Extrabiographies
Cette conférence nous était présentée sous l’angle de la rencontre comme démarche artistique. Il est vrai que les œuvres d’Éléonore Saintagnan sont toujours des rencontres. Elle part de son entourage (voisins, famille) ou des personnes qui croisent sa route et les «extrabiographie» afin de nous en transmettre toute la beauté. L’artiste se retire volontairement de ces images, préférant ne pas intervenir lors de la capture, ce qui confère à ces portraits un côté documentaire voire scientifique. Éléonore Saintagnan nous a avoué qu’on jugeait parfois sadique sa démarche, probablement est-ce lié à cet aspect «dissection» que prend par instants la mise à nu de ses sujets.
Il ne faudrait pas se méprendre, les vidéos d’Éléonore sont emplies de beauté plutôt que de cruauté: elles révèlent la singularité d’individus un peu insolites (Danyela et la poésie, Les petites personnes…) ou les traits communs d’un groupe (les adolescents du Cercle). Dans ces cas, qu’on pourrait appeler des portraits groupés, ce ne sont plus les particularités de chacun qui sont au cœur du sujet mais chacun qui se fait figure d’une identité générale. Non nommés et équipés d’accessoires-symboles, les personnages des Portraits flamands ne sont plus tellement représentés en tant qu’individus mais deviennent quasiment des allégories –nous avons le portrait «d’une majorette» ou «d’un mécanicien», et non plus de Danyela ou Mélodie-Amour… Si la référence aux portraits flamands nous était présentée sur le plan formel (couleurs, lumières…), cette idée d’effacement de l’individu au profit de son image renforce l’hommage.
Mais la rencontre ne s’arrête pas là, car les œuvres d’Éléonore Saintagnan ne traitent pas toutes de rencontres avec des personnes. En effet l’artiste n’hésite pas à créer d’improbables confrontations —c’est ainsi que Jacques Lacan fusionne un instant avec la chenille d’Alice au pays des merveilles. Tout aussi littéraire, le mélange des genres entre une lettre de vacances et un commentaire sportif fait aussi son effet. Ce travail est assez représentatif de la démarche créative d’Éléonore Saintagnan: elle prend ce qui lui arrive (récit de vacances) et le transforme (Chute Magyare). Une démarche guidée par la sérendipité et le hasard des rencontres.
Déborah Jean

