« Impromptus » selon Jean-Charles Fitoussi

Il est difficile classer les films de Jean Charles Fitoussi dans une catégorie spécifique. Car chacun a sa particularité, et son procédé de montage. Les premiers extraits que Fitoussi nous montre sont tirés du film Temps japonais. En résidence d’artiste à la Villa Kujoyama, avec un téléphone portable, il filme ce qu’il voit quotidiennement (il note que les Japonais se laissent plus facilement filmer que les Occidentaux, ce qui lui permet une plus grande liberté). Son imagination n’a pas de limites. Il connaît un peu la langue japonaise. A partir des mots qu’il intercepte et comprend dans les séquences vidéos de scènes conversationnelles quotidiennes, saisies sur le vif, filmées dans un café ou dans la rue, il recrée des conversations de fiction  qu’il dépose sur les photogrammes sous forme de sous-titres en français.

Jean-Charles Fitoussi substitue ainsi aux paroles entendues en Japonais, une traduction librement interprétée des propos des personnages filmés dans la vie quotidienne japonaise, sous la forme de ces sous-titres inventés de toute pièce. Il en arrive parfois à créer un décalage entre les scènes banales et les dialogues profonds (je pense à la scène des deux Japonais dans un café, ou Fitoussi les fait parler de la mort de l’un d’eux comme de la perte d’une babiole).
Ses vidéos, comme autant d’éléments, de plans qui sont destinés à des montages possibles de longs métrages sont stockés sur le blog de la villa Kujoyama. Il ajoute aussi des images d’archives d’après guerre, des extraits de films comme Une femme mariée de Jean-Luc Godard où le personnage masculin disserte sur la mémoire. Cela ne fait qu’appuyer cette question de la mémoire historique et intime. L’idée du passage. De l’éphémère. De l’importance d’avoir de la mémoire ou non. Le résultat final apparaît comme une forme de boulimie d’images ordonnées. Des images aux allures documentaires, révèlent une histoire, un fil, que Jean-Charles Fitoussi a certainement eu plaisir à assembler, revoir, filmer, réécrire tant la possibilité de création est grande.

Dans un style totalement différent, nous avons découvert des images de Je ne suis pas morte qui est le dernier long métrage de Fitoussi. Il a mis trois ans pour le réaliser, la plupart du temps pour des raisons budgétaires qui retardaient le tournage. Le réalisateur s’attache à nous montrer comment il improvise «en temps réel» certaines scènes. Certains acteurs sont des amis qui passaient sur le tournage et pour les besoins du film (ou non), Jean Charles Fitoussi les faisait participer. La lumière, les lieux, parfois même les dialogues sont des improvisations quotidiennes. C’est une forme cinématographique d’arte povera. Une fois de plus, il aborde des questions très profondes sur le sens de la vie, la mort. Les allures plus graves, plus lentes, sont certainement le reflet de sa façon de réaliser les film.

Dans deux ambiances opposées, on retrouve ce qui anime profondément le réalisateur. Peut-être n’est-il pas adepte de l’écriture «écrite»? Finalement c’est en filmant qu’il écrit. Il s’imprègne de l’environnement et voit ce qu’il peut faire avec. Il essaye tout (d’où le large panel de procédés). C’est un chercheur.

Sarah Vieille