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La conférence de Guillaume Pinard était une tentative de déroute, il ne s’agissait pas de mieux comprendre l’artiste, ni de définir son travail, il s’agissait de fragmenter la pensée du spectateur tout comme s’il s’était trouvé face à une de ses œuvres. Guillaume Pinard est artiste et professeur de dessin aux Beaux Arts de Toulouse.
Pourquoi copie-t-il des tableaux romantiques? Peut-être pour les apprendre ou pour ne pas les oublier, ou encore afin que son crayon les parcourt lui aussi, à son tour, qu’il emprunte les mêmes passages, qu’il souligne les même détails à la différence que la main en question suspendue au bout du crayon est celle de Guillaume Pinard des années après l’œuvre originale.
Camille: Fresque au fusain
a été exposé à la galerie Vera Gliem à Cologne en janvier 2011. Pour cette exposition collective sur le thème du paysage, il propose une image volatile qui est une copie à partir de la photographie compressée reproduisant un tableau du peintre en paysage Jean-Baptiste-Camille Corot. Ce dessin est à peine posé sur le mur, tracé au fusain sans fixateur, il attend d’être effacé, il sera immanquablement tâché, touché, effleuré par les courants d’air provoqués par le déplacement des visiteurs. Le regardeur aura peut-être lui-aussi participé à l’image, et repartira un fragment de fusain sur la veste.
Pour l’artiste, l’appropriation passe par ces traces derrière lesquelles il repasse afin de connaître, de ressentir le labeur du peintre. Il multiplie les médias comme autant d’indices visant à perdre le fil, à égarer celui qui voudrait mettre Guillaume Pinard dans une case. Il lui arrive de collectionner des cartes postales d’inconnus, de nous les lire des années après, il garde des fragments de vie d’autres gens, ainsi il retrace des épisodes qu’il colle les uns à la suite des autres laissant libre court à notre imagination de les lier entre eux alors qu’ils ne le sont pas. Il cherche des résidus manquants d’une photographie, il suit comme un détective ce qu’est devenu ce bateau sur la photo, entre quelles mains est-il passé? Le navire Azur dont il connaît si bien l’histoire qu’il lui appartient peut-être aussi. Il prend une photo sur Google street view du bateau manquant sur le quai comme sur la photographie qui date de 1970, même cadrage, même point de vue, mais dans ces absences il y a ces fragments d’histoires qu’il nous raconte comme s’il les avait parcourus des yeux ou de la main. Il semble re-jouer les traces, courir après des bouts de passé afin de les traverser, de les superposer, ses images sont elles aussi offertes au public afin qu’il les parcourt à son tour.
Guillaume Pinard écrit la fiction Le clou sans tête en 2008, ce roman dans le roman se situe en 2135, il y est question de la mort d’un robot professeur de dessin atteint d’Alzheimer… Mais il va plus loin dans l’absurde, il réalise des animations où les mouches sont fréquentes où elles parcourent des lieux étranges et se comportent comme des personnages mystiques. Des moments en suspend rythment son travail comme autant de morceaux complexes qu’il nous livre en vrac, les uns venant interroger les précédents. Il finit la conférence avec Rideau! qu’il a réalisé pour l’exposition Fantasmagoria à Toulouse en 2010, où il fait référence au décor baroque du premier niveau de la chapelle Sixtine recouvert d’un rideau en trompe l’œil. 36m de dessin au fusain sont offerts au plus innocent d’entre nous qui osera s’appuyer contre le mur sur lequel est tracé l’œuvre de Guillaume Pinard avant de disparaître.

Marie-julie Bourgeois