La réalité virtuelle dans le réel

Au début de 1970, je me souviens qu’on avait dans la main un petit jouet représentant un petit chien mignon qui bougeait, aboyait. Mais si on oubliait de le nourrir, il devenait malade et pouvait même mourir. Si on aime un chien, on ne doit pas oublier de lui donner régulièrement de la nourriture sinon on risque de graves inconvénients et pour lui et pour son maître. Cette machine en forme de  jouet avait fait naître entre son propriétaire et le «chien-jouet»  une sorte de communication somme toute, pas très éloignée  de l’affection qui peut exister  entre un vrai chien et son maitre.
Aujourd’hui, au fur et à mesure du développement numérique, le système de la réalité virtuelle influe pratiquement sur la vie réelle, de même que la sphère d’activité du contemporain s’étend jusqu’à l’espace virtuel. On peut faire l’expérience de la simulation informatique visuelle et sonore de l’environnement réel ou imaginaire
Xavier Boissarie, un concepteur et réalisateur de multimédia interactif, nous apporte la possibilité de l’accès au monde imaginaire. En s’interrogeant sur la notion d’espace, il réalise un espace virtuel et réel avec sa technique.. C’est un espace de représentation tridimensionnel, calculé en temps réel. Il explique que la réalité virtuelle permet à une personne une activité sensori-motrice et cognitive dans un monde artificiel, créé numériquement. Comme dans sa cartographie de la ville d’Avignon, il considère comment l’utilisateur approche facilement la réalité par la réalité virtuelle. Pour cela, il  fait intervenir le son, l’image et la vidéo dans  les données géographiques réelles comme le ferait un GPS. Avec un design de la cartographie, nous voyons  que ses interfaces sensorielles permettent à l’utilisateur de percevoir le monde virtuel et d’y être immergé.
Je me suis intéressée surtout à son approche de l’image dans ce que nous pourrions appeler «immatériel tangible». Il se demande si l’incorporation de l’humanité et du média numérique peut entrer dans la réalité visuelle. La réalité virtuelle est une technique qui offre une expérience de la similitude du réel par les cinq sens de l’humain. Ainsi il choisit le design de la chaise, et montre comment, avec les techniques les plus récentes on arrive à nous faire sentir dans l’espace virtuel  l’oscillation de la chaise et aussi  son aspect olfactif et tangible.
A la base du concept est un espace imaginaire, symbolique dans lequel une simulation de certains aspects du monde réel est mise en place par différents moyens d’interfaces spécifiques. Cela s’effectue avec le grand écran, le son tridimensionnel, devant lesquels, il est vrai, on passe beaucoup de temps dans notre vie. De fait, aujourd’hui nous vivons à la fois dans le réel et dans la réalité virtuelle. Je m’interroge sur le fait que, après «l’allégorie de la caverne» de Platon et Le Discours de la méthode de René Descartes, nos sens pourraient n’être qu’une séride d’illusions coordonnées par un esprit malin. Les images dans l’écran pourraient-elles interférer avec l’existence d’une réalité objective indépendante de nos sens? En extrapolant la notion de réalité virtuelle par rapport à «l’immatériel tangible», nous sommes déjà, avec l’hologramme, virtuellement dans un autre univers; qui n’est que l’équivalent en miroir de celui-ci. Selon Baudrillard, il n’y a pas de réel: la troisième dimension n’est que l’imaginaire d’un monde à deux dimensions, la quatrième celle d’un univers à trois dimensions.  Il n’y a jamais de similitude, pas plus qu’il n’y a d’exactitude. Rien ne se ressemble, et la reproduction holographique, comme toute velléité de synthèse ou de résurrection exacte du réel, n’est déjà plus réelle, elle est  déjà hyperréelle. Elle n’a donc jamais valeur de reproduction (de vérité), mais toujours déjà de simulation (1).

Myoung Heui Ryu

(1) Baudrillard Jean, Simulacres et simulation, Galilée, paris, 1981. Pp 157~159