Jean-Charles Fitoussi, Impromptus

Dans la 16e conférence, Jean-Charles Fitoussi nous présente ses films de fiction réalisés à l’aide de techniques plus personnelles qui contribuent à donner plus de sensibilité à ses œuvres. Ses travaux nous interrogent sur l’aspect temporel et expriment également une esthétique du hasard à laquelle il s’intéresse en opposant les concepts de création et d’invention du cinéma. Parmi différentes manières modernes de filmer, Jean-Charles Fitoussi s’essaye à une technique de prise de vue expérimentale en s’aidant d’un téléphone portable équipé d’un caméra et tente de l’exploiter pour saisir et capturer les scènes qui font notre quotidien laissant une grande place à l’imprévu tout en bénéficiant d’une grande liberté. Lorsqu’il procède, sur son ordinateur, au montage des scènes qu’il a filmées, il modifie alors la bande-son de son film.
Son film Nocturnes pour le Roi de Rome (réalisé en 2005) a été entièrement tourné selon cette technique qui lui est propre. Ce film a été sélectionné pour l’édition 2006 de la Semaine de la critique, l’une des sections parallèles du Festival de Cannes. Le film fiction «documentaire» Temps Japonais (réalisé en 2008) présenté dans la conférence est aussi un essai réalisé par la même idée d’exploiter la caméra d’un téléphone portable. Le cinéaste, lors d’un séjour au Japon, filme des séquences quotidiennes de la vie japonaise.

Ensuite, il réunit et fusionne ses récents travaux avec d’autres qui sont nettement plus anciens et procède alors à un mélange des scènes, ce qui nous donne l’impression de voyager en permanence entre le passé et le présent mais aussi d’être surpris par le décalage des dialogues qui ne sont pas toujours à leur emplacement d’origine. Dans ce film, Jean-Charles Fitoussi tente de représenter le Japon actuel, marqué par les événements survenus lors de la deuxième guerre mondiale. Dans son film Je ne suis pas morte (réalisé en 2008), présenté au Festival de Locarno en 2008, Jean-Charles Fitoussi est influencé par l’évolution naturelle de la lumière et de son rapport à la temporalité.

A la fin de ce film, une longue séquence durant à peu près 10 minutes nous illustre ce changement sensible de lumière représenté par un gros plan du visage de l’actrice. Le cinéaste profite du moment du coucher du soleil et laisse la luminosité du plan devenir naturellement et progressivement foncée pour finir complètement noire. C’est ce moment crépusculaire qui sert d’image de fin au film. Par ailleurs, le hasard trouve toute sa place dans une autre séquence de ce film. Un des ses amis et le bébé d’une actrice participent par hasard et à la dernière minute au tournage en jouant des rôles qui n’étaient pas écrits dans le scénario. C’est ce type d’improvisation qui influence de façon significative le travail de Fitoussi.

En conclusion, les films de Jean-Charles Fitoussi nous permettent de pénétrer dans l’univers du film expérimental et de nous familiariser avec de nouveaux outils. Ses œuvres nous permettent d’explorer de nouvelles pistes qui nous sont offertes grâce à la place qu’a l’improvisation dans son travail.

Hui Li