Espace et E-espace – définition et problématiques urbaines

Au cours des œuvres de Xavier Boissarie (créateur et développeur), la réflexion sur une définition de l’espace public m’a amenée à m’interroger sur la réelle nature publique du Net. Peut-on considérer le Net comme un espace public?
Comme nous avons pu le voir auparavant, le Net est porteur de nouveaux modèles  relationnels entre individus. Chacun peut s’y exprimer librement, y accède simplement, pour discuter de sujets d’ordre politique, social, éducatif, du loisir, consommatoire, sexuel, etc. (au niveau local comme global). La toile virtuelle constitue un espace d’expression publique pour une communauté de citoyens, offrant des espaces virtuels de présence, de rencontre, de dialogue et d’échange, qui deviennent des lieux, c’est-à-dire des portions d’espace identifiable. Par rapport à la communauté elle-même, à son environnement, à son usage, aux événements qu’elle accueille et a accueillis, internet ne constitue plus seulement une virtrine médiatique pour les connections «grand public», mais un espace d’action et de participation.
Cet espace collectif et commun, qui répertorie toutes les actions coopératives et personnelles des individus qui collaborent à la production et à la diffusion des contenus sur le Web, est le résultat de l’évolution d’usage et d’appropriation des outils de l’internet. Le Net est une structure ouverte, navigable par tous, pour une large partie au public lui-même. Le Web constitue aujourd’hui déjà un ensemble d’espaces publics numériques, intangibles mais pourtant bien présents et influant sur les relations entre les individus.
En ce sens, le Net, en tant que média, supporte une multiplicité d’espaces publics participatifs, et de manière plus générale le monde numérique, possède cette capacité rassurante de produire des analogies d’usage et d’attitudes avec le monde réel. L’espace public virtuel du Net et l’espace public physique urbain sont souvent considérés comme deux espaces bien distincts. En effet, le premier est un espace virtuel, impalpable. L’humain accède aux lieux de cet espace, non pas physiquement, mais grace à des médias numériques, la plupart du temps, depuis son ordinateur, la posture de cet individu est donc celle d’une personne en intérieur, assise, face à sa machine. D’autre part, l’accès à l’espace public urbain revêt un autre degré de réalité, car il est tangible et nécessite le mouvement physique de l’individu, son déplacement dans l’espace réel pour y participer. Cela suppose que la personne ne soit plus connectée et s’absente de l’espace public en ligne.
Il n’y a donc pas les mêmes modalités d’accès a ces espaces publics: dans le premier cas, l’espace public n’est pas un endroit physique et nécessite l’utilisation d’outils spécifiques pour y accèder; pour l’autre, il s’agit d’un espace tangible, auquel on accède directement par sa présence physique dans l’espace-temps urbain. Cependant, nous avons vu et expliqué qu’aujourd’hui un grand nombre d’individus peut tout de même accéder à cet espace public virtuel. Même lorsqu’ils sont à l’extérieur et lors de leurs déplacements car d’autres interfaces se substituent au traditionnel point d’accès que constitue l’ordinateur fixe professionnel ou domestique, l’individu reste disponible à son réseau et présent sur ses espaces publics intangibles à chaque instant, peu importe le contexte de connexion.
L’espace public virtuel est superposé en temps et en espace à l’espace urbain physique, par l’intermédiaire de la personne, mais également des machines connectées au réseau. La réflexion menée au cours des textes précédents nous donne à voir l’espace urbain, non plus comme un espace public, mais comme le support d’accès continu à l’espace public virtuel. Mais l’espace public urbain ne se situe-t-il réellement que dans un espace virtuel intangible? L’une des œuvres de Xavier Boissarie, Avignon, Paysages du Festival, peut y répondre.

Jiacai Liu