Francesco Jodice : …

L’art était une production de génie qui était montrée et faite pour une élite mais depuis la seconde moitié du 20e siècle la tendance est à sortir des sentiers battus. Tour à tour le récepteur de l’œuvre en est le témoin, participant, acteur et le créateur. Francesco Jodice pose ces questions dans le domaine de l’art contemporain avec une volonté d’atteindre le grand public. C’est au moyen des nouveaux médias qu’il donne un caractère mobiel à ses productions et sort des institutions pour investir les espaces publics, ouverts, accessibles de tous. Son travail se distingue également par son investissement au développement et à la construction de réseaux. Les paysages urbains et humains sont ses champs de bataille, la géopolitique et les caractères sociaux culturels, ses armes. En 2000, il est membre fondateur de Multiplicity, un réseau international d’artistes et d’architectes qui observent les transformations engendrées par le phénomène mondial de globalisation, se concentrant sur la recherche territoriale et ayant pour but de modifier les différents dispositifs d’espaces d’exposition. Le groupe constate l’évolution, échange et conçoit des ateliers, réalise des installations, des stratégies d’intervention et des livres sur les processus de transformation qui concernent le tissu urbain.
En 2004, il devient aussi membre de Zapruder, un collectif basé à Milan. Ce groupe est composé de chercheurs dans divers domaines: les arts, les relations internationales, de l’informatique à la réalisation de films, au journalisme. Avec eux,  il développe dans la même année le projet Scenario. Il s’agit d’un jeu de société géopolitique en plein air. Toutes personnes avaient le pouvoir symbolique de changer les enjeux géopolitiques dans le monde par apposition d’un autocollant sur une carte du monde. Ainsi le public prenait part à une performance en ayant un véritable pouvoir quant au déroulement du processus artistique. L’objectif étant de sensibiliser, produire une réaction et une prise de conscience des personnes présente quant aux pouvoirs que possède l’art. «An art Bomb» dit Francesco Jodice.
En 2006 avec City Tellers, pièce présentée  pour la Biennale de Sao Paolo, Jodice s’intéresse aux Pixadores, communauté brésilienne recouvrant les murs de Sao Paulo par des signes dont eux seuls connaissent la signification. Ces pictogrammes sont une protestation contre le gouvernement en place, bien loin du simple graffiti, ils sont porteurs d’un message politique et social. Lors du vernissage de la biennale, il conteste la répartition du public décidé par les organisateurs; les célébrités le premier soir, puis la presse et enfin le grand public le dernier soir. Il fait héberger son travail vidéo sur la pixação et sur la chaîne nationale brésilienne O Globo le soir même du vernissage. L’artiste s’inscrit alors une fois de plus dans sa thématique de propagation et d’ouverture de l’art. L’œuvre devient autonome et mobile jusqu’à s’immiscer chez le particulier. Les travaux de Francesco Jodice  interrogent, avec l’art, ces univers que sont l’information, l’économie, la sociologie, etc. Ainsi que nos institutions culturelles et l’Art lui-même dans un monde distrait, insouciant  incohérent et paradoxal.

Robin Rougier