-- Observatoire des nouveaux médias » 37e conférence

Non-lieux dans la banlieue

Article publié le : dimanche 30 janvier 2011. Rédigé par : Malak Maatoug

La conférence de Mohamed Bourouissa tourne autour de trois aspects-clés: premièrement, un travail esthétique de narration et de mise en œuvre de nouveaux médias, deuxièmement, les non-lieux de la société, et finalement, l’inversion de la perspective ou, autrement dit, un certain empowerment, qui signifie une prise en charge de l’individu par lui-même, de sa destinée, par exemple le discours de l’émancipation des femmes.

Mohamed Bourouissa a profité de la conférence pour présenter ses œuvres photographiques, celles de la série Face à Face et Périphéries, où il s’est intéressé au codes vestimentaires, pris au départ dans son entourage et ses rencontres. De même que ses derniers films, aussi présentés lors de la conférence, ses travaux photographiques partagent une idée fixe, celle de rendre visible l’invisible en faisant une représentation de ceux qui ne sont habituellement des sujets de l’art ou même d’un débat/discours de la société. Il s’agit donc d’une manière de montrer des non-lieux de la société, comme par exemple sa façon de témoigner de la prison (dans son film Temps mort) ou dans la représentation du style des personnages ignorés par la société (la série photographique Périphéries). Son travail est toujours très politique car il essaie de changer la vision du monde, de montrer une société peu connue du public et de donner voix à ce qu’on n’entend pas. En juxtaposant une publicité pour vêtement et une photo de jeunes de banlieue qui utilisent ce vêtement, il montre l’opposition entre positionnement voulue par la marque et utilisation réelle faite de la marque. Cette opposition révèle la volonté d’une marque d’établir un code vestimentaire contre ceux qui l’établissent vraiment, les utilisateurs.  On peut dire que son travail démonte les clichés en les reconstruisant. Dans les photos de Mohamed Bourouissa, on trouve une réelle volonté de comprendre profondément les sujets photographiés plus qu’un travail de photo journalisme qui prend la vérité d’une seconde, venue par hasard, pour la vérité d’une vie.

L’ouvrage de Mohamed Bourouissa est pour ces raisons intéressant à regarder, car il sait bien mélanger différents éléments ou niveaux de réflexion et des faits qui interagissent et se répondent les uns aux autres. Il y a un rapport fort dans ses œuvres entre la dimension politique, l’expérience esthétique et la manière dont il interroge ses sujets. La langue esthétique joue une rôle majeur dans l’ouvrage de Temps mort, puisqu’il s’agit d’une œuvre qui interroge non seulement l’espace de la prison mais aussi une médiation sur l’esthétique de narration d’un ouvrage vidéo. Il y emploie les capacités des téléphones portables pour le film en entier, le générique, et le matériau vidéo. Il ajoute dans certaines prises des messages envoyés entre lui et son ami en prison. Cette discussion lance le film, qui était alors dans une phase expérimentale. En effet, on peut voir l’idée du film, et le film évoluer, grandir jusqu’à finalement arriver de ce méta-niveau d’une réflexion sur la narration à la narration en elle-même. L’enfermement est le sujet du film Temps mort. L’enfermement spatial s’inscrit dans le temps. Pas seulement avec son approche d’expérimenter avec le montage, le générique, et la narration mais aussi avec l’essai de créer et d’interroger le lien entre temps et espace par le film, Mohamed Bourouissa fait hommage aux films de Godard et d’autres. Temps mort est une œuvre extraordinaire dans sa manière de montrer un non-lieux de la société comme la prison, en changeant la perspective, en l’inversant. C’est toujours grâce à la chute de son travail, qu’il essaye de changer la perspective, de donner voix à ses personnages. Il donne la parole sans être porte-parole. Dans ses travaux photographiques, cela n’est pas encore évident et ce n’est pas non plus le but premier du travail, mais on sent tout de même que cet aspect commence à être recherché.
Puis l’empowerment se rend visible dans le travail à la prison mais aussi dans Légende, l’empowerment fait une liaison forte avec la recherche de narration et l’esthétique devenant le but premier du film. Dans Légende, l’artiste essaye de se cacher totalement. Son rôle est d’établir le cadre du film, il est la pellicule, la possibilité pour que les personnages puissent y inscrire leurs histoires. Pourtant, en vérité, ce qui est visible comme pur hasard, n’est pas hasard mais volonté artistique. Cette volonté est le côté plastique dans son travail. Légende est aussi une preuve de la simplicité de l’art, et de la chance de l’art contemporain. Il va dans des lieux qui sont des mythes urbains, des légendes, comme la banlieue dans Périphéries où bien dans Légende à Barbès, lieu mythique à Paris, où des choses se passent.
Mais que se-passe-t-il? Voilà l’interrogation de Mohamed Bourouissa. Ce geste d’inverser, de donner le pouvoir visuel ne vient pas. En les montrant comme ses sujets se voient eux-mêmes, la scène avec une femme qui se fait draguer par les «cailleras» se transforme. Ici, ce n’est plus un cliché pesant, typique et attendu. Ici, ainsi que dans l’ensemble de l’œuvre, la scène nous parle du désespoir de ces personnes, de leur humeur, de la peur de la femme. En effet, le film montre tous ces sujets sincères et graves d’une manière légère et drôle, parce qu’il ne juge pas ses sujets, parce qu’il les établit comme sujets de la société durant le film. C’est là le moment  magnifique de Bourouissa. Il ne tombe pas dans le piège d’avoir pitié d’eux.

Malak Maatoug

Quand l’art s’inspire du quotidien et reflète la réalité

Article publié le : dimanche 30 janvier 2011. Rédigé par : Abir Belaid

Marqué par un livre de Jamal Shabazz, Mohamed Bourouissa, un jeune vidéaste et photographe algérien  a commencé à travailler sur une série de photos qu’il a appelée Châtelet les Halles où il s’est intéressé à  la question des stéréotypes inspirés de la mémoire collective de la société. Ce travail a introduit deux autres projets, Face à face et Périphéries. Le premier était une tentation de mettre l’individu face à un objectif afin d’obtenir une image forte pleine de gestualité et de tension,  le deuxième projet était inspiré par Delacroix, Géricault, Caravage ou Piero della Francesca. Bourouissa a abordé la question de la banlieue, et du vécu de ses habitants; il a présenté des images qui reflètent la société en profondeur et poussent à réfléchir sur la condition humaine tout en travaillant sur une dimension conceptuelle et humaine à la fois.
Dans une deuxième partie, l’artiste nous a présenté deux films  dont le premier Temps mort est un échange de vidéos et textos  entre l’artiste et son ami le prisonnier qui nous donne une vision de la vie par une personne enfermée qui l’observe de son coin. Le dernier film nous présente le quotidien des vendeurs de cigarette qu’on croise à la station de métro Barbès.
Dans le travail de Mohamed  Bourouissa  plusieurs dualités et oppositions émergent: extérieur / intérieur; individu / société; lumière/ombre; réel / fixions; enfermement/ liberté. Ce sont des rapports qui ont donné une autre dimension à ses projets.
C’est un artiste qui s’inspire de son quotidien, de son vécu, de nos soucis et même des moindre faits et gestes pour nous présenter une nouvelle vision de la ville loin des clichés et des photos touristiques, une vision réaliste qui tend à valoriser le quotidien et là e mettre en valeur, une vision qui me semble parfois subjective mais, une subjectivité qui montre que l’artiste n’est pas distant de son milieu, il est bel et bien impliqué dans tout un contexte socioculturel duquel il s’inspire et auquel il 0réagit.

Abir Balaid

L’œuvre et l’émotion

Article publié le : samedi 29 janvier 2011. Rédigé par : Cao Meng

Mohamed Bourouissa  a présenté sa vidéo et ses photographies. Ces travaux nous donnent une idée de l’ombre. Ses œuvres d’art sont comme un miroir de la vie, elles sont créées pour enregistrer de la vie réelle. On dit «enregistre de la vie» mais ce n’est n’est pas tout à fait objectif, cela indique que l’artiste enregistre et exprime la vie sociale dans ses yeux par ses œuvres. Mohamed Bourouissa construit un projet Périphéries qui se concentre sur la banlieue de Paris. La série Châtelet les halles en 2003, est photographiée  dans ce quartier chaotique. Il  s’inspire des peintres de la Renaissance comme Delacroix, Géricault, Caravage ou Piero della Francesca  pour composer ses œuvres. Il a parfaitement reconstruit la simple photo de personnages de banlieue par ses propres codes. Le film Temps mort est le thème de la prison qui se fait principalement par le texte et les images. Il a fait beaucoup de documentation, mais son œuvre n’est  faite pas  à la manière d’un documentaire et il retravaille les images. Entre un homme libre et un homme enfermé, il met en scène la communication par le téléphone portable, certains textes simples sont intercalés dans la vidéo. Son point de vue unique suscite notre réflexion.

Le film Légende est fait dans la station de métro Barbès à Paris. Il pose des caméras miniature sur les corps de vendeurs de cigarettes. La caméra cachée enregistre la vraie vie de ce vendeur. Tous les passants sont les spectateurs intérieurs. Tous les passants sont en position potentiellement, ils se déplacent dans l’espace de l’écran. Les spectateurs sont donc «dans» la vidéo, une partie d’elle-même. L’artiste utilise cette façon pour  susciter la réflexion sur la relation entre les gens. Le processus de la création de ses travaux est un processus d’analyse, de réflexion et de recréation. Charlton a remarque que l’émotion implique l’action. Nous n’utilisons que la liberté émotionnelle pour apprécier des œuvres d’art, nous pouvons faciliter la découverte de notre propre liberté d’expérience de la vie.

Cao Meng

Un dialogue entre l’humanité et la société

Article publié le : samedi 29 janvier 2011. Rédigé par : Gao Lei

Mohamed Bourouissa partage avec nous ses œuvres, dans lesquelles est précisée la relation entre les êtres humains et la société. Cette relation sociale constitue un système énorme et complexe. Le style de ses œuvres est profondément influencé par les peintres français, comme Eugène Delacroix, Géricault, Caravage et Piero della Francesca. Un grand nombre de problèmes et d’environnements sociaux, la hiérarchie sociale et un dialogue entre la société et les êtres humains irriguent son travail. Nous arrivons à comprendre, à travers ses oeuvres, que la société est l’ensemble des êtres humains et celui des relations interhumaines. Les activités humaines aboutissent à la naissance de la société, alors que celle-ci influence d’une manière successive les êtres humains.
Pour un individu, la société, condition de vie humaine, ont une grande influence sur l’existence et le développement de l’humanité. Cependant, une fois qu’une personne devient indépendante, ses propres idées jouent un rôle dominant dans la vie. En d’autres mots, la cause externe, la société, ne peut prendre effet que par la cause interne, la personne elle-même. En réalité, la société et l’humanité s’influencent l’une l’autre. Les deux notions «temps mort» et «légende» mises en avant par Mohamed Bourouissa ont un but identique, mais elles sont exprimées d’une manière différente. La première, au moyen du message, porte sur les différentes conditions de vie dans deux espaces et la dernière porte sur l’enregistrement des caméras vidéos installées chez les vendeurs de cigarettes. Dans le dernier cas, nous guettons la relation interhumaine lors de la vente du tabac et la sociabilité de cette relation.
Mohamed Bourouissa fait un dialogue entre l’humanité et la société. Pour le préciser, c’est un nouvel essai de la relation entre les deux parties. Il nous faut comprendre ses œuvres d’un point de vue complet, de l’humanité, de la société et du système politique par exemple, au lieu d’une notion unique. C’est par ce moyen que nous arrivons à en entrevoir l’essence. Nous devons adopter un esprit critique à l’égard des problèmes sociaux dans la création artistique, sinon il nous serait impossible d’aboutir à l’essence et d’interpréter mieux le développement des choses. Par conséquent, il est important de posséder un esprit critique. Les œuvres de Mohamed Bourouissa nous font effectivement réfléchir aux problèmes de l’humanité, de la société, de l’environnement et à d’autres sujets.

Gao Lei

Tension intentionnelle

Article publié le : vendredi 28 janvier 2011. Rédigé par : Jisun Son

Bourouissa est un artiste qui travaille la vidéo et la photographie. Si on regarde ses trois séries de photos Châtelet les halles, Face à face, Périphéries, on peut penser que ces photos sont des stéréotypes ou qu’elles représentent la société; sur ces photos il y a souvent des personnes venant de la banlieue, il prend souvent ses photos la nuit et l’environnement de celles-ci se situe toujours dans des endroits sombres (Les halles, les cités, les prisons, la station de métro Barbès, etc.), elles ne sont donc pas représentatives de la société et ne sont pas faites à la manière d’un documentaire.
Il crée une situation et produit une tension, on constate une tension du regard entre les personnages ou entre la photo et les personnes de la photographie, cette tension c’est Bourouissa qui la crée, il remplace les personnes, la lumière et la mise en scène (plusieurs personnes de la photo se regardent dans le noir et une lumière souligne leurs environnement intime). Cette photo est comme une simple photo de personnages de banlieue mais l’artiste construit une mise en scène: leurs positions, gestes et mouvements, de plus la lumière artificielle compose une perspective, on peut donc dire que c’est un tableau sans matériaux (huiles, pinceaux, etc.).
Bourouissa dit que son idée de mise en scène a été influencée par Delacroix, Géricault, Caravage et Piero della Francesca. On peut retrouver beaucoup de choses de ces artistes dans les œuvres de Bourouissa, comme par exemple la manière de la disposition et les gestes des modèles non naturels. La lumière met en relief une partie de la photo comme une lumière de théâtre, ainsi ses mises en scène photographiques donnent un sens plus dramatique à ses œuvres. Au premier regard on peut penser que ses œuvres sont réelles, mais en vérité, ce sont des fictions, tous les éléments sont construits délicatement par l’artiste.
Pour la question du choix des personnes, Bourouissa répond que les personnes sont des amis ou des personnes proches. Cet artiste ne nous raconte pas de problèmes sociaux ou politiques, il travaille juste sa propre inspiration artistique. A travers le travail de Bourouissa, les yeux des spectateurs bougent avec l’aspect visuel des modèles et une nouvelle tension se crée.

Jisun Son

« Il y a deux Paris… »

Article publié le : jeudi 27 janvier 2011. Rédigé par : Canelle Mingo

Effectivement. Le «Paris Paillette» et le «Paris Coulisse». Mohamed Bourouissa fait partie des ces trop rares artistes qui s’intéressent à la seconde catégorie. Pour la série Châtelet les halles (2003), un de ces premiers travaux photographiques, Mohamed Bourouissa s’est inspiré du livre de Jamel Shebazz, Back in the days, qui photographie la jeunesse de Harlem ou du Bronx.


Jamel Shebazz, Back in the days, Série (1980-1989)

Dans le travail de Mohamed Bourouissa, ses photos mettent en évidence les codes vestimentaires de la jeunesse dans les environs de Châtelet. Il établit des comparaisons entre la publicité et la réalité. La publicité concerne tout le monde, toutes classes confondues, en faisant une confrontation avec la réalité en l’occurrence ici, il s’agit du cœur de la ville, il touche un large public.

Dans la série Périphéries, il aborde le thème de la banlieue sous la forme d’une mise en scène d’un point de vue plastique et conceptuel. Il évoque une «géométrie émotionnelle». C’est une façon théâtrale d’évoquer l’environnement de la banlieue et les images stéréotypées des journaux qui ne s’intéressent souvent qu’aux faits divers. En citant des peintres, Mohamed Bourouissa contextualise son travail du point de vue de l’histoire de l’art.


Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple (1830) & MohamedBourouissa, Périphéries (2008)

Lorsqu’il parle d’un sujet plus personnel (son ami en prison), sa pratique garde un aspect plastique. Dans Temps mort, il traite d’un sujet que l’on peut voir souvent aux informations mais sous un aspect rarement abordé par les journalistes, la vie du détenu d’un point de vue interne. Le téléphone portable devient une véritable «matière» qui allie l’image et la qualité qui en découle, le texte avec le langage du sms, et des paroles brutes, sincères et spontanées.

Mohamed Bourouissa est en relation directe avec les sujets de ses vidéos. Ce sont ses amis, des personnes de son entourage. Lorsqu’il réalise Légende avec les vendeurs de Barbès, il insiste sur le mot «avec» et non pas «sur». Car pour réussir cette vidéo, il a créé un réel lien social qui échappe à toute notion financière. Les vendeurs sont donc libres de participer sans que cela soit imposé, ni contrôlé. C’est en adéquation avec son sujet, qui met en avant les échanges que les vendeurs ont avec les passants et qui sont uniquement basés sur l’économie. La caméra cachée est d’habitude utilisée pour  surveiller ou prendre en flagrant délit. Dans la vidéo, ce ne sont plus les vendeurs de cigarettes qui sont surpris mais les acheteurs. Ces acheteurs qui sont aussi responsables d’un tel commerce. Le dispositif de ces caméras fait entrer le spectateur dans la peau d’un de ces vendeurs. Dans cette vidéo, comme dans  Temps mort, les médiums utilisés sont eux même porteurs de sens.

Dans ces quatre travaux, avec un œil et un point de vue différents des médias, Mohamed Bourouissa aborde des questions de liberté, d’humanité et d’expression des personnes en marges, vivant dans ce «Paris Coulisse». Un Paris qui ne se cantonne pas à l’univers des banlieues.

Canelle Mingo

Réfléxion sur les travaux de Mohamed Bourouissa

Article publié le : mercredi 26 janvier 2011. Rédigé par : Junko Shiraishi

Après avoir assisté avec intérêt à une conférence donnée par Mohammed Bourouissa, j’ai effectué par moi-même quelques recherches concernant le travail de ce nouvel artiste.

Interview Mohamed Bourouissa (Première partie)
Interview Mohamed Bourouissa (Deuxième Partie)

Bien que son travail n’ait pas de rapport direct avec l’objet de ma démarche, son analyse du rapport à la création au cours d’une interview donnée en 2010, et visible sur Internet, est tout à fait inédite. À travers son discours, Bourouissa pose l’idée que le dispositif visant à construction d’un langage audiovisuel a d’abord pour éléments constitutifs le regard, la notion de plan, le mouvement (caméra et/ou acteur), le montage et à l’intérieur même de l’image la notion de lumière. Quand on parle de langage, il faut entendre ici création d’un réseau de signifiants/signifiés qui, en fonction de l’objet capté formule ses propres codes, produit un discours. La qualité de l’image se rapporte au regard de la personne qui produit cette image. L’image est donc la métaphore d’une intention première qui ensuite se développe en discours à partir du point de vue du spectateur. C’est dans ce sens qu’il a pu s’intéresser aux différents types d’images en circulation aujourd’hui afin de l’utiliser comme matière de son propre travail (ex: image téléviséese, caméras cachées, vidéo surveillance ou encore image de téléphone mobile).
Chaque image possède un mode de présentation, en fonction de ses qualités intrinsèque, rapporté à l’intention de celui qui la produit. C’est d’ailleurs ce qui crée les conditions d’une convention entre les acteurs de ces différents domaines. Mais comme chacun dispose par essence de sa liberté originelle, l’établissement d’un langage commun au même titre qu’une langue quelconque est tout bonnement contradictoire et en définitive impossible.
Mais il est intéressant à noter que sa démarche d’artiste part de l’immédiateté du geste artistique avec la peinture, en passant par le dispositif de l’appareil photo en tant que moyen visant à capter l’instant présent mais toujours figé et contingent, pour finir par l’image en mouvement. Nous pouvons d’ailleurs souligner que ce n’est pas un cas isolé car des réalisateurs aussi illustres que Lynch ou Kubrick ont eux aussi emprunté le même chemin. Cependant Bourouissa se pose comme témoin de son temps et adopte une position particulière consistant en une correspondance entre la vérité de l’art (comme expérience esthétique) et vérité historique ou sociologique intrinsèque de l’objet de l’image. Il cherche à montrer ce qui n’est pas montré, ce qui est exclu du théâtre d’images de la vie quotidienne que produisent nos différents médias. Cela reste tout de même un exercice difficile car ces deux fondements répugnent l’un à l’autre quand le spectateur décide du regard à adopter (il est question alors de cohabitation harmonieuse).
Montrer ceux que l’on n’a pas l’habitude de voir, ce quotidien de gens auxquels personne ne prête tant l’habitude de les voir nous les fait oublier, c’est un peu l’esprit qui anime son travail sur les vendeurs de cigarettes à la sauvette de Barbès Rochechouart. Le dispositif de capture est une petite caméra cachée placée sur un vendeur ayant bien voulu se prêter au jeu. Ainsi, Bourouissa réutilise le type d’image et donc certains des codes utilisés dans les médias d’aujourd’hui, ce qui donne une valeur de risque, d’authenticité à l’image produite. Évidemment concernant les médias tout est question d’artifice car l’image est trop étroite pour contenir en elles-mêmes toutes les effets voulus comme le sensationnel, le sentiment d’insécurité, et le recours à la musique, aux commentaires contribue à réaliser les effets recherchés.

Un média étant aussi une société visant à créer de la richesse, la démarche artistique pour peu qu’elle soit suffisamment désintéressée peut donc dépasser à travers son résultat l’image et donc le discours produit par les dispositifs d’information. Si nous nous rappelons Zola (notamment L’Assommoir dont l’histoire se déroule dans ce même quartier de Barbès), nous constatons qu’une création ou une reconstruction peut avoir une densité de vérité à la mesure de ce qu’elle capte de la réalité tout en étant artistiquement et esthétiquement valide ou réussie. Et ce réel, cette matière brute qui ne cesse de se transformer, que nous ne pouvons saisir que de façon partielle et partiale, est l’objet et la matière des travaux de Bourouissa. Dans son film Légende, il est question d’effacer le médiateur entre la captation et la reproduction de l’image. Nous pouvons penser que l’intention est de garder l’aspect instantané de l’appareil photo et de l’associer au caractère dynamique du présent auquel nous renvoie l’image en mouvement. Il y a donc une tentative de dépassement de ces deux éléments immédiatement compossibles devant aboutir à une fusion harmonieuse.

Junko Shiraishi

Le regard de la périphérie vers le centre

Article publié le : mercredi 26 janvier 2011. Rédigé par : Tugce Oklay

«Le regard de la périphérie au centre est toujours beaucoup plus riche que celui du centre à la périphérie. Depuis la périphérie, tu vois réellement ce qu’est la société. Ceux qui sont dans le centre sont très heureux et n’ont pas besoin de réfléchir. Dans ce sens, j’ai transféré cette vision à ma vision de Paris. Mon Paris est complètement différent de celui de tous les auteurs qui y sont allés. Ils parlent, émerveillés, du Paris monumental, du Paris intellectuel, du Quartier Latin, de Montparnasse, etc. Le mien était celui de Barbès. Ma vision était une perspective totalement nouvelle qui a provoqué un rejet initial de la critique française. Une critique importante a dit « Qui se croit celui-là pour parler ainsi de Paris »? Mon Paris est très différent de celui décrit par Heminghway, Cortázar ou Carpentier. Eux, ils parlaient toujours de quartiers nobles et de l’ambiance intellectuelle. Moi je parlais de Barbès.» (1)

Il me semble que l’idée de regarder de la périphérie vers le centre mentionné ci-dessus par Goytisolo joue un rôle important dans les œuvres de Mohammed Bourouissa. Il tente à montrer la «périphérie» qu’il a choisie comme le sujet de ses œuvres en l’observant au travers d’une vue interne. La périphérie dans ses œuvres en tant qu’un sujet, est composée des jeunes du banlieue, d’un ami en prison et des vendeurs de cigarettes de Barbès, des personnes qui appartiennent à la «périphérie» dans un sens socio-économique.

Bourouissa commence à photographier ses proches par une série, portant le nom Chatelet Les Halles (2003), qui est inspirée d’une série de Jamel Shabazz sur le code vestimentaire à Harlem (2). Bien que l’artiste photographie son entourage, il garde une distance avec ses objets contrairement à ses œuvres futures. Sa deuxième série photographique, Face à Face, dans laquelle il a travaillé sur les mêmes sujets, peut être considérée comme plus élaborée. Dans sa série suivante Périphéries (2005-2009), nous remarquons un changement de positionnement de son appareil photo. Dans cette série, il essaie de reconstruire l’utilisation de la perspective, de la lumière et des mises en scène des tableaux de Delacroix, Géricault, Caravage ou Piero della Francesca. Cependant, il ne retransmet pas la signification des tableaux, par exemple en remettant en scène La Liberté guidant le peuple avec des banlieusards, on peut supposer qu’il fait une double ironie en les mettant acteurs dans un tableau républicain.

Dans la conférence, Bourouissa a fait référence à Guillaume Bresson, un peintre contemporain qui l’a influencé par ses peintures photo-journalistiques. En outre, les regards et les gestes des photographiés intensifient le sens photo-journalistique dans ses photos. Les rapports interpersonnels et les rapports entre les personnes et les espaces/le fond font que les spectateurs sentent la vie en périphérie. L’artiste transmet cette émotion aux spectateurs en leur assurant une vue interne de la périphérie, à la fois en travaillant avec ses proches et à l’aide d’une caméra subjective comme il le fait avec Temps Mort (2009) et Légende (2010). Il a réussi à faire regarder le spectateur à travers les yeux de la périphérie et c’est la partie la plus délicate et importante de son travail.

Légende est une vidéo composée des films capturés par des caméras cachées installées sur les vendeurs de cigarettes à Barbès. Les spectateurs de Légende remarquent qu’ils ne sont pas les seuls qui regardent, mais les vendeurs de cigarettes «les» regardent également: lorsque nous traversons Barbès, les vendeurs sont toujours là et maintenant avec cette vidéo, nous voyons Barbès, tous ces usagers du métro et nous-mêmes, comme les spectateurs, à travers leurs yeux. Pour cette raison, l’utilisation de caméra subjective est impressionnante et bien appropriée pour agiter les spectateurs en créant un lien empathique qui les conduit à reconnaître l’existence de l’autre.

Dans Temps Mort aussi, on rencontre aussi l’utilisation de caméra subjective. On voit un échange des vidéos entre deux hommes dont un est libre et l’autre est enfermé. Quand on voit l’extérieur et l’intérieur d’une prison à travers les yeux d’un homme confiné, on peut sentir la différence entre les vies quotidiens de deux hommes et la difficulté d’être chassé du jeu. Le processus de création de cette vidéo est aussi intéressant quand on considère le rôle des nouvelles technologies dans ce film: le prisonnier utilise un téléphone portable pour filmer sa vie, sa chambre, le paysage vu de la fenêtre de sa chambre, etc. et envoie ces morceaux de film comme MMS à Bourouissa. Le film se compose des échanges de SMSs et de MMSs. En plus, quoique ce qu’il font soit probablement interdit, grâce aux nouvelles technologies il peuvent échanger des images/des vidéos qui pourraient déranger les autorités.

(1) Entretien avec Juan Goytisolo réalisé par Larbi El Harti, http://www.emarrakech.info/Goytisolo-Le-pire-qui-puisse-arriver-a-une-societe-est-de-se-croire-le-nombril-du-Monde_a2425.html, consulté le 21 janvier 2011.
(2) Ce travail de Bourouissa m’a fait penser le livre de Richard Hoggart, La culture du pauvre. Etude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Editions Minuit, Paris, 1970. En Anglais: The Uses of Literacy: Aspects of Working Class Life, Chatto and Windus, 1957. Pour un essai bref sur le livre http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1971_num_12_2_1974, consulté le 21 janvier 2011.

Tugce Oklay

Réinsertion

Article publié le : mardi 25 janvier 2011. Rédigé par : Azadeh Babaii Fard

Mohamed Bourouissa, photographe et vidéaste, commence la conférence en montrant  sa démarche artistique qui nous guide vers ses vidéos. Il commence avec la série Châtelet les Halles, photographiée dans le quartier des Halles qui est un quartier assez mélancolique, mélange de différents gens, des Parisiens et à la fois des gens de la banlieue. Puis il nous montre Face à face, une série de photos des individus qui nous regardent tout droit dans l’objectif, sans poser, prises dans un studio avec fond blanc. Troisième série, Périphéries, a plus de mouvement et une mise en scène est plus élaborée. Malgré l’avis de l’artiste, dans cette dernière série, pour moi, il y a plutôt une impression de scènes de film de réalisateurs comme Gus Van Sant dans Elephant ou Paranoid Park (évidement pas du tout par rapport à la thématique, mais plutôt par rapport à l’esthétique).

Le film Temps mort qu’on voit après les séries de photos, est un échange d’images entre l’artiste et son ami prisonnier qui connaît très peu la manière dont on construit une image. On voit comment Bourouissa l’aide de loin pour qu’il fasse ses prises de vue. Son ami apprend à faire des mises en scène, à mettre la caméra (le téléphone portable) à sa place, à trouver les bons angles pour filmer, à composer de l’image en envoyant des textos, des vidéos et des photos. On sait très bien qu’un prisonnier n’est pas libre! Mais justement en voyant le film on voit que le prisonnier se rend compte combien il est limité. Il n’a pas grand chose  à filmer: quatre murs, un lit, une télévision, un évier, une table à manger et une fenêtre avec vue sur la cour et une autoroute. C’est le seul accès au monde extérieur pour lui. Parfois le message d’opposition entre liberté et incarcération est trop évident avec le montage parallèle de scènes comme un marché à Paris et les murs de la chambre de la prison. Le monologue à la fin du film est impressionnant mais je me demande si c’était indispensable de le mettre.

On peut dire que Mohamed Bourouissa est un artiste qui évolue dans les espaces des minorités, de la marginalité et de l’illégalité et qui essaie, à travers l’activité artistique, de ramener ces réalités vers une dimension publique, visible et accessible.

Azadeh Babaii Fard

Mohamed Bourouissa. Temps mort, Légende.

Article publié le : dimanche 23 janvier 2011. Rédigé par : Hsin-I Chuang


Mohamed Bourouissa, Le Reflet (2007)


Mohamed Bourouissa, Le Carré rouge (2005)

Les images du photographe Mohamed Bourouissa s’attachent à la question de la périphérie des grandes villes, en s’attaquant aux archétypes liés à la banlieue. L’artiste crée ses œuvres en photographie et en vidéo où l’association d’images exprime son réalisme, «ce réalisme est absolu, et, si l’on peut dire, originel, faisant revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps: mouvement proprement révulsif, qui retourne le cours de la chose.» (1)

Le Carré rouge se manifeste sous la forme d’une photo complexe, qui est construite en trois espaces et révèle un aspect plus plastique. Ce genre de composition reflète également un croisement des temporalités et une interrogation de l’histoire dans cet espace photographique. L’artiste retrace un véritable potentiel en passant par la construction précise des images, grâce à laquelle l’œuvre cristallise un état de l’intensité de la rencontre et amène le spectateur entre fiction et réalité. Ensuite, on remarque que Le Reflet met en scène la banlieue et son image en investissant la sphère artistique dans son absolu. Même si cette œuvre se présente de façon peu intensive mais plus poétique, on peut encore se rendre compte d’un équilibre subtil entre le fond et la forme. Les télévisions superposées, comme un objet conceptuel et artistique dans ce cliché, sont transformées en objet plastique. Autrement dit, il «place la banlieue dans le champ de l’art et la traite comme un objet plastique.» (2)

L’approche de la Photographie de Mohamed Bourouissa, ne nous permet pas de soumettre son spectacle au code civilisé des illusions parfaites, mais «d’affronter en elle le réveil de l’intraitable réalité.» (3) Des silhouettes montrées par l’artiste se tournent comme si elles se présentaient devant une réalité pour s’opposer et, dans le même temps, ses œuvres nous rappellent de toute évidence un contexte; à savoir que le grand ensemble de la banlieue était considéré comme un symbole de progrès, et qu’on le regarde de manière plus intense. Sur ce point-là, l’artiste observe de façon très précise: «Si je pars d’une base sociale, mon travail est pourtant d’ordre plastique fonctionnant sur une géométrie émotionnelle. […] J’essaie d’être juste plastiquement par rapport à l’idée que je veux donner d’une situation. Je parle de ma propre identité à travers les autres. D’une certaine manière, ce sont des autoportraits » (4). Avec sa démarche artistique, autour de la question principale: Quelle est la place de la narration à l’intérieur des images?, l’artiste interroge notre regard sur ces grands ensembles qui a changé radicalement dans la dernière décennie.

(1) Barthes Roland, La Chambre claire : Note sur la photographie, Paris, Gallimard/Seuil/Cahiers du cinéma, 1980
(2) Magali Jauffret, «La banlieue, objet plastique: in Mohamed Bourouissa», Périphériques, Le Château d’Eau, Toulouse, 2008.
(3) Barthes Roland, La Chambre claire : Note sur la photographie, Paris, Gallimard/Seuil/Cahiers du cinéma, 1980
(4) Mohamed Bourouissa, à la conférence de l’OdNM.
image: http://ouvretesyeux.wordpress.com/2008/11/19/la-banlieue-de-mohamed-bourouissa-a-la-galerie-des-filles-du-calvaire-du-3010-au-22112008/

Hsin-I Chuang