Renfermer – défermer avec Mohamed Bourouissa

Les projets photographiques de Mohamed Bourouissa représentent des espaces des banlieues vues du point de vue des jeunes gens des quartiers – comme un questionnement sur l’idée qu’on se fait de ces espaces périphériques et marginalisés. Le coté multiculturel ne se voit pas, ni les autre catégories sociales ou d’âge.
Ce qui reste c’est un souvenir chargé de promiscuité et un danger potentiel. Les photos sont le plus souvent prises la nuit, avec de la lumière artificielle, dans le style des films de cinéma. Il existe un côté cinéma, joué, avec les cadrages bien pensés et la lumière artificielle forte. Il y a aussi une théâtralité par la posture des personnages.
Cette représentation d’une certaine classe sociale porte avec elle un message politique assez discret ou du moins une relation qui se tisse entre la politique et les médias de masse, comme la TV en regard des problématiques sociales.
Un projet très intéressant est celui réalisé dans la prison, par l’intermédiaire d’un ami enfermé pendant deux ans. Le film montre des plans filmés avec les téléphones portables entre les deux amis, celui enfermé et celui en liberté, avec des échanges sms. Les plans du film sont pris dans la vie de tous les jours du détenu, les aspects les plus banals: le fait de laver ses mains, de manger son repas, de regarder par la fenêtre, le fait de filmer sa plante en plan fixe. Le corps se trouve enfermé, compressé, mais la vidéo réalisée de cette façon illicite semble être un moyen de regagner la liberté.
C’est très inattendu de voir un projet artistique qui dépasse les limites de la loi, de voir comment avec des moyens des médias actuels on peut franchir les limites même les plus sécurisées. Avec ce projet, il y a aussi une dimension politique, un signe de protestation, un projet qui remet en question la sécurité d’un dispositif comme celui d’une prison.

Lavinia Raican