L’implication du public

Francesco Jodice, artiste italien passionné et très engagé, revendique une critique des médias dévorant notre société de consommation. Il utilise principalement les mêmes armes (photographie et vidéo) pour attaquer le milieu artistique et ses contradictions.
Lors du vernissage de la biennale de São Paulo, il conteste la répartition du public décidé par les organisateurs; les célébrités le premier soir, puis la presse et enfin le grand public le dernier soir. Fort de sa détermination il réussi à faire héberger son travail vidéo sur la pixação (acrobaties graphiques très risquées en haut des tours de SãoPaulo) sur la chaîne nationale brésilienne O Globo le soir même du vernissage. Il réalise ainsi un canal public entre le musée et la télévision en temps réel et réussit à parasiter, tel un virus, l’espace médiatique en révélant les forces d’opposition représentées par ces jeunes graffeurs prêts à tout pour s’exprimer.
Ce qui intéresse Francesco Jodice, c’est d’impliquer le public dans une œuvre collective tel que le propose le collectif Zapruder qu’il a fondé en 2004. Le collectif touche un public non averti en allant à sa rencontre et en lui proposant de participer à l’œuvre commune à travers le collage ou l’écriture dans un travail qui interroge notre vision de la carte géopolitique. Le territoire traversé en fonction de la nationalité et ses obstacles sont des problématiques soulevées par Multiplicity, l’agence d’investigation basée à Milan et qui regroupe des artistes, géographes, architectes, sociologues.
Son travail photographique dévoile cyniquement que «la sécurité est un gage de qualité dans nos sociétés de surveillance». La photographie est morte au 20e siècle, annonce-t-il, mais il s’intéresse à ses descendants tels que les nouveaux médias; par exemple les objectifs des téléphones portables tournés vers l’utilisateur permettent l’autoportrait, ici l’usage social a contraint la forme de l’objet, son utilisation et le sens qui s’en dégage. Il conclut en mettant en garde l’assemblée d’étudiants présents du caractère intolérant du réseau social Facebook où il est systématiquement demandé à l’utilisateur de filtrer ses relations pour n’être jamais face à l’inconnu, l’indésirable, l’autre. L’artiste dépeint ces injustices et incohérences et se dévoile, nous découvrons l’engagement de l’artiste, par son travail mais aussi pas ses actions car  Jodice œuvre principalement pour et avec le public in situ.

Marie-julie Bourgeois