Masaki Fujihata au pays des technologies


Masaki Fujihata, Field-works

Masaki Fujihata n’est pas un scientifique. Il n’entend pas révolutionner l’univers des nouvelles technologies en faisant de fulgurantes découvertes. Non, Masaki Fujihata est un artiste. Un poète, même. Les nouveaux médias sont pour lui un moyen, en aucun cas une finalité. Mais grâce à eux, Masaki Fujihata déconstruit/reconstruit les paradigmes et nous entraîne avec lui dans son pays merveilleux, le «new where». Dans le pays imaginé par cet artiste japonais, les plantes marchent. Ou plutôt, essayent. Orchidée, jolie orchidée. Orchidée, je te ferais marcher. Ce n’est pas une injonction mais une invitation pour la plante à découvrir de nouvelles contrées… Masaki Fujihata réintroduit de la réciprocité dans les échanges hommes/machines. Les robots traitent généralement l’information de l’intérieur vers l’extérieur pour nous la transmettre. Il s’agit ici d’apprendre à la plante à marcher mais pour elle-même, pas dans un but égoïstement utilitaire, à l’instar du robot Asimo[1] auquel on apprend la mobilité afin d’effectuer des tâches dangereuses ou de venir en aide aux personnes vulnérables.
Peut être que munie de ses nouvelles gambettes, la plante ira visiter Genève par le biais de Landing Home in Geneva où un sage moine nous enseigne que tous les phénomènes sont impermanents. Et c’est cette impermanence mobile, têtue, vertigineuse, que métaphorise le projet de Fujihata. Une belle parabole sur l’abolissement des frontières linguistiques, frontalières, spatiotemporelles entre les êtres. Une belle invitation à se comprendre mieux car il est un espace que l’on partage tous: la noosphère.

Ou alors, la tête dans les nuages et les pattes frétillantes, l’orchidée s’imaginera peut-être dans Morel’s panorama, vision onirique où l’on se voit projeté tourbillonnant dans un autre espace-temps, circulaire et infini. L’impression d’être dépossédé de son corps et de son être est presque jouissive. Agréable schizophrénie.

«The way of showing should not be science experiment; the show should be science fiction» nous dit Masaki Fujihata.

Il nous enseigne ainsi que si la science est utile, le rêve l’est aussi.

Ornella Lamberti