La ville, une interface numérique?


http://www.viktoria.se/fal/projects/soniccity/prototype.html

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer sans aucun doute que, de nos jours, la technologie a intégré nos vies quotidiennes; elle est tellement présente dans notre entourage qu’elle en vient même à s’effacer, car, plus qu’une évidence, elle s’est littéralement calquée sur nos habitudes et nos besoins. Cette faculté d’infiltration ubiquitaire dont dispose la technologie, -ou plutôt, les technologies-, ne fait que s’accroître au fur et à mesure des progrès faits dans les différents domaines, facilitant notre quotidien à l’aide d’objets dont l’invention et la consistance technologiques deviennent de plus en plus discrètes et imperceptibles.
C’est cette omniprésence de l’informatique, -cela concerne notre carte Imagine R tout comme les chasses d’eau automatiques- qui ont fait réfléchir Lalya Gaye, artiste/designer, membre du collectif Dank! et chercheuse à l’université de Göteborg (Suède)-: désormais, l’on ne peut passer à côté du fait que la ville entière constitue une interface numérique, dissimulant dans les endroits les plus banals et ainsi les plus improbables ses petits gadgets. Où que l’on soit, où que l’on aille, le numérique et la technologie nous entourent: oublions les postes d’ordinateurs fixes, cette ère est révolue; désormais, c’est la mobilité qui l’emporte.
En partant de ce principe, Lalya Gaye conçoit divers projets basés sur la rencontre de la technologie et de la mobilité; le projet qui rencontre incontestablement le plus de succès parmi les auditeurs d’OdNM est celui de Sonic City, et pour cause! Ce projet, élaboré entre 2002 et 2004, résume parfaitement cette idée: il consiste en la création d’un instrument de musique interactive qui utilise la ville comme interface, permettant aux utilisateurs qui se promènent avec le fameux casque sur la tête de créer leur propre paysage sonore électronique au fur et à mesure qu’ils se déplacent et interagissent avec les divers environnements urbains. Que pouvons-nous en conclure? Devrions-nous avoir peur du fait que la technologie est désormais ubiquitaire? Devrions-nous en inquiéter? Certes, les projets de Lalya Gaye ne nous amènent pas dans cette direction, ni ses discours. Elle semble plutôt tirer et profiter d’une conclusion dans un but créatif, en acceptant les faits accomplis plutôt que de les remettre en question. Mais n’y-a-t-il pas un côté sombre à cette infiltration numérique? une intrusion peut-être?

Danaé Papaioannou