Francesco Jodice

Francesco Jodice a co-fondé le collectif Multiplicity en 2000. Il nous parle tout d’abord du projet USE: Uncertain States of Europe, élaboré au sein de ce collectif. Il s’agit d’un projet de recherche collaborative sur les transformations territoriales en Europe. Multiplicity repose sur un réseau de 78 personnes à travers toute l’Europe, qui peuvent travailler ensemble grâce aux possibilités offertes par les nouvelles technologies et la facilité des voyages. Ce réseau est à l’image des mutations actuelles du territoire qu’il étudie. Les expositions issues du projet servent en même temps d’espace de réflexion aux collaborateurs du projet, et participent ainsi à son avancée. Francesco Jodice a également créé le collectif Zapruder, avec lequel il a utilisé le jeu de plateau comme forme d’art.
Jodice s’interroge ensuite sur les moyens d’intégrer le public à ses œuvres. Pour pour la Biennale de San Paulo en 2006, il choisit la vidéo comme support de son œuvre City Tellers, car c’est un moyen d’atteindre un très large public. La vidéo est diffusée simultanément au musée pour l’inauguration de la biennale et sur une grande chaîne de télévision brésilienne. Ce double mode de diffusion fait partie intégrante de l’œuvre, qui sort ainsi du cadre strict du musée pour occuper l’espace publique. Selon Francesco Jodice, l’art n’est donc plus destiné à une élite mais doit être accessible à tous. Au contraire, le film montre comment les artistes de rue issus de gangs des favelas s’introduisent dans des immeubles des quartiers aisés pour y peindre leurs messages.

Enfin, Francesco Jodice nous présente ses travaux photographiques sur lesquels il travaille depuis 1996. En éliminant les ombres de ses clichés, il supprime l’impression de relief et nous oblige à faire face au sujets photographiés. Ceux-ci présentent des lieux d’où on ne peut s’échapper, et le spectateur est pris au piège, comme les protagonistes que l’on voit ou que l’on imagine dans ces images. Des prisons dorées où les riches se barricadent aux garages transformés en mosquées de fortune, les sociétés modernes ne cessent de cloisonner l’espace pour éviter aux gens de vivre ensemble.

Jiacai Liu