Recherches de l’IRI

Rencontre avec Vincent Puig, chercheur à l’IRI (Institut de Recherche et d’Innovation) et Yves-Marie L’Hour, artiste plasticien travaillant avec les chercheurs de l’IRI. L’IRI est une structure au sein de l’IRCAM (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique), qui est plus particulièrement dévolue à la recherche appliquée, toujours en lien avec des sensibilités musicales et cinématographiques.
Vincent Puig et Yves-Marie L’Hour nous ont présenté de nombreux projets autour du logiciel Ligne de temps permettant une lecture différente d’œuvres cinématographiques ou musicales ou permettant de déconstruire les productions pour mieux en comprendre le sens du point de vue de l’amateur.
L’amateur ou «enthusiast» en anglais comme nous le précisait Vincent Puig, est souvent un praticien, il émet à la fois des jugements de goût et affirme une pratique, il possède donc des outils de lecture. Le but des logiciels développés par l’IRI est de donner des outils d’écriture, faisant référence aux premiers visiteurs du Louvre venant compléter leur apprentissage en copiant les tableaux de maîtres. Ces logiciels sont des outils de sensorimotricité qui doivent permettre aux visiteurs amateurs d’émettre des jugements critiques, de produire et d’échanger des métadonnées pour enrichir les œuvres, de fournir les instruments nécessaires à une écriture sensorimotrice (outils numériques et communicants).
Concrètement, cela donne des sites tel que shiftspace.org qui propose de mettre des post-it virtuels sur des sites Internet ou encore voicethread qui offre la possibilité de laisser des commentaires audio sur un film, une vidéo ou une musique. Le site Ligne de temps permet de décortiquer un film par plan-séquence, de comparer des scènes en les visualisant côte à côte et d’y insérer des annotations par exemple. La version en ligne pouvant être modifiée, permet le dialogue en confrontant les points de vue et offre ainsi des lectures croisées de cinématographe ou d’amateur. Cela pourrait donner accès lors de représentations cinématographiques ou lors d’expositions à des annotations, des commentaires audio ou des dessins de visiteurs, partageant ainsi leur expérience. Chacun pourrait également créer sa propre visite à l’aide de ces commentaires  en les récupérant et pourrait aussi en ajouter.
Ces outils généreraient un processus d’expérimentation et de création dans le partage de l’information mais cela orienterait également les parcours et la compréhension personnelle du film. Devons-nous tous avoir la même vision, la même interprétation d’une production, sachant qu’elle sera forcément faussée par des commentaires divers. De plus comme le faisait remarquer Yves-Marie L’Hour, on peut se demander si ces outils créent réellement de l’information ou si elle ne font qu’augmenter «le bruit» dans l’espace d’exposition.
Finalement le vrai problème qui se pose, c’est de rendre accessible et de faciliter le décryptage des œuvres pour susciter un intérêt de la part de l’amateur, du visiteur ou du passant… Ne serait-ce que par des initiatives expérimentales et numériques qui font certes l’unanimité des enfants, tout comme le Futuroscope ou Disneyland mais dont leur seul souvenir de ce lieu sera celui d’un espace de jeu. Quelles sont donc les limites à l’utilisation de ces outils pour fédérer l’amateur au sein de l’espace d’exposition? N’oublions pas que l’IRCAM et l’IRI dépendent du Centre Georges Pompidou, que Vincent Puig nous a décrit comme une industrie culturelle et dont le visiteur ne passe en moyenne que 46 secondes devant chaque tableau.

Bérengère Le Sergent