-- Observatoire des nouveaux médias » 37e conférence

Images sociales

Article publié le : mardi 21 juin 2011. Rédigé par : Déborah Jean

Mohammed Bourouissa s’intéresse aux banlieues urbaines et à leurs populations. A une époque où, selon lui, les images que nous en avons restent essentiellement des clichés de reporters, il tente d’inscrire ce sujet, cet environnement, ces gens, ces images dans une histoire de l’art. Comment? En réinsérant du «Beau» dans les siennes. Dans sa série Périphéries, Mohammed Bourouissa s’inspire des chefs-d’œuvre du passé pour composer ses photographies. Très esthétisées, minutieusement calculées, elles sont toutes autant de citations artistiques. Il en va de même pour Temps Mort, son premier film, qui retrace à petite échelle le parcours historique du cinéma: muet au départ (avec des messages textes téléphoniques comme cartons de dialogue), puis parlant et, techniquement, de plus en plus maîtrisé.
On pourrait s’interroger sur ce qui motive cette volonté de doter ses œuvres de tant de références. Est-ce que les inscrire explicitement dans l’Histoire de l’art ne serait pas une manière de défendre leur statut artistique? Il semblerait que le réel enjeu de ce procédé soit en fait la légitimité de ses œuvres. Non pas que cette légitimité soit remise en cause; mais il s’agit d’insister sur le caractère artistique de ces images: en évitant le pathos ou l’esthétisation de la violence, les œuvres de Mohammed Bourouissa se démarquent déjà des clichés que nous avons de ces sujets.
L’artiste nous a parlé à plusieurs reprises du pouvoir de l’image. Alors que ce pouvoir appartient majoritairement aux médias et aux institutions (je pense surtout aux caméras de surveillance ou aux infiltrations en «caméra cachée»), il le redonne à «ceux qui sont dehors» (comprendre dans l’illégalité). Mais ce geste ne se fait pas si facilement; il se heurte parfois aux refus. C’est avec Légende, dans sa relation avec les vendeurs de cigarettes de Barbès, qu’il prend conscience qu’une collaboration ne peut se faire sans un rapport de convivialité. Les œuvres de Mohammed Bourouissa contiennent toutes une dimension intime, qui remet l’humain au œur d’un travail «froid» de calcul et de pré-élaboration.

«Je construis des images avec les gens; il n’y a pas seulement une dimension de travail, mais il y a aussi une dimension intime, et je n’arrive pas à faire des images s’il n’y a pas de relation assez forte avec les gens avec qui je les fais.» (1)

Mohammed Bourouissa crée des images avec les gens, et pour les gens qui l’entourent. Des images sociales plutôt que des images de société.

Déborah Jean

(1) Voir entretien avec Mohamed Bourouissa sur Khiasma : http://www.khiasma.net/avoir.php?id_article=468

photographie émotionnelle

Article publié le : dimanche 19 juin 2011. Rédigé par : Saida Mejrissi

Mohamed Bourrouissa est un photographe algérien, qui a fait ses études d’arts plastiques à la Sorbonne, avant d’être diplômé de l’ENSAD. Il a participé à beaucoup d’expositions notamment à Paris, où il vit actuellement. Lors de la conférence, il nous a présenté un ensemble de ses travaux et projets en cours notamment 3 séries de photographies et quelques vidéos filmées.
En ce qui concerne le premier projet, il s’agit de 3 séries de photos, la première série, est intitulée Chatelet les Halles, et elle montre des photos basées sur un jeu de regards comme l’artiste l’a expliqué, entre les personnages, montrant également le positionnement des gens, des individus dans l’espace photographique. Dans cette série la il vise à montrer spécialement une catégorie de gens bien précise, il s’agit des jeunes de la banlieue avec tout les stéréotypes et les clichés qui l’entourent, (tenues vestimentaires casquette, survêtement, langage).
En ce qui concerne la deuxième série, elle s’intitule Face à face, c’est une tentation de la part de Bourrouissa de mettre l’individu face à l’objectif, et d’activer le flash, parce que, comme il le dit, le flash rehausse le personnage et adoucit le fond, et ceci donne par la suite une sorte d’image ouverte, qui laisse réfléchir sur ce regard. Dans ce regard il y a à la fois une dimension conceptuelle et une proximité. L’artiste travaille sur la tentation visuelle à travers les lignes de force et, comme il l’a appelée, la géométrie émotionnelle.
Finalement, il y a la série 3, intitulé Périphéries, et elle inspirée des peintures de Delacroix. Dans cette série, l’artiste, encore une fois, a abordé la question de la banlieue, du vécu et du quotidien, des codes visuels, il disait à ce propos: «les choses qui m’intéressent font toujours partie de mon quotidien et du celui des gens qui m’entourent et qui m’inspirent constamment.»
Après cette série de photographies, Bourouissa, enchaîne la conférence avec des vidéos, la première est intitulée Temps mort, et il s’agit en fait d’une vidéo filmée avec un téléphone portable à l’intérieur d’une prison. Cette vidéo a été filmée par un prisonnier, un ami de l’artiste et montre les textos échangés entre les deux, ainsi qu’une vision de ce qui se passe à l’intérieur de la prison, afin de montrer ce que ressent la personne enfermée de l’intérieur.
Et enfin, Bourouissa conclut avec une dernière vidéo, un film qui représente le quotidien des vendeurs de cigarettes à Barbès à Paris et dont la plupart viennent de l’Algérie. Il montrait dans cette vidéo et racontait la vie de ces vendeurs à la sauvette, leur souffrances, leurs espérances que, en quelque sorte, l’artiste a pu partager avec eux dans des moments différents.

Saida Mejrissi

Mohamed Bourouissa. Les mécaniques d’une tension émotionnelle.

Article publié le : mardi 24 mai 2011. Rédigé par : Aurélie Foix

Mohamed Bourouissa commence par nous présenter une série photographique Châtelet les halles de 2003 inspirée par le livre du photographe new yorkais Jamel Shabaz, Back in the days. Ces deux artistes ont la volonté de capter et d’immortaliser la mentalité d’une génération contemporaine par les particularités du style vestimentaire. Mohamed Bourouissa photographie aussi l’environnement dans lequel les gens évoluent, ce qui permet de voir notamment les affiches publicitaires, les modes, accessoires et marques-phares du moment. Ces photographies sont comme des traces faisant office de témoignage. Il n’y a pas de volonté de classification sociale, car il s’agit plus d’un travail de captation. Évidemment, ses clichés permettent d’émettre avec recul certaines observations. Par exemple: l’image que la marque Lacoste s’efforçait de véhiculer par ses visuels publicitaires détonnait quant à celle donnée par le consommateur lambda dans la rue. Je trouve ce phénomène particulièrement intéressant, car cela démontre que malgré une diffusion de masse de standards prédéfinis, le consommateur a le pouvoir de se réapproprier ces codes, de les brouiller voire même de les inverser. Dès lors, il n’est pas rare de voir des marques dites «chic» être portées quasi exclusivement par des jeunes au style urbain. On peut s’interroger sur le rôle que joue la publicité quant à ce phénomène. Jusqu’à quel point sommes-nous influencés et surtout pourquoi le sommes-nous tous plus ou moins?

Son second travail Face à face selon lui, «s’intéresse beaucoup plus aux personnes». Ses photographies en studio se présentent sur fond neutre ce qui permet de concentrer l’attention sur le sujet principal qu’est l’individu. Il est intéressant de remarquer comment par une composition photographique basique et standard, arrive à s’exprimer la personnalité, autrement dit le particulier, au travers des expressions, de la posture, du regard et bien entendu du style, etc.

Son travail Périphérie de 2005-2009 découle d’une tension dans la relation photographe/modèle, décelée dans ses deux projets précédents. En effet il nous fait remarquer qu’il existe une ambiguïté dans la perception qu’a le photographe du modèle et celle qu’a le modèle de lui-même. Il effectue un vrai travail de mise en scène qui passe par toute une préparation de croquis, de repérage, de répétition en amont. Un peu comme pour une mise en scène théâtrale, les modèles deviennent acteurs et sous la direction de l’artiste, ils occupent et posent dans l’espace photographique. L’intrusion spontanée de l’improvisation de la part des modèles est la bienvenue, je dirais même qu’elle fait partie du processus, car elle permet de rétablir un équilibre quant à cette relation photographe/modèle. Ses photographies sont conçues pour mettre en exergue la tension qui naît des jeux de regards et par extension de la notion de perception. L’on peut aussi rapprocher cette série photographique du théâtre grâce à l’importance de la lumière. L’utilisation stratégique de flash, combiné à la lumière naturelle permet de centrer l’attention sur les personnages. Il apparaît que l’éclairage n’est pas laissé au hasard, il est l’objet d’une vraie réflexion pour laquelle Mohamed Bourouissa met en œuvre son savoir-faire afin d’accentuer son propos. Parallèlement son intérêt pour la peinture classique lui insuffle l’envie d’une esthétique similaire quant à la construction de ses images photographiques. Il pousse cette volonté de ressemblance en allant à introduire par la technique du montage, des erreurs de perceptives car, il n’était pas rare d’en trouver dans les grandes œuvres picturales de la Renaissance.

La fusion entre l’inspiration structurelle et parfois thématique de grands tableaux de la Renaissance avec les codes visuels et les protagonistes d’une imagerie de la banlieue est en somme une façon d’établir un lien et de montrer que le rapprochement entre ces deux mondes est possible. Ses images photographiques ressemblent à des still pictures comme des photogrammes extraits d’un thriller ou d’un western contemporain. Par ces jeux de regards et d’ouverture sur un autre espace, elles  deviennent multidimensionnelles. Elles nous conduisent à nous construire une narration et à nous interroger sur les enjeux de la scène qui se déroule sous nos yeux. L’on se sent autant voyeur qu’acteur, car souvent l’espace photographique nous intègre en nous attribuant une place.
Cette analogie avec le cinéma met en exergue une ambiguïté présente entre fiction et réalité. Quand sommes-nous dupés quant à la véracité d’une image? Qu’est-ce qu’une image vraie? Peut-on parler d’images photographiques objectives? Qu’en est-il alors de l’image journalistique, etc.

Aurélie Foix

Mohamed Bourouissa.

Article publié le : mardi 24 mai 2011. Rédigé par : Yi Pang

Mohamed Bourouissa, jeune photographe et vidéaste, vit et travaille à Paris. Il est né à Bilida en Algérie. Au début de la conférence, il nous a exposé une série de photos qui ont été déjà remarquées dans un livre de Jamel Shabazz. Elles décrivent l’image de la jeune génération des immigrants, surtout dans le domaine de leur comportement vestimentaire, leurs conditions de vie et leur environnement. Quand on se promène dans la rue, il est très facile de remarquer ces gens-là. Ils ont un regard et un comportement similaire, souvent extrêmement arrogant. Ils aiment bien porter des vêtements de la marque Lacoste, ou encore les sacs à la main de LV. Mais la distance, entre ce phénomène aperçu sur cette jeune génération et l’information exprimée par le modèle dans la publicité de Lacoste, est très loin. Ils marchent sur le bord de la société, et loin des sujets principaux de la société.
A travers ces œuvres de Mohamed Bourouissa, on peut sentir, ou quand même toucher, un impact très violent entre la culture dominante française et celle des immigrants. Des conflits, quelques voix discordantes. Et dans certains cas, la confrontation au danger est possible.
En outre, il est profondément influencé par la peinture. Il aime bien capturer et organiser la photographie selon la vision d’un peintre. La plupart de ses photos sont mises en scène, et reconstituées sur l’ordinateur. Son objectif est de créer un conflit dramatique, comme dans une scène de film. Par l’intermédiaire de ses œuvres, on peut clairement voir que Mohamed Bourouissa a la préoccupation de la condition de la vie des pauvres gens et leur état actuel. Tous ces bruits cachés par cette belle ville, Paris, nous manifestent un certain nombre de conflits sociaux inconciliables.

Yi Pang

Renfermer – défermer avec Mohamed Bourouissa

Article publié le : jeudi 12 mai 2011. Rédigé par : Lavinia Raican

Les projets photographiques de Mohamed Bourouissa représentent des espaces des banlieues vues du point de vue des jeunes gens des quartiers – comme un questionnement sur l’idée qu’on se fait de ces espaces périphériques et marginalisés. Le coté multiculturel ne se voit pas, ni les autre catégories sociales ou d’âge.
Ce qui reste c’est un souvenir chargé de promiscuité et un danger potentiel. Les photos sont le plus souvent prises la nuit, avec de la lumière artificielle, dans le style des films de cinéma. Il existe un côté cinéma, joué, avec les cadrages bien pensés et la lumière artificielle forte. Il y a aussi une théâtralité par la posture des personnages.
Cette représentation d’une certaine classe sociale porte avec elle un message politique assez discret ou du moins une relation qui se tisse entre la politique et les médias de masse, comme la TV en regard des problématiques sociales.
Un projet très intéressant est celui réalisé dans la prison, par l’intermédiaire d’un ami enfermé pendant deux ans. Le film montre des plans filmés avec les téléphones portables entre les deux amis, celui enfermé et celui en liberté, avec des échanges sms. Les plans du film sont pris dans la vie de tous les jours du détenu, les aspects les plus banals: le fait de laver ses mains, de manger son repas, de regarder par la fenêtre, le fait de filmer sa plante en plan fixe. Le corps se trouve enfermé, compressé, mais la vidéo réalisée de cette façon illicite semble être un moyen de regagner la liberté.
C’est très inattendu de voir un projet artistique qui dépasse les limites de la loi, de voir comment avec des moyens des médias actuels on peut franchir les limites même les plus sécurisées. Avec ce projet, il y a aussi une dimension politique, un signe de protestation, un projet qui remet en question la sécurité d’un dispositif comme celui d’une prison.

Lavinia Raican

Mohamed Bourouissa : sa démarche particulière

Article publié le : jeudi 7 avril 2011. Rédigé par : Hye-jin Shin

Le travail de Mohamed Bourouissa se base essentiellement sur des propos sociaux, il s’invite dans des situations assez difficiles pour élaborer son art. Il utilise une démarche particulière pour réaliser ses photographies ou ses vidéos, il commence par faire des mises en scène en s’inspirant de grandes icônes artistiques de la Renaissance afin de fabriquer des visuels de la vie contemporaine. Il réalise des croquis puis il met en place ses acteurs avec une précision sans négliger l’importance d’une luminosité irréprochable afin de se rapprocher le plus de ses références. Le thème primordial est la cité ou encore la périphérie où la vie ne semble pas être aussi agréable.
L’artiste s ‘inspire des difficultés des jeunes des quartiers sensibles pour créer des œuvres qui semblent plus de l’ordre de l’information que de l’artistique, comme par exemple la vidéo Temps mort, Mohamed implique un prisonnier dans son œuvre et lui s’implique dans la prison, ici il y a un échange de fonction virtuel entre ces deux personnes, on ne sait plus qui est l’artiste et qui est le prisonnier.
Je pense que l’artiste se sent impliquer dans cette société c’est pour cela qu’il l’introduit dans sa démarche artistique, peut-être pour montrer aux spectateurs la difficulté de ces gens mais également la difficulté de faire de l’art social.

Hye-Jin Shin

Mohamed Bourouissa : la correspondance et les milieux associés

Article publié le : lundi 14 mars 2011. Rédigé par : Yann Aucompte

L’artiste s’est livré à une correspondance vidéo et sms avec un ami détenu en prison. L’œuvre est semi narrative et montre la solitude et l’enfermement d’un prisonnier. Elle s’appuie sur la vidéo numérique et la norme GSM/UMTS qui permet de diffuser par les ondes des données. Il s’agit d’une œuvre sur la technique du transfert GSM/UMTS  de données, ce que je vais tenter d’analyser avec mon appareillage critique. Pour plus de détails sur cet appareillage je vous invite à aller lire cet article sur mon blog numer ars crisis: nouvel appareillage critique.

Mon analyse porte sur la consistance des œuvres, c’est-à-dire sur la proposition de valeurs que l’artiste nous fait lorsqu’il produit une œuvre en articulant son discours autour d’une technique. Le postulat fondamental de ce travail est que l’Art socialise les techniques. L’Art accompagne les processus d’adoption des techniques en proposant de les adopter en s’appuyant sur une de leurs potentialités, non pas effective et existante (fonctionnalité factuelle), mais sur la capacité qu’elles ont à nous donner des horizons d’attentes communs (des valeurs, qui n’existent pas par définition)  (cf. Bernard Stiegler, La technique et le temps 3. Le temps du cinéma et la question du mal être).
Dans mon travail critique je postule, après Edmond Couchot, Roberto Barbanti et Bernard Stiegler que l’analyse du phénomène technique à l’œuvre dans un travail artistique permet de révéler beaucoup sur sa dimension écosophique. Pour construire ma critique j’ai besoin de travailler d’après une technique. Je choisis donc de travailler sur la question de la technique de correspondance via le réseau GSM/UMTS.

1 – le discours de l’œuvre s’articule autour d’une technique – analyse des techniques employées.

a – existence — Les images sont produites grâce à un téléphone doté d’une fonction photo et vidéo. La vidéo numérique permet de transposer les informations lumineuses d’un champ de référence en paquets de données numériques. La norme GSM est une norme de gestion de réseau de téléphone portable entièrement numérique. Elle est appelée Groupe Spécial Mobile ou GSM car elle permet de créer un réseau cellulaire de relais pour capter des téléphones mobiles (en mouvement). Le réseau est dit cellulaire car il couvre un territoire en faisant se chevaucher des petites zones d’émission réception prenant ainsi la forme de petites cellules accolées. Chacune de ces antennes est reliée par un système filaire à une base qui gère le réseau. C’est depuis cette base que le réseau se connecte à Internet (cf. critique de Eric Watier pour en savoir plus). Les téléphones contiennent une puce ou carte SIM contenant le numéro et le code d’identification individuel du possesseur du téléphone. L’œuvre se présente comme un recueil filmique ou vidéo-graphique de ces correspondances. Il pose ainsi la question de la pratique du réseau GSM et non seulement de son usage.
b – présence — La présence du spectateur est mise en scène comme au cinéma, il a une posture passive.
c – comportement  — Le comportement est lui en rapport direct avec les deux auteurs de l’œuvre. La technique employée permet à un détenu de montrer son quotidien par ses yeux et de le faire parvenir illégalement à un proche à l’extérieur de la prison. L’artiste envoie au détenu un exemple du type d’images qu’il souhaite et le détenu reproduit cet exemple. Il déplace alors des techniques de création d’image (techniques intellectuelles) d’un milieu associé clos à un autre (du milieu de l’art au milieu de la prison).
d – génération — L’œuvre est générée par l’enregistrement d’images via un portable.
e – mythèmes technologiques / consistances  — La technique du réseau GSM sous-tend une référence implicite qui est la correspondance épistolaire. Les mythèmes répandus sur ces technologies sont qu’elle permettent d’êtres joint n’importeet de joindre quiconque depuis où l’on veut. Hors si le réseau cellulaire ne couvre pas une zone, le téléphone ne marche plus. Le mythe de l’immédiateté lui est aussi associée, la présence de l’autre n’est plus nécessaire puisqu’il est possible de le joindre à tous moment.

2 – L’œuvre est un discours sur le sensible et la technique
Mohamed Bourouissamontre que la perception du monde peut-être affectée par l’introduction d’une technique dans son milieu associé. La relation qu’il instaure avec son correspondant développe chez lui une compétence artiste. Le détenu développe un regard une pratique de la technique GSM/UMTS et de le technique des images vidéos. La technique GSM est pratiquée et modifie la perception du sujet.

3 – Elle nous projette d’un point connu vers l’inconnu.
Elle nous projette du film documentaire tel que l’on peut le voir en prime-time à la télévision à une intimité forte d’une personne à laquelle on s’identifie mais dont l’univers est sans repère pour nous.

4 – Elle constitue une articulation existence/consistance exemplaire qui intensifie la relation entre l’individu et le fond collectif.
Elle relie la notion de correspondance et d’amitié par delà les limites géographiques à la technique du GSM. Elle nous montre qu’une technique de copie de paquet de données via les ondes peut créer une symbiose entre deux individus et même le partage et l’intégration mutuelle des points de vue. La véritable prouesse de cette œuvre c’est qu’elle concilie deux milieux associés totalement différents ce qui est assez rare car les œuvres entretiennent en général un dialogue au sein d’un seul milieu associé.

5 – L’œuvre suit un circuit long dans lequel elle trans-individue par la pratique de sa fréquentation.
L’œuvre suit le circuit de la diffusion de l’art dans lequel elle court-circuite le milieu associé en étant diffusé dés sa création dans des lieux prestigieux, voir en étant commandé et financé par ces lieux. Le danger c’est que l’œuvre soit perçu comme un documentaire original» sur la prison. Alors qu’en fait l’œuvre propose de repenser l’ensemble du milieu associé constitué par la technique GSM/UMTS. Elle prescrit une pratique et donc une consistance à ce qui aujourd’hui n’est qu’un moyen d’accaparer notre attention. En suivant un circuit-long elle pourrait soulever des débats forts et intéressants sur la question de la correspondance appliquée aux technologies GSM/UMTS. Correspondance au sens d’une pratique des moyens de communication.

6 – Conclusion –
L’œuvre propose une vraie consistance et nous livre une expérimentation sincère sur les techniques GSM/UMTS. La force du propos Mohamed Bourouissa est de proposer une consistance nouvelle à cette technologie dont la publicité et le marketing se sont emparés. Il fait la démonstration du fait que la technique est un sensible en acte et qu’il transforme les individus en créant des milieux associés. Il s’agit d’un bel exemple d’individuation documenté qui nous fait oublier tous les clichés sur la prison pour peu que l’on s’y penche.

Yann Aucompte

Mohamed Bourouissa, à l’intérieur de l’image…

Article publié le : mercredi 23 février 2011. Rédigé par : Miki Okubo

Mohamed Bourouissa, photographe diplômé à l’université Paris 1 et à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, travaille sur le sujet de la vision surveillée dans la société d’aujourd’hui et la dimension intime par rapport à l’idée de la liberté et la contrainte.
À travers certaines de ses œuvres, il argume significativement un statut du portable dans la société de la surveillance. Le portable joue un rôle parfois pour nous donner la liberté qui nous donne une opportunité grâce à sa mobilité et à la fois, il fonctionne pour nous priver de toutes les géolocalisations, autrement dit, quand nous avons notre propre portable, nous avons plus de chance pour avoir des communications sans cesse avec d’autres personnes, à la fois, nous nous exposons toujours au monde par la localisation, dans ce cas, on peut dire que nous sommes parfaitement surveillés en compensation de cette liberté superficielle.

Le style typique chez Mohamed Bourouissa comme les photographies et les vidéos prises dans la situation de hasard ou bien parfois dans la mise en scène par l’artiste nous fait penser à la limite entre le documentaire et la création artistique. En effet, c’est aussi une attitude commune chez les artistes contemporains qu’ils cherchent quelque mélange et ambigüité entre la fiction et le réel. Je m’intéresse particulièrement à sa façon de traiter les regards des hommes, à la manière de la représentation de leur corps. Pour les spectateurs, il n’est pas toujours clair si cela est réalisé par la mise en scène. Cependant on va comprendre que cela n’est pas finalement essentiel. Grâce à touts les moyens, en conséquence, il réussit à décrire nettement la situation réelle plus que le réel. Il pose intensément la question sur la dimension intime et sur le corps individuel dans la vie sociale. Nous ne pouvons pas du tout conclure l’analyse du problématique que cet artiste provoque par la futile sociologie. Il faudra entrer dans l’image profondément au-delà de sa surface…

Miki Okubo

Mohamed Bourouissa. Temps mort, Légende.

Article publié le : lundi 31 janvier 2011. Rédigé par : Su Min Bhin

De nos jours, l’art contomporain s’exprime de manières très variées et nous ouvre les yeux sur la réalité. Dans le film Temps mort réalisé en 2009 (dv couleur, 18 mn, production Le Fresnoy / Galerie Les Filles du Calvaire) (1), Mohamed  Bourouissa traite un sujet de l’histoire personnelle de son ami, lors de sa période en prison. L’artiste lui demande d’enregistrer d’un point de vue documentaire pendant quelque mois sa vie quotidienne en prison avec son téléphone portable. Lorsque Mohamed Bourouissa reçoit ses images, il réalise des dessins et élabore un scénario et une mise en scène à son film que son ami tournera selon ses propres indications. En suivant ce processus de réalisation, il affirme sa place d’auteur. Présentée comme une pièce photographique, il insiste ici sur le pouvoir de l’image, extraite d’une histoire personnelle. Comment le spectateur va-t-il recevoir le réalisme et le caractère politique de l’image?

Cette idée de dévoiler le réel privé d’un individu à des gens extérieurs à cet environnement m’évoque le travail de l’artiste Nikki S. Lee qui intègre et se fond dans un groupe social en revêtant leur même costume et en adaptant leurs mœurs. Elle essaie ainsi de retrouver sa place et son identité dans sa relation et sa confrontation aux autres. (2)


Nikki S. Lee, The Hip Hop Project, 2001, c-print on aluminium.
Courtesy: Leslie Tonkonow Artworks and Projects, New York.


The Seniors Project.

Sites Internet:

(1) http://www.arpla.fr/odnm/?page_id=9198 (consulté le 30 janvier 2011)
(2) http://www.saatchi-gallery.co.uk/blogon/art_news/last_chance_nikki_s_lee_at_gak_aktuelle_kunst_ev_bremen/3742 (consulté le 30 janvier 2011)
(3) http://iwanttowearit.blogspot.com/2009_11_01_archive.html (consulté le 30 janvier 2011)

Su Min Bhin

Scénariste

Article publié le : lundi 31 janvier 2011. Rédigé par : Aslam Bunnoo

Né en 1978, à Blida, en Algérie, Mohamed Bourouissa est un photographe et vidéaste. En 2004, il obtient son DEA en Arts plastiques à l’Université de Paris I – Sorbonne. Il est également diplômé de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, et s’est spécialisé en photographie. Souvent il est sollicité à participer à des expositions collectives, notamment au Festival de photographie de Lanzhou (Chine) en 2006. Il est lauréat du Prix Voies Off 2007, Arles.
Pour réaliser ses œuvres, il s’inspire beaucoup des peintres comme Le Caravage, Delacroix, Géricault, qu’il affectionne particulièrement. Il s’intéresse intensément aux éléments comme la lumière, les regards, portés, réfléchis, et aux mises en scènes. Il essaye de nous démontrer les sentiments, les émotions et les tensions dans ses travaux. Durant la conférence, il nous a présenté ses travaux en deux périodes différentes. La banlieue et ses habitants constituent la première partie. Là, on découvre un monde assez scénarisé. Il démontre les tensions entre les personnages. Ayant pour thème la banlieue, ses photographies ont une base sociale mais il les revendique d’ordre plastique.
Temps mort
est une vidéo pas comme les autres. Elle se compose de deux types de vidéo, l’un d’une personne dans un prison et l’autre à l’extérieur. Il y a des contraintes visuelles mais le message est clair et direct. On voit des messages sur les téléphones portables des deux acteurs. Finalement on n’arrive plus à distinguer qui est qui car les images se mélangent. Il nous décrit le milieu carcéral avec une sorte de poésie visuelle. Mohammed Bourouissa s’est inspiré du cinéma muet pour réaliser cette œuvre. Il dit avoir fait peu de dessins préalables et être passé directement à la réalisation.
Légende
est un travail qu’on peut qualifier de documentaire. Présenté pendant l’exposition Dynasty au Palais de Tokyo en 2010, cette vidéo nous expose la violence économique. Réalisé avec des caméras cachés sur des vendeurs de cigarettes à la sauvette à la station de métro Barbès, Mohammed Bourouissa essaye de nous décrire le milieu d’un commerce illégal. Il scénarise une bonne partie de la vidéo.

Aslam Bunnoo