art total

L’art numérique et l’opéra: Bill Viola, Peter Sellars et Richard Wagner
L’un des très impressionnants événements de l’année 2008 a été le spectacle d’opéra Tristan et Isolde, de Wagner, réalisé par Peter Sellars et Bill Viola. En parallèle avec les événements de Ensad, où l’on parle de médias et d’art contemporain, aussi le spectacle à l’opéra Bastille est «total».
On connaît le concept de Gesamtkunstwerk, inventé par Wagner en 1850 et qui peut être traduits par «œuvre d’art total». Comment aborder en 2008 «l’œuvre d’art total» une des réponses est dans ce spectacle qui inclut la musique, le jeu de scène (théâtre) et la vidéo.
Plusieurs problématiques: musique wagnérienne, jeu sur la scène et un très grand écran sur lequel est projeté l’œuvre de Viola. Quelle est la relation entre opéra et vidéo?
C’est ici la grande innovation. D’ordinaire on regarde une vidéo et en même temps on entend le son. Dans un spectacle comme celui-la, la musique n’est pas toujours exactement accordée aux images, une certaine différence existe entre chaque spectacle, car c’est une œuvre vivante, presque interactive, entre les chanteurs, l’orchestre et la projection et en plus, on peut suivre la traduction allemand-français en temps réel sur un écran d’affichage en haut de scène.
On a donc quatre scènes à suivre: l’orchestre qui n’est pas visible (cela dépend de notre placement; si on est dans la loge on peut voir aussi l’orchestre), la scène avec les personnages qui entrent, sortent et bougent, l’écran avec la projection et en parallèle, le texte de l’opéra qui est affiché électroniquement, sur un écran d’affichage très moderne, avec des caractères colorés en orange.
Une seule problématique que je veux mettre en lumière ici: comment on peut traduire, montrer le son en image et pourquoi «illustrer» un spectacle d’opéra qui est en soi, un théâtre dans laquelle les artistes chantent, donc un spectacle qui inclut l’image…même si le décor dans ce spectacle est noir.

L’écran qui a une dimension impressionnante, couvre complètement tout le décor et on est attiré par cette image qui couvre tout le champ visuel. C’est un renversement de situation. La musique est justement l’accompagnement de l’image; c’est comme si on regardait une vidéo mais sur un écran de cinéma et qu’un orchestre joue «en live» pour nous ; celle donne une impression très spéciale d’unicité de cet moment. Et si le moment est important, c’est par une coïncidence, car tout l’opéra est une question sur le temps et sur la mort. La temporalité existe entre image et son, entre image fixe et image en mouvement.
Les images sont des illustrations de notre perception sonore mais comme on le sait, le temps dans l’œuvre de Bill Viola a un mouvement ralenti, les images ne bougent pas dans le rythme de la parole et ceci amplifie la tension et donne un sens nouveau à spectacle. Quelquefois on a l’impression que l’image ne bouge pas; par exemple pendant longtemps on a devant nous l’image d’une forêt à l’aube et le mouvement de cette image est donnée justement par la mouvement du soleil, donc entre nous comme spectateur et le soleil, la forêt attend tranquille et on réalise d’après le mouvement du soleil que ce n’est pas une image fixe, que c’est toujours une vidéo et que dans cette image, il existe de très légers mouvements imperceptibles.
Tristan et Isolde, réalisé comme de cette manière est une œuvre totale, chant et vidéo, théâtre et affichage électronique, où l’image et le son sont doublés par l’apparence humaine sur scène, apparence humaine virtuelle, mot parlé et mot écrits, et bien sûr la musique qui couvre complètement l’espace car pendant la représentation on entend chanter le cœur devant nous et aussi dans une loge quand y apparait un personnage qui chante.
Opéra total: Wagner, Sellars et Bill Viola !! Un chef-d’œuvre !