Masaki Fujihata: Artiste, scientifique, dé-couvreur

Lorsque Pierre-Damien Huyghe introduit le travail de Masaki Fujihata, il utilise le mot «découverte». Dans un raisonnement extrêmement rationnel -et intéressant-, il nous déploie son point de vue concernant la position artistique soutenue dans les œuvres de l’artiste japonais, position qui nous pousse à considérer la dimension de libération de la technique. La technique n’est que contingence, elle est utile, non pas nécessaire, et regorge de richesses en possibilités. En somme, la conduite artistique est une conduite qui cherche dans les techniques non pas les moyens de faire exister quelque chose, mais ce qu’il y a de possibilité pour les pousser; il s’agit de les découvrir, et c’est ce qui fait de l’artiste un découvreur.

Il est cependant difficile de tenir compte de ce raisonnement lorsqu’on se trouve face à face avec les œuvres de Masaki. Non pas du fait qu’il soit incohérent ou autre chose de la sorte… mais plutôt par l’ingéniosité des travaux qui ne peut empêcher de séduire les spectateurs. Entre art et science-fiction, Masaki Fujihata nous offre une perception du monde vu sous un autre angle. Un monde où les plantent interagissent, réagissent à leur environnement (Orchisoid, 2001), un monde où le spectateur est confronté à sa propre image dans des dimensions variées (Morel’s Panorama, 2003), et où il est possible de laisser des traces physiques dans un réseau virtuel. Ce monde, est le nôtre, et en utilisant la technologie de manière seconde -et non pas secondaire-, Masaki Fujihata authentifie des poussées techniques qui existent déjà, nous dé-couvrant, révélant des secrets poétiques invisibles que nous partageons avec notre environnement.

Son œuvre la plus touchante est sans aucun doute Orchisoid, série d’expérimentations -anodines!- portée sur des fleurs en collaboration avec le botaniste Fuji Dogane, plus précisément des orchidées. Fleur sensible à la silhouette minimaliste séduisante, elle a été choisie pour ses réactions intéressantes. En attachant des capteurs aux feuilles de la plante, Masaki nous démontre dans une vidéo que cette dernière réagit à son environnement (une main qui s’approche, de l’eau, une autre plante posée à proximité). Ses réactions sont traduites par une courbe sinusoïdale qui augmente considérablement en fonction de la réceptivité de la plante à l’action, réceptivité qui varie d’ailleurs d’une plante à l’autre. Les orchidées auraient-elles chacune une «personnalité» différente? Après avoir visionné cette vidéo, une chose est sûre; il est impossible de percevoir les plantes de la même façon.

Danaé Papaioannou