Carole Collet : recherche textile appliquée

Carole Collet est la créatrice du programme Master Textile du futur à l’école San Martin de Londres. Par le biais de son travail et de celui de ses étudiants elle a présenté un panorama des recherches technologiques et symboliques auxquelles elle a participé. Le Design textile, est ici, assimilable au domaine des Arts Appliqués ou de ce que l’on appelait au XIXe siècle les arts à l’industrie et par la suite les arts décoratifs (assez péjorativement d’ailleurs).
Les Arts Appliqués sont par essence liés à la production industrielle. Communément le Crystal Palace fait office de point de départ de ce qui deviendra au XXe siècle les Arts Appliqués tels que nous les connaissons aujourd’hui. Mais en élargissant la définition des Arts Appliqués nous pouvons également constater que l’invention de la typographie, par Johannes Gensfleisch dit Gutenberg est, en vérité, l’acte fondateur. En posant que l’artisanat (la calligraphie, et l’enluminure) utilise des gestes automatisables, il rend possible conceptuellement les révolutions industrielles à venir, notamment le Métier Jacquard (perfectionnement d’une invention de Basile Bouchon) puis le Fordisme. Le Bauhaus, en réaction à l’Art Nouveau et à la production industrielle aliénante, tente de penser l’usine comme un peintre pense son pinceau. L’enjeu est double: produire des objets utilement beaux et s’assurer que le coût de leur production les rendra accessibles au plus grand nombre. C’est le début d’une méthodologie de travail visant à considérer les objets sous un angle technico-symbolique. Rapidement rattaché au marketing (on se souvient de Raymond Loewy et de son fameux «le laid se vend mal») ils en sont, en réalité, l’exact contreforme.

Le marketing ne s’intéresse à l’aspect symbolique (valeur d’estime) que parce qu’il est prompt à s’adresser à l’inconscient du consommateur qui va susciter l’intention d’achat dans une mécanique purement pulsionnelle . Les Arts Appliqués visent à fabriquer des objets dont l’usage est lisible dans leurs formes, ceci en prenant comme point de départ la fonction et le mode de production: «Form (ever) follows function», la forme suit la fonction (Louis Sullivan). En d’autres termes, ils donnent du sens aux techniques qui n’en ont pas. Le marketing, lui cherche à provoquer par des «dispositifs signal» la pulsion d’achat sans se soucier de la lisibilité de la fonction de l’objet. Là où le marketing plaque une forme séduisante (tendance) sur des objets de natures différentes, les Arts Appliqués tentent de faire que la fonction soit belle.

La méprise fréquente avec les « designers stylistes » et « les faiseurs de Beau » a donné aux Arts Appliqués une image négative. Le designer a forcément une réflexion sur le plan «écosophique».

Écosophique au sens de Félix Guattari, dans son ouvrage Les trois écologies  :

l’écologie environnementale pour les rapports à la nature et à l’environnement,
l’écologie sociale pour les rapports au «socius», aux réalités économiques et sociales,
l’écologie mentale pour les rapports à la psyché, la question de la production de la subjectivité humaine.

Carole Collet s’inscrit dans cette tradition et s’applique à promouvoir cette vision. Ces travaux inscrivent le textile dans un contexte plus vaste que la situation d’achat et le coût de la production. Elle questionne l’appareil de production et cherche à minimiser les coûts énergétiques de ceux-ci, ainsi que la pollution et les externalités négatives.

La nature et l’environnement
Le travail de mimétisme de la nature consiste à produire des formes plus économes en énergie et autonomes. Les recherches entreprises s’attachent à utiliser les réactions des matériaux à l’environnement dans une logique comportementale proche de celle décrite par Florent Aziosmannof dans Living Arts (perception, comportement, expression). D’autres méthodes s’attachent au mode de production.

L’écologie sociale

Elle s’attache également à produire des signes relatant les interactions possibles avec l’environnement social, notamment en traduisant le niveau d’énergie en systèmes visuels. Mais aussi en réfléchissant à des modes de productions moins coûteux (production bactérienne de tissus).

L’écologie mentale
L’ensemble des travaux présentés démontre l’application au «travail symbolique» des techniques. La Technique n’est pas utilisée uniquement pour un usage mais questionne une pratique. Les relations incessantes avec les scientifiques permettent de réticuler la pensée créative des designers avec les processus de recherche. Dans une certaine mesure ils construisent des Consistances pour que les scientifiques aient des horizons d’attente. En faisant ce travail ils entretiennent un travail d’encouragement à la recherche.

Yann Aucompte