Ne bouge pas! Souris! Prêt! Je te prends en photo!!

Eléonore Saintagnan est une artiste, qui fait essentiellement des vidéos, ainsi que des photographies et parfois même des dessins, et qui ne se définit forcément pas dans un mouvement ou un mode de communication particulier, même si elle travaille essentiellement avec les supports numériques et les nouveaux médias. Lors de la conférence, sous le thème de la «rencontre», l’artiste nous a présenté différents projets qu’elle a réalisés et nous a fait part des ses propres réflexions et points de vues personnels et très subjectifs et qui peuvent paraitre dans un premier temps surprenant, qui divulguent un mode de vie particulier et des principes originaux distinctifs et non ordinaires, révélateurs de son vécu et de ceux qui l’entourent, ce qui fait que toutes les vidéos qu’elle a réalisées sont basées sur des gens de son entourage. Et sur ce point-là, je pense que l’artiste rejoint aussi Bourrouissa qui a également et essentiellement travaillé et été inspiré de son quotidien, du quotidien des autres et de tout ceux qui l’entourent.
Eléanor, a évoqué aussi pendant la conférence, l’idée de l’enfance qui revient toujours et qui a fait en sorte qu’on la retrouve dans chaque vidéo filmée. Le 1er projet réalisé où elle a demandé à un groupe de majorettes de poser pour elle et pour lequel elle a mis une camera vidéo à la place de l’appareil photo. C’était assez gênant et bizarre pour elle, disait l’artiste parce que les majorettes pensaient avoir être prises en photo, et ce qui est un peu normal puisqu’elles adorent être photographiées. Mais l’artiste a fait exprès de les gêner.
Le deuxième projet qu’elle nous a montré s’articule autour d’un groupe d’élèves dans la même situation qui pensaient être pris en photo alors qu’en réalité l’artiste les filmait. Et là, Eleanor nous révèle qu’elle a tout fait et tout essayé pour les embarrasser et les gêner et faire en sorte qu’ils se sentent mal à l’aise au point de les faire pleurer.
C’était assez surprenant ce qu’elle nous a dit parce que je trouve qu’il y a un coté «sadique» dans son travail, mais elle a explique ceci, ce désir de vouloir figer les gens de cette manière comme si on était face à un cadavre et de les exposer face à des situations plus au moins embarrassantes, en disant qu’elle cherche à creuser au fond des gens, à fouiller dans leur intérieurs afin de faire sortir la face cachée en eux et de créer un défi. Elle se pose constamment la question, pourquoi les gens veulent-ils se faire prendre en photo? Pourquoi cherchent t’ils à s’afficher tout le temps? Pourquoi lorsqu’il s’agit de se faire prendre en photo, les gens changent-ils de comportement et d’attitudes, de gestes d’expressions et de grimaces? C’est pour cela qu’elle travaille beaucoup sur le silence, le regard, le choix des personnages, agités, complexés, élèves d’un quartier, majorettes: elle adore figer les gens qui mènent une vie agitée, ça lui permet de réfléchir et de voir autrement la personne.

Saida Mejrissi