Eternal Network

Francesco Jodice est un artiste fermement anti-élitiste, et sa position se ressent dans la plupart de ses travaux. Sans être farouchement opposé à «l’art des musées», il s’intéresse surtout à un art pour tous, proche des gens que les institutions font fuir, quitte à aller les chercher chez eux (comme dans City Tellers, où une vidéo est présentée simultanément au musée et à la télévision). Sans surprise, ses œuvres prennent souvent la rue pour sujet, ou comme lieu d’exécution, avec une préférence pour les banlieues plutôt que les centres villes.
Car l’implantation géographique tient un rôle important dans ses œuvres. Sans cesse en déplacement à travers le monde, Francesco Jodice dresse un portrait de la planète et de ses habitants. Loin des images «clichés» des globes-trotters, il met en question la perception qu’on a d’une région à une autre, et d’une région sur une autre. Ainsi, l’implication des habitants qui se prennent au «jeu» de Scénario —œuvre ludique réalisée au sein du collectif Zapruder— permet de mettre en images les spécificités et paradoxes des différents points de vue des locaux sur la géopolitique mondiale.
Avec l’avènement des nouvelles technologies et des transports toujours plus rapides, on voit apparaître un sentiment quasi-ubiquitaire, avec une perception du monde dans son ensemble et de ses vertigineuses possibilités de création simultanée au-delà des frontières. Comment, dès lors, ne pas penser à l’Eternal Network de Brecht et de Filliou, décrit comme un réseau de création permanente à travers le monde ? (1)
Bien entendu, on pourrait également penser aux réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, qui, ces derniers mois, nous ont été vantés comme outils de soulèvement des peuples, instruments de création et de renouvellement sans précédent. Ce thème a été abordé lors de la conférence, et l’artiste nous a appelé à considérer le côté anti-démocratique de ces outils (ne serait-ce que par le fait qu’internet n’est pas accessible à toutes les populations). Sa démarche à lui se veut universelle; c’est un art politique, à buts sociaux autant qu’esthétiques.

Déborah Jean

(1) : «L’artiste doit se rendre compte qu’il fait partie d’un réseau plus vaste, de la  »Création Permanente » qui l’entoure partout et ailleurs dans le monde». R. Filliou