Impromptus: Rencontre avec Jean-Charles Fitoussi, réalisateur

Une rencontre un peu étrange que celle avec Jean-Charles Fitoussi, personne sympathique, posée et un brin surréaliste. Il introduit la séance en nous parlant de la réalisation de son premier film en 1993/94 qui survient au détour d’une route à deux pas de chez lui où il aperçoit les nuages qui filent fugaces avec le soleil en contre-jour. Le temps d’aller chercher sa caméra pour capter ce moment, le ciel s’est métamorphosé, les nuages disparus.  Jean-Charles Fitoussi se sert des éléments qui arrivent pour créer un scénario, il joue avec les choses fugaces et aléatoires pour faire en sorte qu’elles soient celles dont il avait besoin. «Ce qui sera, sera ce qu’on veut!»
A l’occasion du Festival Pocket film de 2005 à Paris, organisé par le Forum des Images, les organisateurs lui remettent un téléphone portable muni d’une caméra. Séduit par le rendu de l’image malgré la multitude de défauts, il accepte de travailler avec cet outil. Il choisit de nous projeter trois extraits d’un film possible de 1h 10mn, réalisé à partir d’une série de plans cours tournés avec la caméra de téléphone portable, dans le temps de sa résidence d’artiste à la Villa Kujuyama à Kyoto en 2008: Temps Japonais. Ces plans sont de petites séquences-vidéo de la vie quotidienne japonaise, déposées sur le blog de la villa Kujuyama, comme autant de cartes postales envoyées à ses proches restés en France. Finalement de ces rushs mis bout à bout, il obtient plus de cinq heures de film. C’est avec ces séquences filmées à l’improviste, ces éléments imprévus et imprévisibles auxquels il juxtapose des images d’archives trouvées sur Internet et des extraits de films, qu’il réalise Temps Japonais.
Jean-Charles Fitoussi, nous présente ensuite un film de fiction qu’il a réalisé suite à une commande d’Arte. Pour des raisons budgétaires le film est reporté. De report en report, pour des raisons budgétaires, c’est un quatrième projet qui voit le jour, qui est une suite des trois précédents non tournés, avec les mêmes personnages, et tourné au jour le jour. Rien n’est écrit, personne ne sait ce qui va se passer sur le plateau le lendemain : les plans sont suggérés par les contraintes, des acteurs entrent dans le tournage, au gré de hasard de rencontres et des visites sur les lieux de tournage;  le texte se fixe au fur et à mesure des répétitions communes.
Les films de Fitoussi laissent pensifs, interrogent. Ils jouent sur une perspective de non savoir, d’ouverture et forment une contradiction avec le matériel de cinéma de fiction beaucoup trop lourd pour jouer la clé de l’impromptu. Il laisse la part de hasard et d’incontrôlable vivre et déterminer des choix dans la réalisation du film qui devient elle-même impromptue.

Bérengère Le Sergent