L’espace en rêve


Avant la chute de la dynastie des Qing au début du 20e siècle, la Cité Interdite est perçue par les Chinois comme un lieu empreint de mysticité. Personne ne sait ce qui s’y passe. Au sein de la collection de la Bibliothèque Nationale de France, il est possible de trouver d’anciennes cartes de Pékin mais pas d’images ou de détails sur la Cité Interdite. De même, même s’il est possible avec les moyens technologiques d’aujourd’hui de visualiser sur Google Earth certains bâtiments avec une certaine précision, il reste toujours difficile de trouver des images du Zhong Nanhai, lieu jouxtant la Cité Interdite et siège du gouvernement de la République de Chine. En 2000, le Président des Etats-Unis, Bill Clinton, lève l’interdiction d’utiliser les images satellites qui étaient jusque là réservées aux militaires. Toutefois, après le 11 septembre 2001, G.W. Bush limite cette autorisation en excluant les sites militaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, même si nous pouvons trouver certaines images de sites militaires, celles-ci ont peut-être été modifiées, falsifiées ou prises il y a plusieurs années.


A
lors que je visitais l’exposition de l’artiste japonais Masaki Fujihata, c’est la première fois que je retrouvais la conception du Shanshui, type de représentation des paysages dans la peinture traditionnelle chinoise. Axé sur la perception, le Shanshui souligne l’insignifiance de l’être humain dans l’immensité du cosmos (thème taoïste). La réalité de la représentation importe finalement peu. Par exemple, quand un peintre célèbre chinois voyageait dans les montages, il visitait plusieurs monastères et vestiges, rencontrait les personnalités locales des villages, rédigeait des poèmes, etc. Il compilait alors toutes les informations recueillies ou ressenties pour composer sa toile. La part du réel se fondait alors dans un environnement interactif, multidimensionnel. On retrouve par certains aspects l’essence de cet esprit dans les aquarelles anglaises du 18e siècle. Au 19e siècle, avec l’affaiblissement de la culture orientale, cette tradition perd de son influence et beaucoup de gens éprouvent des difficultés à comprendre le concept même du Shanshui.

L’œuvre de Masaki Fujihata se réapproprie cette notion par l’utilisation du GPS et de la vidéo. Son travail peut alors s’inscrire en continuité d’une tradition picturale orientale. «Mieux représenter dix mille insectes, mieux dépeindre cent espèces d’oiseaux», tel était la devise du maître Qi Baishi qui excellait à créer des peintres d’après le principe dit «entre ressemblance et non-ressemblance».

Hao WU