Mobilisable (first part)

MOBILISABLE : faculté de ce qui peut être rendu mobile. Ouverture du colloque le 19 novembre 2008 avec Pierre-Damien Huyghe. Selon lui, il y a une distinction pertinente entre invention et découverte (l’art tenant plus de la découverte que de l’invention). Il énonce trois propositions :
* Art est une conduite technique constante. La technique n’est pas instrumentalisée, par conséquent elle est libérée d’avoir à servir pour quelque chose ou pour quelque cause. La technique n’a pas à s’effacer devant ce qu’elle sert. La technique n’est pas nécessaire dans l’art, l’art vit sans, et ce qui n’est pas nécessaire est utile selon Aristote, dit Pierre Damien Huyghes.
* La possibilité de techniques assemblées, de techniques pas prédestinées a un but précis peuvent être détournées de leur utilité. Les dispositifs techniques sont épuisables. Les techniques sont riches en possibilité et l’on peut enrichir les techniques. Alors chercher des possibilités, c’est de l’art? Une découverte artistique se trouve-t-elle uniquement dans les résultats?
* Enfin pour P.D Huyghe l’art c’est de la découverte,les artistes ne sont pas des inventeurs (il faut donc des inventions au préalable). Ce n’est pas un Art de déclaration mais un Art de découverte, spécifie-t- il. L’artiste découvre alors des techniques. Il continue à se contredire en déclarant qu’il faut des inventions techniques pour pousser l’art plus loin. Il y a pour lui ici une sorte d’enjeu d’authentification des techniques. Pierre Damien-Huyghe a,  insisté sur le fait que son discours était contestable, et qu’il pouvait amener à de futurs débats philosophiques.

Il ne s’agit pas seulement de renouveler l’art en lui injectant de nouveaux moyens, de nouveaux outils, de nouveaux sujets, il peut s’agir d’en déplacer les frontières jusqu’à considérer des expérimentations, des inventions technologiques, comme étant des événements apparentés à l’art, comme relevant du projet artistique. D’ailleurs dans le dépliant de mobilisable qui était distribué à l’entrée de la conférence, j’ai relevé une citation de Masaki Fujihata:
« Je vois l’art des médias non pas tant comme celui qui < utilise > les nouveaux médias mais comme une créativité appliquée à fabriquer ces médias. Si l’on considère que l’art des médias consiste à utiliser les nouveaux médias, on finit par parler d’< art des nouveaux médias > ou d’< art des médias numériques > comme on dit < peinture a l’huile > ou < sculpture >. L’essence de l’art des médias n’est pas là mais dans la création de nouveaux médias. C’est pourquoi je crois qu’un nouveau médium doit être pour chaque œuvre particulière.» Masaki Fujihata, entretien avec Tetsuya Ozaki, Art it, « What is Media Art? », 2005, vol.3, n°1, Tokyo.

Sur la problématique de la mobilité associé à cette question de la définition ou (dé-définition) de l’art, on peut citer Tony Smith, artiste affilié au Lande Art ou Earth Art qui fit une promenade nocturne en voiture sur une autoroute en construction: «Cette virée a été une expérience révélatrice. La route et une bonne partie du paysage étaient artificielles, et pourtant, on ne pouvait parler d’œuvre d’art. En revanche, cela me fit ce que l’art ne m’avait jamais fait: me libérer de maintes idées que j’avais sur l’art. Il me semblait qu’il y avait là une réalité qui ne trouvait pas d’expression dans l’art. Faire l’expérience de la route était quelque chose de planifié, mais de non reconnu socialement. Je pensais en moi-même: il devrait apparaître clairement que c’est la fin de l’art. La plupart des tableaux me paraissent joliment picturaux, après cela. Pas besoin de lui donner un cadre, il faut simplement en faire l’expérience. » Jeffrey Kastner & Brian Wallis, LAND ART ET EARTH ART, édition Phaidon, 2004, p.27.

Expérience qui a marqué les esprits puisque des artistes comme Yoko Ono réalisent des œuvres comme Map Pieces (1962-1964) ou des participants devaient «dessiner une carte pour se perdre». Procédés collectifs qui gèrent la géo-localisation comme nous avons pu en voir quelques ressemblances avec le travail de Masaki Fujihata, comme dans Collectible Memory, œuvre présentée à cette conférence. Nous avons aussi vu Impressing Velocity-Mount Fuji (1994) ou le Mont Fuji en 3D défiguré grâce à la mise en relation avec le rythme de marcheurs.

Et enfin, autre œuvre marquante Orchisoid (2001), réalisée avec le chercheur en biologie Yuji Dogane, démarche du comment voir si les plantes veulent bouger ? Plant is alive!