Étienne Mineur, graphiste-prestidigitateur

Le style minimaliste des Éditions volumiques ou du site d’Issey Miyake  est le rideau modeste, derrière lequel une vraie représentation s’enclenche. L’illusionniste (Étienne Mineur) se montre et commence à tirer de son chapeau haut ses merveilleux lapins: des livres intelligents, qui jouent avec leurs lecteurs, qui se transforment en vingt minutes en tas de feuilles noires, complètement inutiles (si tu ne réussis pas à terminer le livre – c’est ta faute, tu étais prévenu!) ou qui savent tourner leurs pages tous seuls, des silhouettes-fantômes qui se muent soudainement en images ordinaires de mannequins défilant et ensuite disparaissent pour toujours en laissant une grande page blanche, des cartes fantastiques, «crachant» l’encre numérique en se battant  le blanc contre le noir, un canard agité, qui se déplace sur le papier comme s’il était l’écran d’un ordinateur, un livre-labyrinthe, etc.

Rien dans les mains, rien dans les poches – c’est le propre des prestidigitateurs. Le graphiste avoue que ses idées viennent de ses mains et pas de son cerveau… «En manipulant, en jouant on commence à avoir des idées », dit-il.  Enfin des choses parfaitement frappantes naissent et en outre pas toutes trop complexes techniquement, il y a des œuvres toutes simples comme Voyage dans la lune et histoire comique des états et empires du soleil, de Cyrano de Bergerac –  le livre qui disparaît, en papier fax thermique, une résistance est insérée dans la reliure et à partir du moment où on l’ouvre, le papier chauffant doucement brûle et noircit, donc le texte disparaît, Labyrinthe, le livre interactif à lecture multiple fait sur un système de pliage ou The Meeting Zombies, le livre en 3D, en volume, une bande dessinée à une seule case mais en profondeur, édité sur plexiglas. De l’autre côté, de tels travaux comme Pirates la carte devient magique et des événements supplémentaires apparaissent sur l’écran du téléphone qui fonctionne comme une loupe, ou ces cartes à jouer, où l’image sur la carte est continuée dynamiquement sur l’écran (les techniques multitouch sont utilisées), ou le site d’Issey Miyake sont très difficiles à réaliser et  exigent un certain niveau des connaissances étendues de technologies numériques.

Presque toutes les œuvres, qui ont été présentées pendant la conférence, sont construites sur l’effet d’apparition-disparition, ce qui encore une fois accole Étienne Mineur avec les magiciens… Mais lui, il est prestidigitateur contemporain utilisant les nouvelles technologies et les réunissant savamment avec des matériaux traditionnels: papier, carton, plexiglas, et souvent transplantant  de nouvelles choses sur un support classique (Duckette, livre magique sur le modèle des jeux électroniques de poche Nintendo Game & Watch). «On s’amuse», dit-il en parlant de son travail et souhaitons qu’il y ait des graphistes qui s’amusent comme Étienne Mineur,  et nous offrent des objets vraiment insolites et frappants.

Tatiana Ivchenkova