Masaki Fujihata : Chez soi mobile

Fujihata demande à plusieurs personnes étrangères résidant et travaillant à Genève, où elles trouvent un peu de «chez soi» dans cette ville. Avec Landing Home Project in Geneva l’artiste propose une  expérience de partage.  C’est un  partage d’abord d’un «chez soi» à travers des entretiens et en même temps, le partage de l’espace où l’articulation de la caméra panoramique et de la projection vidéo en relief crée une immersion, —façon particulière d’insérer le spectateur dans les lieux représentés.  Cela commence par les lunettes, des lentilles grises qui nous invitent à nous immerger dans les images, après une plongée dans la recherche d’un chez soi qui dépasse les frontières d’un endroit fixé dans un pays. D’une certaine façon, cette installation nous parle de la recherche d’un chez soi mobile. Une proposition d’habiter l’espace-temps autrement. Où l’intérieur et l’extérieur se mélangent et le résultat se présente dans une configuration intéressante, dont la vidéo relief est utilisée pour renforcer l’aspect itinérant: les images ne se limitent plus à l’espace de l’écran. Toujours dans l’aspect de la mobilité, quelques entretiens se font en marchant, le «chez soi» se retrouve dans la condition transitoire, et le spectateur est lui aussi dans un espace habité par la vidéo qui bouge et change tout le temps. L’image n’est pas fixée, l’écran est élargi et les images s’étalent autour du spectateur.  Une expérience de déconstruction.

Orchisoid
. Cela n’est pas une tentative d’humaniser les plantes, mais au contraire: Fujihata utilise de la technologie pour essayer d’accéder au point de vue d’un végétal. Il ne voulait pas donner l’autonomie à l’orchidée mais à sa base: ce qui bouge est la terre. C’est le vase qui est mobile. Il y a une espèce de miroir inversé entre les deux œuvres: à Genève, c’est le chez soi qui bouge et ici, c’est le sol qui n’est pas statique. Destruction des concepts figés, les plantes se déplacent par la base: Where is the homeland? En explorant les nouvelles technologies, l’artiste désorganise les références, et propose un changement des concepts. Le «chez soi» de l’orchidée devient mobile.

La solitude est numérisée dans Morel’s Panorama. Dans cette installation Masaki conjugue la condition humaine d’être seul et la technologie. Il joue aussi avec l’idée de projection et  de réalité. Inspiré par le roman de Caseres, Morel’s Invention, l’œuvre interactive de Masaki retrace, d’une certaine façon,   l’histoire de l’Écho et Narcisse:  l’extrait de soi est un écho de l’image de soi et l’écran devient un miroir. On rentre dans la salle toute blanche, la salle-écran et l’on ne sait pas ce qui va arriver. On est dans l’expectative. D’abord une image de quelqu’un, l’attention est attirée par l’attente de la suite. Et quand l’image de soi est extraite et projetée, ce qui se passe devant l’écran devient ce qui se passe sur l’écran. Une fusion de temps et espace, des individualités partagées, extraits de plusieurs personnes. Un panorama des solitudes. En faisant un double de l’image de soi, Fujihata touche la question inhérente de ce qui se passe entre deux personne. Est-ce qu’il y a vraiment un autre? Ou bien se projette-t-on sur l’autre qui est devant nous?

Adriana Pessolato