Masaki Fujihata: mobilité, invention technologique et invention artistique


Morel’s Panorama

Dans la conférence Mobilité, invention technologique et invention artistique, le chercheur et artiste japonais Masaki Fujihata nous fait interroger les relations entre la technologie et l’art. En 1992 il découvre le GPS (Global Positioning System), et deux ans plus tard, il monte son premier projet Impressing Velocity-Mount Fuji . C’est dans ce projet que l’on voit que les techniques sont riches de possibilités. On peut les enrichir en les faisant travailler dans un contexte d’association: dans le cadre du projet Landing Home in Geneva (2005), une caméra vidéo panoramique est associée un GPS. Il faut découvrir ces possibilités dans les dispositifs techniques et ce sont les artistes qui sont «découvreurs», comme est Fujihata. A l’Ensad, on a pu voir  ce projet: on est équipé en lunettes polarisantes qui font voir en relief les lignes du trajet GPS et les vidéos présentant les images enregistrées pendant ses visites-interviews de personnes étrangères résidant à Genève.

Pierre-Damen Huyghe nous a présenté une position qui consiste à définir l’art comme une conduite technique. Dans cette conduite la technique n’est pas instrumentalisée, elle est libérée- elle n’a pas à servir pour quelque chose. Dans les travaux de Fujihata on trouve cette libération de la technique à servir. Le fait de la considérer et la travailler autrement qu’un moyen, c’est une position qui n’est pas nécessaire. La position artistique de Fujihata, selon Pierre-Damen Huyghe, c’est mettre en évidence l’utile dans une technique sans passer pour justifier cette utilité par une notion de service. Il s’agit d’étudier, dans le travail de Fujihata, les possibilités de technique qui ne sont pas liées à un usage déterminé, une stricte fonction, elles ne se finissent pas dans l’usage ordinaire. Dans tous les objets techniques on peut trouver des possibilités. On découvre qu’il y a, dans un système technique, un certain nombre de réserve de possibilités et on doit lutter contre les idées que les dispositifs techniques sont épuisables. Il s’agit de quelque chose qui se situe dans l’ordre du faire. D’une certaine manière les artistes sont dépendants de l’existence de l’invention. Pour qu’il y ait un art de la perspective par exemple, il faut qu’il y ait, avant cet art, une invention technique qui est la perspective elle-même. Et l’art de la perspective consiste à étudier ses possibilités et ses problèmes. Il faut qu’il y ait ces techniques (poussées et croissances techniques), pour que l’art se renouvelle. On voit bien dans les œuvres de Fujihata le concept de mobilité. Il cherche à savoir comment les technologies transforment et influencent notre conscience. L’artiste révèle d’autres potentiels qui n’ont aucune utilité rationnelle, à l’heure actuelle, il s’inspire des technologies en les intégrant dans de nouvelles formes d’expression.

Karolina Bierdziewska