-- Observatoire des nouveaux médias » 40e catégorie

Théorie du chaos

Article publié le : mardi 21 juin 2011. Rédigé par : Déborah Jean

La présentation de Guillaume Pinard pour l’OdNM était assez inhabituelle. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une exposition ordonnée d’un portfolio structuré, l’artiste nous a proposé un cheminement laborieux à travers un ensemble complexe de créations pour le moins variées. Loin de se contenter d’un médium ou d’un concept, il n’hésite pas à faire le grand-écart entre la reproduction au fusain d’une peinture de maître et une animation de dessin vectoriel minimaliste. Malgré ces oppositions franches, l’enchevêtrement désordonné de ces créations laisse quand même une impression d’unité. Comment expliquer cette cohésion inattendue?
C’est un tohu-bohu foisonnant, mais ça reste un ensemble, un véritable univers personnel. Et cet univers a un centre. Ce centre, c’est Guillaume Pinard: tout part de lui, de ses dessins, de ses goûts (Corot), et de ses intuitions (l’idée de faire de l’animation, par exemple, lui est venue d’une envie de voir ses peintures en mouvement). Et c’est pour cela que, malgré son attachement particulier au dessin et à la peinture, le multimédia lui est apparu comme médium idéal —le seul, dit-il, qui lui permette d’être tour à tour architecte, musicien, écrivain, scénographe… de ses oeuvres. Car ses créations, ou plutôt sa Création, est si personnelle qu’il ne laisse aucune place à tout élément extérieur au Grand Architecte —si je puis me permettre. Ainsi, pour l’exposition Tomate, Guillaume Pinard ne s’est pas contenté d’afficher ses œuvres mais s’est approprié la galerie, l’a reconfigurée pour en faire une partie intégrante de son œuvre «totale». Voilà une illustration exemplaire de l’idée d’un «art en général», de Thierry de Duve (1).
En s’exposant aussi personnellement à travers son labyrinthique foisonnement artistique, l’artiste titille nos propres désordres intérieurs. En effet, bien qu’il nous perde souvent (volontairement), un tel fourmillement provoque des projections intérieures de la part du spectateur —chacun y voit ce qu’il veut, selon ses propres folies, obsessions, névroses, et retient ce qui l’interpelle le plus. Corrélativement, ses créations mettent parfois mal à l’aise. L’animation mettant en scène une petite mouche, derrière une esthétique «dessin vectoriel» qui nous rapporte à l’enfance, nous perd complètement dans un «trip» tout à fait personnel. En résulte un petit côté presque malsain. Pourtant, l’œuvre de Guillaume Pinard (j’entends par là l’ensemble de son univers, ses créations/recherches —finies ou non, exposées ou non) n’est pas un étalage de soi ou une exposition de mégalomanie. J’y vois plutôt une sorte de lâcher-prise, où l’artiste livre une expression intuitive et spontanée, plutôt que de se plier systématiquement à un certain académisme qui exige des «concepts» et «démarches artistiques», au risque de déplaire par défaut de communication et de lisibilité.

Déborah Jean

(1) «On ne devrait jamais cesser de s’émerveiller de ce que notre époque trouve parfaitement légitime que quelqu’un soit artiste sans être peintre, ou écrivain, ou musicien, ou sculpteur ou cinéaste… La modernité aurait-elle inventé l’art en général?» Thierry de Duve

L’univers nostalgique

Article publié le : dimanche 19 juin 2011. Rédigé par : Abir Belaid

Guillaume Pinard professeur de dessin des Beaux Arts de Toulouse, artiste, écrivain,  connu pour ses dessins et ses animations. Un dessin qui dévoile son univers artistique sa vision du monde sa philosophie, un artiste qui dépasse le support graphique, les matériaux, les dimensions proportionnelles  pour créer un espace propre à lui où il s’exprime à travers son art: le fusain, des reproductions fidèles, le noir et blanc, des espace 3D, il donne une grande importance à la gestualité et la met en valeur dans ses œuvres. Un travail unique qui montre un détachement des code académiques au niveau des couleurs, de la forme et une démarche esthétique différente.
Sa conférence a été partagée entre ses dessins, ses reproductions et la création des animations, un univers qui paraît simple, ludique et accessible  mais bien intentionné dévoilant une démarche philosophique et un projet  nostalgique assez intéressant. Entre les peintres qui ont marqué sa carrière, l’enfance qui surgit dans son travail, l’histoire du bateau de croisière avec laquelle il a entamé sa conférence, Guillaume Pinard nous a présenté un travail riche d’émotion et poétique qui questionne la relation de l’être avec  son univers, les  objets et  l’espace.
Un univers artistique riche avec ses contradictions: entre nostalgie et nouvelle technologie, agressivité couverte par des lignes tendres, un univers sombre mais très coloré parfois, ce qui fait du travail du guillaume Pinard une démarche très innovante et intéressante en tant qu’artiste  qui touche a plusieurs techniques et arts à la fois.

Abir Belaid

Face à l’art du strict

Article publié le : vendredi 17 juin 2011. Rédigé par : Jiacai Liu

Inspiré d’une des œuvres de Guillaume Pinard (artiste éminemment interdisciplinaire vit et travaille à Toulouse), l’extrait de l’exposition Tomate (voir le lien d’image: http://www.arpla.fr/odnm/wp-content/uploads/2011/01/vuetomate.jpg)
C’est en empruntant à l’esthétique de l’enfance que Guillaume Pinard s’applique à la tâche et s’aventure dans l’adipeux de l’épreuve à l’huile. Il crée des motifs radiants, exaltés, vifs. De façon volontairement scolaire, il les encadre de perspectives élémentaires et étroites. Il les isole dans une sorte de contenant sans emballage. Ce qui m’intéresse, c’est qu’il a joué sur une composition des peintures à l’huile, de l’installation et de l’espace. Quand on visite cette œuvre, c’est comme entrer dans une image.
Les éléments d’application dans l’œuvre sont stricts comme l’art de l’ordinateur. En utilisant une tablette graphique, souris et scanner, etc. pour créer sur l’écran de l’ordinateur. Dans ce cas là, un mot ressort dans ma tête: strictement de l‘art. Quand peut-on parler d’une œuvre stricte?
Du point de vue esthétique, l’art du strict est produit par l’activité créatrice du monde. C’est le fantasme de l’esthétique ayant surmonté le caractère naturel.

Jiacai Liu

Guillaume Pinard, la temporalité et la fragilité

Article publié le : dimanche 12 juin 2011. Rédigé par : Hui Li

Guillaume Pinard, un artiste dessinateur, est invité dans la conférence de l’Observatoire des nouveaux médias le 2 mars à l’Ensad. À partir d’une série collective des images photos de Bateau de croisière « Eagle » rebaptisé « The Azur » datant des années 1970, l’artiste nous dévoile avec ces photos l’intérêt principal de sa recherche artistique. Étant considéré comme un artiste peintre, Guillaume Pinard travaille en effet dans plusieurs domaines, peinture, dessin, photographie, film d’animation. Le dessin est notamment considéré comme une de ses sources d’inspirations la plus importante ainsi qu’une des origines de son travail.
Les dessins réalisés vers les années 2009, marquent une période de recherche des nouveaux langages dans sa carrière artistique. Ils sont considérés par l’artiste comme des autoportraits, représentés dans le rôle de « Roi ». Il a même réalisé des dessins d’après le tableau de Titien qui l’a beaucoup influencé, où il a essayé de réintroduire des images représentées dans ce tableau en en donnant une nouvelle sensation.
Après cet essai, il s’est concentré de plus en plus sur l’idée de la copie dans sa création. Son intérêt porté à l’effet de l’image sérigraphique l’a amené à réaliser un livre sous forme de photocopies. La qualité de la représentation des images lui fournit énormément d’inspiration et lui permet de faire un pont entre des éléments culturels, la peinture et l’image.

Guillaume Pinard, Camille, Fresque au fusain, 3,5x2,5m, à l'exposition Brise, Galerie Vera Gliem,2011,

Guillaume Pinard, Rideau!, Fresque au fusain,à l'exposition Fantasmagoria, Musée des Abattoirs de Toulouse, 2010

En posant la question de la fragilité dans la reproduction et de la reproductibilité d’une œuvre, il a réalisé un dessin pour une exposition collective sur le paysage. En utilisant le fusain, il a refait un des tableaux d’un maître en noir et blanc d’après une image trouvée sur Internet. Bien évidemment, les informations sont plus ou moins représentées dans cette photo reproduite diffusée par le Web. Ce caractère lui permet de les traiter souvent comme une problématique dans sa recherche artistique. En se questionnant sur la temporalité d’une œuvre d’art, il l’a dessinée au fusain directement sur le mur sans penser à avoir des moyens de protection. Avec le temps, les gestes et les touches des doigts du public enlèvent petit à petit le dessin et le détruisent au bout d’un moment. Finalement, ce travail de deux jours ne se retrouve que sur sa photographie. Pour Guillaume Pinard, l’œuvre est un transport qui envoie le message de l’artiste aux destinateurs. Qui sont des destinateurs? C’est le public. La réalisation d’une œuvre est en effet de préparer un message de l’artiste. Ici, le dessin peut être considéré comme un défilé de Guillaume Pinard. À la fin de l’exposition, il reste plus que sa photo dans le catalogue de galerie. Le même geste est aussi reproduit dans le Rideau, de nombreux dessins appliqués en direct sur les murs lors de l’exposition Fantasmagoria au musée des Abattoirs à Toulouse en 2010.
À partir des années 2000, Guillaume Pinard est beaucoup influencé par des outils informatiques, notamment Flash. Il a donc commencé à réaliser des courts films d’animations basés sur ses dessins, ce qui lui permet de s’orienter plutôt sur la recherche de l’espace. Ce travail très soigné représente à la fois une réflexion du mouvement et de la sensation.  Le champ du film d’animation lui offre ainsi une liberté plus que jamais dans son imagination, où il peut pratiquer tous les moyens artistiques, le son, l’image ainsi que l’espace.

Hui Li

Guillaume Pinard: l’artiste concis

Article publié le : mercredi 8 juin 2011. Rédigé par : Kang Eun Ha

Guillaume Pinard né en 1971 à Nantes, vit et travaille à Toulouse.
Dans son travail, il y a de l’ordre: lignes claires, composition tendue, aplats colorés et harmonieux qui dépeignent l’univers séduisant de l’enfance. De la convention aussi : tableaux, dessins, volumes, animations, qui ne dérogent en rien aux protocoles d’usage. Ce sont les scènes elles-mêmes qui enfreignent les lois.
Protagoniste exclusif de ces cadres, con-con (déni de nom), au corps schématique, signalétique (déni de corps); sans qualités en somme, il est plongé dans un monde réduit à la stricte expression intensive des pulsions. Pas âme qui vive, seules des figures. Pas de cœur, mais l’intarissable écoulement du sang. Nul cerveau, mais l’expansion luxuriante des nefs. Ou plus exactement la présence lisible de leurs signes; car c’est une rhétorique ici qui instaure la possible visibilité d’un monde.
Pourtant, si chaque acte de sa production est une phrase, l’ensemble ne constitue pas un texte; car la syntaxe de cette grammaire est congénitalement viciée.
Dans les dessins, peintures, volumes, l’avènement est suspendu, contrarié par l’opposition de forces qui ne coïncident pas; livré à la responsabilité séduite et refoulée du spectateur. Dans les animations, le temps ne contient pas les déchaînements, où bien les met en boucle, contraignant le témoin à consommer la même instable posture d’attraction et de rejet.
Ainsi, son travail jouant sur l’atonalité de l’espace qu’il occupe ne peut-il pas s’affirmer dans la juste expression d’un but, dans la désignation univoque d’un objet. Bref, sa voix est condamnée à s’exprimer dans un déploiement viral, multiple, combinatoire, à repousser l’acquisition d’un territoire, d’un support, à enfoncer des clous dans la marge perverse et insane que l’expression de sa vitalité produit.

Kang Eun Ha

Guillaume Pinard

Article publié le : mardi 7 juin 2011. Rédigé par : Junko Shiraishi

Le travail de Guillaume Pinard apparaît comme approximatif, brouillon, nombriliste, confus, etc. Il semble toucher à tout sans jamais rien aboutir c’est-à-dire donner une détermination suffisante pour approcher une forme d’aboutissement. Son travail n’apparaît pas vraiment accessible à un public car trop centré sur lui-même et ses névroses, à lui non plus d’ailleurs tant il peine à nous expliquer sa démarche. Il semble lui-même le premier surpris de son succès relatif dans le monde de l’art puisque apparemment il expose dans des galeries etc. Ce qu’il ressort de son travail c’est une certaine forme de naïveté, des travaux ayant leurs sources dans l’enfance, l’inconscient. Bref tout ce sur quoi l’on n’a pas vraiment de prise (rêves, souvenirs lointains). De plus, à l’heure où bon nombre de logiciels informatiques nous permettent de rendre les idées artistiques avec plus de déterminations sensibles, ce dernier se cantonne à des outils limités comme moyen de création et se déclare programmeur 3D, graphiste.
En conclusion, son travail reflète un manque flagrant d’idée, et laisse apparaître de manière positive que le peu d’idées dont il tire son travail sont faibles et imprécises. Enfin, le résultat de son travail fait montre d’un manque ainsi que d’un désintérêt concernant la maîtrise technique des nouveaux médiums. Concernant le dessin, son travail de copiste (ou copieur) est un peu plus intéressant. Mais il donne l’impression de se gonfler comme une grenouille lorsqu’il évoque les grands noms de la peinture dont il prend comme modèles les œuvres dont il fait des copies avec plus ou moins de transformation. C’est d’ailleurs l’occasion de se mettre en scène et d’essayer de nous faire croire que le processus de création est en lui-même une œuvre. Ce qui est manifestement inepte puisque c’est le résultat du processus qui est l’œuvre et qui porte en lui le sceau de l’intention artistique (dans le cas où l’œuvre ne serait pas aboutie).

Junko Shiraishi

 

Sur « le mouvement et la musique » de l’œuvre de Guillaume Pinard

Article publié le : lundi 6 juin 2011. Rédigé par : Malak Maatoug

Sur «le mouvement et la musique» de l’œuvre de Guillaume Pinard.
Comme quelques uns parmi nous dans cette observatoire l’ont déjà évoqué, Guillaume Pinard est un auteur aux références philosophiques, notamment Jaques Derrida et Walter Benjamin. Mais tout d’abord tournons-nous vers cet artiste énigmatique avant de parler des philosophes. La conférence de Guillaume Pinard, artiste connu pour ses dessins et ses animations, m’a marqué pour deux raisons, une étant l’organisation même de son discours, sa manière d’aborder des sujets, et l’autre étant la quasi absence des animations, alors qu’il est aussi connu pour celles-ci.
Guillaume Pinard commençait alors son discours avec quelques propos sur la structure de sa conférence, disant que c’est d’après l’ordre alphabétique qu’il allait traiter quelques sujets de manière fragmentaire. Ainsi il parla ensuite d’un bateau. Il évoqua ultérieurement une phrase, qui, me semble-t-il, est une clé pour comprendre le travail et l’œuvre de Guilaume Pinard.  Il dit qu’«[il] donnerai[t] plutôt le mouvement ou la musique que la méthodique d’un objet qu'[il] faisait »» avec ses textes, pour éviter ou contourner l’académisme de l’explication de l’art. Cette métaphore de «mouvement et musique» est donc sa prose opposée au raisonnement académique, avec laquelle il nous invite de regarder de dedans ce monde plutôt que d’une perspective exogène.
Le début de cette conférence, l’histoire du bateau, peut alors être compris comme étant l’introduction d’une symphonie: avant l’exposition, la première partie, c’est une vive présentation des quelques motifs que le compositeur Pinard y met pour prendre l’attention :  1970. « La France n’en peut plus d’avoir chaud. » Puis il parle de 1976. La sécheresse. D’un bateau rasé. Ce sont des détails, des petits morceaux d’une narration. En même temps on voit des images sur l’écran. Ce sont des images en noir et blanc, puis des images en couleur. En fait, on y voit un progrès, des images classiques, sobres, d’une esthétique accomplie à des images plus en plus arbitraires, moches. On voit la transformation de l’esthétique au numérique. La crise atteint son paroxysme.  Il nous monte une vidéo publicitaire pour ce bateau devenu bateau de croisière entre temps. Sans date, mais selon le goût du créateur, elle est probablement une reprise des vidéos pub des années 1990 avec la technologie des années 2000.
Cependant il nous raconte deux histoires détaillées, celle du lieu, avec la sécheresse, les pêcheurs et tout autre chose qu’on trouve dans la première image, et puis l’histoire du bateau, rebaptisé plusieurs fois pendant toutes ces années. Le bout de cette historiette, c’est l’image transformée par l’artiste à partir d’une capture de googlemaps. Ce qu’il crée, c’est une narration qui rend à la fois hommage au travail artisanal de la photographie dans des années 1970 et à la fois avec cet extrait de son travail dit académique, ils nous offre d’interroger notre rapport aux images fourni par le numérique des années 2000, particulièrement celle de google.
Comme dans une symphonie avec ses motifs et variations, l’artiste transforme, lui aussi, des éléments en éléments pour en créer du nouveau matériel. Qui pense une seule seconde aux photographies noir et blanc, quand on est sur googleearth/map et l’inverse? Avant avoir écrit ce petit récit, je me suis baladé moi même un peu là-bas. Guillaume Pinard nous en a indiqué assez pour trouver le lieu sur google maps.
Encore une transformation: celle de Pinard de l’interface de googlemaps à l’image dans une série. Car, étant sur le site de google, nous n’avons plus l’impression de voir des images mais d’être en quelque part in situ, voir la réalité est ne pas avoir une représentation en main.

A l’image de ce premier fragment, qu’il nous donne, on peut dire, que le travail de Guillaume Pinard est fondamentalement lié à la mise en place et mise en œuvre des traces esthétiques qui se croisent et se mêlent avec des progrès historiques. A partir d’une transformation esthétique ou historique il nous raconte des histoires, personnelles, historiques ou artistiques. A la fin, il s’agit chez Guillaume Pinard de quelqu’un qui cherche la narration.
C’est là où on croise finalement Benjamin et Derrida. Benjamin est un chercheur, un poète de la réflexion, qui, comme Guillaume Pinard, aborde la question de l’authenticité, de reproduction et du pouvoir des images. Je pense, quand Benjamin pense au choc, c’est là une métaphore de pensée qui intéresse Pinard, car le choc, c’est pour Benjamin qu’on ne peut plus penser ce qu’on veut quand on regarde un film, car les images nous frappent trop vite l’une après l’autre. (Et aujourd’hui nous gérons chacun une bibliothèque personnelle des nos photographies numériques sur iPhoto, des milliers de photographies). Le travail de Guillaume Pinard est dédié dans ce sens à la recherche du choc de notre âge: comment s’arranger et comment renverser le choc.
C’est Derrida qui nous désigne la voie. Dans son discours «Une certaine possibilité impossible de dire l’événement» il dit: «à mesure même que se développe la capacité de dire immédiatement, de montrer immédiatement l’événement, on sait que la technique du dire et du montrer intervient et interprète, … par conséquent fait l’événement. … Ce qui se passe, [c’est] une production de l’événement.» Cela veut dire que les images et les réalités sont faites les unes par/à travers les autres, réciproquement créant une représentation et ce qui est représenté. C’est pour cela qu’il parle des événements. Je pense que Guillaume Pinard se comporte dans cette mesure de manière similaire. Il ne prend jamais des actes, choses et événements comme donnés; des tableaux de l’histoire de l’art, sa propre histoire personnelle ou autre chose, il essaie toujours d’avoir un regard aux différences d’un récit à l’autre de la même chose, que cela soit dans l’espace de temps ou dans l’espace, peu importe.
Finalement il termine son discours avec l’image de la mouche comme métaphore de son travail, car, dit-il, il essaie toujours de  saisir dans tout ce qu’il fait à  focaliser sur le dessin, la peinture ou quelque chose, dont il ne sait pas assez qu’est-ce que cela est. «J’aime bien que les mouches retiennent le mouvement, la sensation, la manière dont les choses sont articulées. Une sorte de figure. Elle m’évoque ce genre des chose.»

Malak Maatoug

Guillaume Pinard: Qui êtes vous?

Article publié le : lundi 6 juin 2011. Rédigé par : Robin Rougier

Professeur de dessin des Beaux Arts de Toulouse, Artiste, écrivain…
Guillaume Pinard présente dans la conférence son travail mais aussi inéluctablement une part de lui. C’est dans une confusion générale et avec réserve que l’on est plongé dans son univers. Comme une machine inconnue sur laquelle on aurait appuyé sur le bouton marche, elle se met doucement en fonctionnement jusqu’à atteindre son rythme de croisière. La première analyse de ce qu’elle produit est qu’elle nous donne un rendu qui suit un ordre alphabétique et ce produit nous mène de surprise en surprise. Les travaux de l’artiste ont pour origine le dessin et c’est ce goût pour une esthétique graphique qui fera le lien entre ses créations. C’est avec l’image et les représentations qu’il construit ses œuvres et au moyen du dessin, de la peinture et de l’animation qu’il nous les projette. Mais il ne s’arrête pas à cet aspect, dans la complexité dont est faite sa personne, Pinard revêt le costume du chef d’orchestre, de l’architecte, etc. pour nous immerger dans son décor. Procédé que l’on retrouve au cours de la conférence avec une organisation fragmentée des éléments qui composent son Œuvre. Disparates et complémentaires, elles se font face dans un monde étrange et parfois inquiétant. De même, dans l’habilité de son vers, il nous livre confessions, fantasmes et nous offre une dérive dans une intimité complexe où se livre une bataille qui exprime la dualité de sa personnalité. Des aspects que l’on retrouve dans ses médiums et travaux où classicisme et modernisme se côtoient. Outre la mélancolie et le sérieux, on retrouve de l’humour et de la dérision comme le caractère éphémère et la fragilité de certaines de ses œuvres peuvent en être leurs forces.
Guillaume Pinard nous dresse un labyrinthe jonché de passerelles qu’il ne cesse pas de bâtir dans lequel nous recherchons des repères mais «je préfère vous égarer» nous dit-il. Nous sommes comme face à ce paysage portuaire de Nantes des années 70 qui a vu naître ce bateau de croisière et prendre la mer mais aujourd’hui il ne porte plus le même nom et le port naval n’est plus. Que reste-t-il de ce paysage?

Robin Rougier

Guillaume Pinard : son univers fantastique

Article publié le : samedi 4 juin 2011. Rédigé par : Danbee Lee

Guillaume Pinard. Nous nous faufilons dans les secrets de son univers fantastique et inquiétant fait de complexités artificiellement naïves et vraiment fascinantes de dessins, de vidéos.


D’abord ses travaux des dessins qui jouant avec l’effet physique de sagacité, autant qu’avec l’effet mental d’abstraction; le dessin surdimensionné semble flotter dans sa vivacité propre, isolé sur un pan de mur devenu feuille de papier gigantesque. Cristallisation d’un jeu sur la contraction de l’espace, ainsi que de l’impulsivité du dessin et de son pouvoir de créer des mouvements et vivant le champ d’action même de son support. Que ce soit sur du papier ou au travers de procédés numériques, le travail de Guillaume Pinard s’articule autour du dessin comme champ d’expression de sa mythologie personnelle.

Ensuite dans ses vidéos, il oublie le noir et blanc aigre de ses figures spectrales et excitées, le contraint de la trace, la jouissance immédiate du fusain, pour une peinture manifestement émancipée, colorée, physique et bosseuse. Ainsi s’opère le mouvement de ses pratiques. De la pointe grasse à la bille sèche, du calcul séquentiel d’animation au brossé du pinceau, c’est par le procédé, la pratique, que se construit le trait, l’intention. Guillaume Pinard nous invite à nous interroger sur cette création temporaire d’un monde inventé, suggéré et redessiné. Les éléments constitutifs de l’exposition sont autant de pictogrammes que nous pouvons agencer, déplacer pour, à chaque fois, relancer le sens et le récit.

Danbee Lee

Graphique :mémoire sensible

Article publié le : vendredi 3 juin 2011. Rédigé par : Jiyun Jeong

Les travaux de Guillaume Pinard utilisent divers médiums artistiques – dessin, architecture, sculpture, design d’espace, musique et cinéma–. Au départ, il s’intéresse au dessin avec la reproduction de peintures classiques des grands maîtres tels que Rembrandt, Rubens, Titien. Il a mis en forme un certain fragment de la toile en la singularisant dans un autre contexte. Par exemple, les personnages et leurs gestuels qui composent Bacchus et Ariane de Titien sont reproduits en revalorisant chaque partie en tant que telle. Ses dessins prennent souvent une figure absurde et insolite malgré l’utilisation d’un objet identique à celui de l’œuvre originale. Dans ces étapes, la narrativité de la peinture classique est totalement décomposée mais chaque partie reproduite dévoile son sens propre. D’ailleurs, pour son exposition sur le thème «paysage», il a réalisé une œuvre de Corot au fusain directement sur le mur de la salle d’exposition. Cette image fugitive qui dure uniquement  le temps de l’exposition, exprime une grande fragilité par le jeu de l’émergence et de la disparition. De plus, l’effet de matière du fusain renvoie directement à une sensibilité tangible, en procurant une temporalité au geste graphique. Malgré l’effet de reproduction, son dessin est régénéré en délivrant un autre message que  l’original.
Son attachement au dessin est développé dans ses animations. Avec l’utilisation des logiciels, Guillaume Pinard réalise des animations qui utilisent de multiples procédés. Créer un espace, décorer et synchroniser le son sur l’image s’entremêlent dans une forme d’animation. Surtout, son film d’animation relève fortement l’aspect du dessin en accentuant les lignes de fuite. Dans le projet Tomate, il a créé des tableaux faisant apparaître les trois dimensions en décorant l’intérieur avec des couleurs acidulées. La grande lisibilité issue de la structure stricte et des couleurs provoque une sorte de critique envers les codes académiques et révèle à la fois une esthétique puérile. Cette sévérité est remarquable dans son premier film d’animation Mouche dans lequel l’artiste se reflète lui-même métaphoriquement. La mouche dans un espace clos renforce son émotion grâce à la structure proportionnellement rigoureuse et à l’utilisation des couleurs simples.
De la reproduction de dessin jusqu’à la création d’animations, son geste graphique invente un style propre défini par la sobriété et la sévérité, au moyen d’expression directe et à la fois sensible.

Jiyun Jeong