L’univers intérieur de Guillaume Pinard

Déjà par sa structuration, la conférence de Guillaume Pinard nous a surpris. Plutôt que parler didactiquement, ou chronologiquement de ses œuvres, Guillaume a choisi de construire son discours par fragments pour essayer de nous plonger dans son univers et ainsi nous permettre de comprendre son travail de l’intérieur. Plus curieusement encore, il décide de nous présenter ces éléments respectant l’ordre d’organisation de son ordinateur, soit l’ordre alphabétique. Cette structure, comme on le verra, n’est évidement pas sans lien avec sa propre démarche artistique.
Les fragments que nous présente Guillaume sont les mots-clés pour la compréhension de son travail. Il évoque ainsi les divers objets qui le préoccupent et qui deviennent par la suite les moteurs de sa création. L’idée de la correspondance, par exemple, est centrale dans l’œuvre de Guillaume, bien qu’elle soit constamment détournée. A partir donc de l’idée de la correspondance, il nous montre des exemplaires de sa première collection d’enfant, une collection de cartes postales. Ces cartes postales ne constituent pas une œuvre, mais elles sont importantes car elles nous montrent que la relevance de la notion de correspondance chez l’artiste est de longue date. Et c’est uniquement après avoir dit un mot sur l’origine de l’importance de la notion de correspondance chez lui, qu’il nous parlera de ses œuvres qui se basent sur cette même notion. C’est comme si chez lui, les œuvres étaient seulement l’aboutissement physique de ses inquiétudes intérieures, et ce qu’il veut nous montrer tout d’abord dans cette conférence, ce ne sont pas les œuvres, mais ses inquiétudes.
L’idée de correspondance a aussi été motrice d’une œuvre présentée actuellement en Allemagne, dans le cadre d’une démarche qu’il met en pratique depuis un moment, où il s’agit d’une reprise de certaines peintures ou de dessins classiques. Ce rapport qu’il établit avec les artistes du passé, Pinard le met sous le signe de la correspondance, comme s’il était question d’un message qui lui était adressé.
Son livre Le clou sans tête est un autre exemple de la tournure qui peut prendre chez Guillaume Pinard l’idée de la correspondance. Dans ce livre, l’auteur construit un roman épistolaire avec la correspondance entre un écrivain et son éditeur. Le roman nous est donc communiqué indirectement, du point de vue de l’auteur, l’œuvre est montrée depuis son intérieur, à l’image de cette conférence.
On comprend alors que la structuration de cette conférence est la même que Guillaume choisit pour ses œuvres et expositions: l’artiste ne nous présente pas ses œuvres d’un regard extérieur et analytique, mais il nous amène dans son univers pour qu’on puisse voir l’œuvre comme si l’on était à l’intérieur, de la même manière que dans une exposition comme Tomate, il nous parle de son désir de donner au spectateur l’impression qu’en arrivant dans la galerie, il pénètre un tableau.

Julia Salles

 

 

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