espace réel par des installations. Ses Patterns sont des compositions formées d’objets du quotidien peu coûteux auxquelles il applique le «copier-coller» suggérant ainsi une répétition à l’infini et créant un effet d’optique comme les images de kaléidoscope. Cette accumulation d’objets évoque les pratiques du nouveau réalisme et du Pop art. Céline Lemaire