Le paysage d’Esther Polak: «MILKproject»


Esther Polak intervient dans la session Paysages technologiques de Mobilisable. Elle s’intéresse aux images médiatisées du paysage. Pour les réaliser, elle s’est inspirée d’exemples historiques. A travers ces exemples elle nous montre que les instruments technologiques nouveaux ont permis d’apporter une image nouvelle, de développer une représentation nouvelle, même une perception nouvelle. Imaginons, par exemple l’impact de la découverte de la perspective dans la peinture, ou l’invention de la photographie, sur les modes de représentation. Et avec celle-ci la perception du paysage. Esther Polak est une des premières exploratrices artistiques de la cartographie GPS de grande envergure. Dans le projet MILKproject elle suit un transport laitier européen allant du pis de la vache (lettonne) à la bouche du consommateur (hollandais). Toutes les personnes faisant partie de la chaîne portaient, pendant une journée, un dispositif GPS qui enregistrait leurs mouvements. MILKproject propose à l’internaute de faire un détour en Lettonie afin d’y découvrir les rouages de l’industrie laitière. Ce projet raconte l’histoire personnelle de ces différents Européens, du fermier letton au marchand hollandais avec ses clients.
De nombreux fermiers de la région ont collaboré avec Esther Polak et Leva Auzina afin de rendre le projet possible. Les coordonnées géographiques ont été relevées à l’aide d’équipement GPS sur le terrain de leurs journées de travail. L’internaute peut visionner ces parcours (en accéléré) et visionner les commentaires des fermiers concernant le point rouge qui les représente sur la carte. L’internaute peut aussi voir des photos des lieux agricoles commentées par les fermiers et présentées comme une sorte de bande dessinée animée. Le but du projet était non seulement de montrer le travail derrière la création de produits laitiers, mais aussi de faire part de toute une géographie ainsi que d’un contexte socio-politique et culturel à la suite de la chute du communisme. MILKproject a d’abord été présenté sous forme d’installation, mais le site constitue une œuvre à part entière.

Cette expérimentation artistique s’élargit sans aucun doute avec l’intrusion lente du GPS qui permet de représenter différemment le paysage, mais également de se représenter différemment dans ce paysage. En l’utilisant comme un moyen capable de capter des mobilités, de représenter le paysage et d’agir avec lui, le GPS, au delà de ses usages technologiques et de sa signification pour les transformations actuelles du paysage est en train de se transformer en un véritable instrument artistique. Il s’agit d’expliquer la technologie GPS, son fonctionnement et ses évolutions futures, de savoir comment le paysage se transforme, devient technologique puis finalement comment ces pratiques artistiques peuvent produire des représentations et des usages qui s’inscrivent dans ce contexte dynamique.

Hye-Young Seon