-- Observatoire des nouveaux médias » 36e conférence

Du dépassement des formes usuelles

Article publié le : mardi 21 juin 2011. Rédigé par : Déborah Jean

D’aucuns pourraient reprocher à Etienne Mineur le peu d’intérêt qu’il accorde au contenu même de ses productions, s’intéressant davantage à l’invention de nouvelles formes qu’à leur fond. En effet, il nous a même présenté un prototype, Labyrinthe, qui est une «forme» vide, un concept de livre dépliable à la navigation originale mais encore dépourvue de contenu, invitant toute personne ayant une idée de remplissage à se manifester. Ces créations seraient-elles donc dépourvues de réflexion sur le fond, de simples coquilles prêtes à mettre en valeur n’importe quel contenu?
Il me semble que sa démarche est plus profonde que cela. L’ensemble de ses recherches formelles —que ce soit dans le domaine du site web, du livre ou du jeu— est mû par une même volonté: celle de s’affranchir des formes prédéfinies en reliant entre eux des usages et des technologies jusqu’ici restreints à des schémas habituels. C’est d’ailleurs un des premiers exemples qui nous fut présenté: se disant agacé par les codes des usages du web qui ont imposé le clic «roi» pour la navigation, Etienne Mineur s’en débarrasse, tout simplement (par exemple pour le site du couturier Issey Miyake), et propose d’autres formes d’interactivité; un autre usage du support web dont le design tend généralement à l’uniformisation. De même, il présente des solutions —probablement inspirées par son expérience d’internet— pour échapper aux contraintes du livre, comme sa linéarité dans la succession de pages (à comparer avec la lecture multiple dans The Night of the Living Dead Pixels), ou son imperméabilité vis-à-vis du lecteur et de son environnement (à comparer avec Le livre qui voulait être un jeu vidéo ou Duckette, livres «intelligents»)… C’est cela, finalement, l’inventivité: dépasser ce dont on a l’habitude, aller au-delà des formes connues.
En tentant de se défaire de ces formats imposés, le créateur provoque finalement une réflexion sur notre société, nos habitudes culturelles, nous invitant à prendre de la distance par rapport à des normes tellement ancrées dans nos habitudes qu’elles nous paraissent naturelles et évidentes. Il nous met en éveil. Comme quoi il n’y a pas que le contenu qui peut nous faire réfléchir, une forme seule peut aussi être porteuse de sens…
Pour la plupart des productions des éditions volumiques, on pourrait se hasarder à parler de «forme-concept»: peu importe le contenu des livres, c’est leur conception même qui est signifiante. Par exemple, ne peut-on pas voir dans le livre qui se noircit à la lecture une forme de vanité contemporaine? Comme si, en disparaissant, le texte nous ramenait à notre condition d’éphémères, à l’heure de la dématérialisation qui «pérennise» les choses…

Déborah Jean

Etienne Mineur, le potentiel de l’interactivité ludique

Article publié le : dimanche 12 juin 2011. Rédigé par : Hui Li

En répondant au besoin de la consommation des mass média grâce aux technologies de pointe, les recherches sur les nouvelles formes de lecture s’élaborent en une explosion de créations variées. De nombreuses recherches se développent pour les jeux interactifs. Plusieurs projets expérimentés par Etienne Mineur, cofondateur et directeur artistique de l’atelier de création Incandescence en 2000 et des Editions volumiques en 2009, illustrent le potentiel actuel de recherche des nouvelles formes numériques.

 

Etienne Mineur, (i)Pirates, premiers tests des règles

(i)Pirates, Etienne Mineur

Avec son projet (i) Pirates, Etienne Mineur développe un jeu d’aventure sur plateau, utilisant le téléphone comme un pion interactif que l’on déplace sur une carte que l’on déplie, composée de différentes cases illustrées de motifs décrivant un océan. Les illustrations de la carte sont bien des images fixes. Cependant, lorsque nous déposons notre téléphone sur une case, grâce à une application spécifique, des animations apparaissent sur l’écran du téléphone. Le jeu est activé. Nous pouvons alors déplacer librement le téléphone sur la carte pour jouer. Notre téléphone portable est en fait considéré comme un vaisseau voguant sur les océans, la technologie lui permettant de mémoriser ses exploits passés. Ce jeu peut se jouer seul, en groupe ou bien en ligne.

Les recherches fondamentales d’Etienne Mineur nous font découvrir les nouvelles technologies appliquées au téléphone portable intelligent. Il nous dévoile notamment une nouvelle réflexion sur l’avenir des nouvelles formes de lecture. L’association de la technologie et du jeu donne une grande impulsion à la recherche du livre numérique ludique et éducatif. L’interactivité proposée par l’écran offre en fait plus de possibilités de développement dans les créations de livres pour enfants. Tel le livre en 3D sur papier qui a connu un véritable succès dans la production de livres pour enfants avec son aspect ludique, les nouvelles formes de lecture proposent également des possibilités d’explorations interactives, ludiques et éducatives.

Hui Li

Étienne Mineur, graphiste-prestidigitateur

Article publié le : samedi 4 juin 2011. Rédigé par : Tatiana Ivchenkova

Le style minimaliste des Éditions volumiques ou du site d’Issey Miyake  est le rideau modeste, derrière lequel une vraie représentation s’enclenche. L’illusionniste (Étienne Mineur) se montre et commence à tirer de son chapeau haut ses merveilleux lapins: des livres intelligents, qui jouent avec leurs lecteurs, qui se transforment en vingt minutes en tas de feuilles noires, complètement inutiles (si tu ne réussis pas à terminer le livre – c’est ta faute, tu étais prévenu!) ou qui savent tourner leurs pages tous seuls, des silhouettes-fantômes qui se muent soudainement en images ordinaires de mannequins défilant et ensuite disparaissent pour toujours en laissant une grande page blanche, des cartes fantastiques, «crachant» l’encre numérique en se battant  le blanc contre le noir, un canard agité, qui se déplace sur le papier comme s’il était l’écran d’un ordinateur, un livre-labyrinthe, etc.

Rien dans les mains, rien dans les poches – c’est le propre des prestidigitateurs. Le graphiste avoue que ses idées viennent de ses mains et pas de son cerveau… «En manipulant, en jouant on commence à avoir des idées », dit-il.  Enfin des choses parfaitement frappantes naissent et en outre pas toutes trop complexes techniquement, il y a des œuvres toutes simples comme Voyage dans la lune et histoire comique des états et empires du soleil, de Cyrano de Bergerac –  le livre qui disparaît, en papier fax thermique, une résistance est insérée dans la reliure et à partir du moment où on l’ouvre, le papier chauffant doucement brûle et noircit, donc le texte disparaît, Labyrinthe, le livre interactif à lecture multiple fait sur un système de pliage ou The Meeting Zombies, le livre en 3D, en volume, une bande dessinée à une seule case mais en profondeur, édité sur plexiglas. De l’autre côté, de tels travaux comme Pirates la carte devient magique et des événements supplémentaires apparaissent sur l’écran du téléphone qui fonctionne comme une loupe, ou ces cartes à jouer, où l’image sur la carte est continuée dynamiquement sur l’écran (les techniques multitouch sont utilisées), ou le site d’Issey Miyake sont très difficiles à réaliser et  exigent un certain niveau des connaissances étendues de technologies numériques.

Presque toutes les œuvres, qui ont été présentées pendant la conférence, sont construites sur l’effet d’apparition-disparition, ce qui encore une fois accole Étienne Mineur avec les magiciens… Mais lui, il est prestidigitateur contemporain utilisant les nouvelles technologies et les réunissant savamment avec des matériaux traditionnels: papier, carton, plexiglas, et souvent transplantant  de nouvelles choses sur un support classique (Duckette, livre magique sur le modèle des jeux électroniques de poche Nintendo Game & Watch). «On s’amuse», dit-il en parlant de son travail et souhaitons qu’il y ait des graphistes qui s’amusent comme Étienne Mineur,  et nous offrent des objets vraiment insolites et frappants.

Tatiana Ivchenkova

Étienne Mineur, designer d’une magie technologique.

Article publié le : vendredi 27 mai 2011. Rédigé par : Aurélie Foix

Étienne Mineur nous présente ses six mois de travaux. Ses recherches portent sur l’idée de transposer tout un savoir et un mode d’utilisation des jeux vidéo, du design d’interactivité et des nouvelles utilisations d’interfaces vers un support tangible qu’est le livre.
Cette idée plutôt farfelue était déjà présente dans ses réalisations pour le site Internet du couturier Japonais Issey Miyake avec lequel il a collaboré durant huit ans. L’une de ses interfaces web comportait des silhouettes créées à partir de caractères alpha numériques. L’animation uniquement faite de typographies ne pouvait être vue qu’une fois sur un même ordinateur, afin de marquer les temps forts que sont le début et la fin d’une œuvre. Cette importance des lettres n’est pas sans rappeler l’univers du livre. De plus, le livre grâce à son format et son usage, se doit d’être ouvert pour commencer l’histoire et refermé lorsqu’on la termine. Même si l’histoire perdure et se développe dans l’imaginaire, l’expérience de la lecture reste unique. Une relecture ne suscitera plus les mêmes émotions, les mêmes attitudes et de ce fait la première expérience prend donc une valeur émotionnelle. Un peu similaire au phénomène de la madeleine de Proust. Au travers de cette collaboration avec la maison Issey Miyake, l’on ressent déjà germer les bases de ses recherches futures.
Il dénote ensuite une envie de retour au médium papier. Étienne Mineur souhaite réaliser un livre qui tel un jeu vidéo, par une chronologie combinatoire est capable de savoir à quelle page l’utilisateur se trouve. Ce projet s’intitule «le livre qui voulait être un jeu vidéo». Techniquement, il utilise des petites cartes programmables qu’il insère dans le livre, elles ont pour objectif de définir des suites d’actions et réactions qui conditionneront l’utilisation du joueur/lecteur. Les rôles semblent inversés. Ce n’est plus l’utilisateur qui décide de son interaction avec l’objet, mais le livre voulant être un jeu, joue avec l’utilisateur. Serait-ce un livre intelligent? (Quoique, les livres ne sont pas des objets communément associés à la bêtise…)
Ne pourrait-on pas créer des livres possédant des capteurs capables de déceler notre état émotionnel de façon à ce qu’ils nous dirigent vers la fin de l’histoire la plus propice à nous apporter un bien-être? Ou plus radicalement, un livre sans fin qui nous promènerait dans des dédales de pages, comme dans un labyrinthe. Quelles conséquences sur la définition même du livre engendreraient les modifications d’interactions objet/utilisateur? Et plus globalement quel est le futur du livre?

Les réalisations d’Étienne Mineur questionnent notre rapport au temps. Elles sont ludiques, poétiques et nous amènent à porter une réflexion sur des objets usuels, l’utilisation que l’on en fait et leur potentiel développement dans le futur. Son travail de mise en relation entre support papier et informations/interfaces numériques n’est pas moralisateur ou empreint d’une nostalgie, au contraire. Étienne Mineur pousse les limites d’un support traditionnel vers des problématiques et enjeux du futur tout en préservant une part de concret et de tangible, ce qui permet de préserver un éventuel rapport émotionnel somme toute important. Ainsi le nouvel objet technologique n’est pas dépourvu de l’essence du prototype.

Aurélie Foix

(dé)jouer le livre

Article publié le : lundi 2 mai 2011. Rédigé par : Lavinia Raican

Ceux qui ont assisté à la conférence du 17 Novembre 2010, n’ont pas pu rester indifférents aux travail très riche d’Étienne Mineur artiste et chercheur dans le domaine du multimédia. Sa vaste œuvre web multimédia et numérique culmine avec les expérimentations faites au sein des éditions volumiques, de nombreux travaux concernant les livres interactifs, les livres augmentés et les jeux hybrides tangible/digital.
Cette nouvelle technologie Lily Pad Arduino permet de créer des livres interactifs, et personnalisables. C’est un système des cartes programmables qui sont utilisées dans un grand nombre des projets de création, cousues sur les vêtements, attachés au corps. Dans ce cas, Arduino est intégré dans les livres, il réagit aux différents stimuli, peut calculer le temps, le nombre des pages et même le niveau d’alcoolémie.

Cette démarche rappelle de celle de Lalya Gaye, à ceux qui ont eu l’occasion de la voir dans le cadre des conférences « Mobilisable ». http://www.mobilisable.net/2008/?page_id=5.  Elle a fait une présentation des artistes qui utilisent des capteurs dans leur pratique. Lalya Gaye est enseignante chercheur en Suède et s’intéresse de plus près à tout ce qui touche aux technologies des capteurs programmables.
En 2008 nous avions eu l’occasion de participer à un workshop organisé par Lalya Gaye, qui nous a présenté le fonctionnement des cartes programmables de Lily Pad Arduino. Ceci dit, il faut avoir des bases en programmation pour les utiliser.

Lavinia Raican

Étienne Mineur. Nouvelle technologie revalorisée par le papier.

Article publié le : samedi 30 avril 2011. Rédigé par : Miao He

Etienne Mineur est designer, artiste, programmeur. Créateur d’Incandescence, il a présenté des archives de projets expérimentaux pour Issey Miyake qui jouaient avec différents types d’interaction utilisateur et une forme d’expérience audio et visuelle. Il combine les jeux d’échecs nostalgiques aux jeux de plateau —un jeu de société contemporain— avec la page imprimée et la technologie à écran tactile. Il a un fils de six ans qui aime les jeux vidéo et les livres. La solution  idéale pour allier la beauté de papier avec l’évolution de la technologie est pour lui le livre interactif. Étienne Mineur propose une nouvelle approche du papier.
«Le livre serait un jeu avec vidéo», c’est un livre avec des capteurs Arduino. Le livre émet des musiques quand vous arrivez à la page du jeu et vous devez rejouer en tournant les pages de couleurs associées. Il peut jouer des jeux tout à fait simples. Comme taper sur une page pour faire apparaître un message, à travers les encres thermosensibles qui réagissent à la chaleur des mains. Un autre double page vous permet de jouer à Pong. Le livre serait un jeu vidéo.Etienne Mineur est passé par toutes les étapes des médias numériques et revient aujourd’hui aux supports tangibles interactifs avec les Editions volumiques. Jeu vidéo sur papier, livre pliable à lecture multiple + Iphone + QR codes. Etc. Dans ses travaux, il prolonge la fonction de papier, les nouvelles technologies sont revalorisées par le papier.

Miao He

Interface ouverte

Article publié le : vendredi 1 avril 2011. Rédigé par : Hye-jin Shin

En informatique, le mot interface nous fait penser normalement à un clavier, à  une souris ou à un écran tactile. Mais de nos jours des laboratoires de recherche expérimentent dans le monde entier toutes sortes d’interface, cherchant par exemple à ce que les ordinateurs détectent les mouvements, comprennent la parole. Pour les développeurs, ces avancées peuvent permettre de faire sortir l’ordinateur des bureaux afin de l’intégrer plus étroitement aux autres domaines de la vie quotidienne.
Une interface homme-machine permet d’échanger des informations entre l’utilisateur humain et la machine. Pour que cette communication soit la plus simple à faire et à réaliser, on utilise différents éléments. Etienne Mineur essaie de trouver des choses innovantes en utilisant  différents supports, des systèmes d’interaction entre la machine et l’être humain plus ou moins  « sympathiques ». Il continue de concevoir des systèmes interactifs originaux de façon novatrice. Il cherche à réhumaniser la machine.

Pendant cette conférence, Etienne Mineur a mentionné plusieurs fois la carte Arduino qui est principalement utilisée pour ses travaux interactifs. Le système Arduino est un outil pour développer des objets interactifs, pouvant recevoir des entrées d’une grande variété d’interrupteurs ou de capteurs, et pouvant contrôler une grande variété de lumières, moteurs ou toutes autres sorties matérielles. Les projets Arduino peuvent être autonomes, ou bien peuvent être connectés à un ordinateur pour communiquer avec ses logiciels (ex : Macromedia Flash, Processing, Max/MSP, Pure Data, SuperCollider). Il est principalement destiné aux artistes, designers, amateurs, et tous ceux qui s’intéressent à la création d’objets et d’environnements interactifs. Il existe plusieurs versions de cartes Arduino.

Les Arduinos

Les modules Arduino LilyPad  (avec image en haut à droite) sont des plates-formes de prototypage micro-contrôlées, open-source spécialement conçues pour la réalisation à titre expérimental de vêtements «intelligents» interactifs. Développés par Leah Buechley et conçus en collaboration avec Leah et SparkFun, ces derniers sont tout indiqués pour la réalisation de vêtements de scènes, de magiciens, ou bénéficiant d’effets spéciaux pour le cinéma, etc.

La carte Arduino est un produit peu coûteux, de qualité, avec une multitude d’application « open source » déjà réalisées. Vous trouverez sur le site d’Arduino, tous les schémas, les exemples, le forum…

http://arduino.cc

Etienne Mineur / délocalisation / dé-symbolisation

Article publié le : dimanche 20 mars 2011. Rédigé par : Yann Aucompte

Étienne Mineur est un acteur incontournable du design interactif de ces dernières années, connu pour ces expérimentations à contre-courant de la tendance du tout dé-matérialisé, il impose une vision hylétique (matérialiste) des technologies numériques.

Il emploie principalement des technologies de contacts (surface tactile, détecteur de pression), et des techniques permettant de modifier visuellement les supports (encre, écran de iphone). Ce qui me permet d’utiliser l’appareillage que j’ai emprunté à Florent Aziosmannof, c’est-à-dire de penser le travail de  Etienne Mineur via les notions de présence (moteur de perception), de comportement (moteur de comportement), de génération (expression). Vous pouvez voir l’ensemble de l’appareillage ici > nouvel appareillage critique (sur mon blog numer ars crisis).

Etienne Mineur utilise des technologies qui permettent de détecter la présence de l’usager. C’est la diversité des moyens de détection de présences qui est intéressante. Elles captent les interactions par différentes utilisations de phénomènes physiques, principalement par la détection de pression, et par la localisation spatiale (accéléromètre, boussole).

Les comportements de ces œuvres sont basés sur des supports réagissant à la température, ou par des scripts gérés via arduino.

La génération des formes se fait par réaction chimique ou par programmation de réaction des images à la position des périphériques de perception (présence) dans l’espace.

Étienne Mineur est designer, aussi son travail s’inscrit davantage dans une optique de recherche technico-symbolique en but d’industrialisation. Il s’agit donc d’Arts Appliqués. Il propose une réelle dé-symbolisation des techniques, puisqu’il retourne à une forme archétypale de fonctions qui sont aujourd’hui présentes sous d’autres formes réputées plus modernes.

N’est-ce pas un effet de ce que Nicolas Bourriaud appelle la loi de délocalisation? C’est-à-dire un travail artistique sur des techniques émergentes, mais en les thématisant sans les utiliser comme supports (ex : les Impressionnistes et la photographie).

Mais Etienne Mineur procède sciemment à une approche de «régression» (faut-il être positiviste pour le voir comme cela) vers une technique antérieure alors qu’il pratique les techniques les plus récentes. Un retour en arrière dans un souci de travailler la dimension magique des objets. Une part inquiétante de cette recherche est qu’elle s’appuie sur la puissance de sidération des techniques dé-symbolisées. Une technique qui n’est pas adoptée possède un pouvoir de captation de l’attention, un pouvoir sidérant qui cache les phénomènes physiques à l’œuvre. La technique disparaît sous les mythèmes technologiques ne laissant plus voir la vraie dimension poétique de la technique, voir même poïétique de la technique.

Etienne Mineur semble conscient de travailler sur des objets transitionnels (cf. Winnicott), qui sont les supports par lesquels le sentir humain déplace son narcissisme primaire sur des objets techniques, en faisant ainsi les moyens par lesquels ils projettent leur désir et leur imaginaire. En l’état, les bricolages, fils apparents et systèmes rafistolés d’Étienne Mineur sont d’une poésie incomparable. Les prototypes faits de peu de choses ont cet aspect bricolé qui sont la réalisation d’un sentir en acte qui laisse des traces comme dirait Bernard Stiegler. C’est bien une projection poïétique, une manière de montrer que l’Existence consiste en Technique, c’est-à-dire que l’homme projette son sentir en techniques, et que son sentir est technique.

Yann Aucompte

Philip K. Dick-UBIK

Article publié le : mardi 15 mars 2011. Rédigé par : Cindy Theodore

Né en 1928, Philip K.Dick est un auteur de science-fiction très connu. J’ai décidé de parler de son ouvrage, UBIK, en lien avec la conférence d’Etienne Mineur, parce qu’il me semble que nous pouvons faire des rapprochements. Le lecteur est plongé dans le roman dès le début. Un peu perdue au départ avec des termes inconnus : neutraliseurs, preco, etc, je finis par m’y familiariser.
Des endroits «étranges» permettent aux êtres vivants de discuter avec leurs morts ayant encore des semi-vies. On apprend que leurs organes sont artificiels. Le temps est troublant: les machines à café des particuliers sont payantes, tout comme le fait d’ouvrir une porte.
Le lecteur est pris dans une aventure captivante: Runciter part avec des collaborateurs en mission sur la Lune. Mais, une bombe le tue. Ses partenaires, dirigés par Joe Chip le placent au moratorium une fois de retour sur Terre. Une suite de péripéties les occupent et les déciment aussi. Pourquoi? Que se passe-t-il?
Joe Chip présente une jeune femme, Pat, quelque temps plutôt à Runciter. Nous constatons que les machines ont pris le dessus, elles sont partout, rien n’est naturel. Joe Chip tente de rejoindre le groupe qui est parti pour les funérailles de Runciter. Des événements étonnants se produisent et le laissent perplexe: le temps semble reculer. Tout se détériore, les machines si avancées technologiquement sont réduites en vieux débris inutilisables, les cigarettes s’émiettent, le lait a tourné. Le point positif c’est que nous n’avons plus besoin de payer pour les utiliser! Ils sont passés des années 1992 à 1930.
Une fois arrivé aux obsèques, Joe retrouve le groupe. Runciter tente de rentrer en contact avec lui. Mais n’est-il pas mort lors de l’explosion?
Il finit par découvrir que G.G.Hashwood était derrière tout ça. Joe et Runciter se voient dans la chambre d’hôtel de Joe: il doit utiliser UBIK pour ne pas mourir et disparaître comme les autres. La fin semble proche, mais voilà que Jory fait son apparition…

Cindy Théodore

Étienne Mineur, créateur-inventeur pour de nouvelles formes de lecture

Article publié le : mercredi 23 février 2011. Rédigé par : Miki Okubo

Étienne Mineur, artiste, travaille passionnément sur le sujet de «la nouvelle forme de lecture» qui nous intéresse beaucoup aujourd’hui. Il a fait le design pour la marque de vêtement, Issy Miyaké de Paris et de Tokyo, il a créé un nouveau style de catalogue, en tant que publicité de sa collection en 2007 qui est en forme d’étoile en papier. Il a également fait d’autres collaborations. Puis il nous présente une autre publicité est fait en style de typo qui se compose en jolie image. Les signes composent des formes de mannequin.  Dans cette image, il y a de petites flèches qui indiquent des images suivantes. Cette idée est vraiment systématique et intéressante conceptuellement et esthétiquement.

En ce qui concerne les éditions volumiques, en utilisant l’iPhone, l’iPad, l’artiste change radicalement nos idées mêmes pour la relation entre les nouveaux dispositifs comme iPhone et les jeux en papier. En effet, ça me rappelle particulièrement un jeu qui s’appelle Sugoroku comme le trictrac occidental. C’est un jeu originellement en papier. Cependant chez Étienne Mineur, grâce au mariage avec les dispositifs numériques,  il a trouvé un nouveau chemin: «Le livre qui voulait être un jeu vidéo», ce concept chez lui nous intéresse beaucoup.

Il continue à nous proposer la nouvelle façon de lire un livre. Dans ses certains jeux et livres, ce n’est pas nous qui sommes capable de contrôler toutes les opérations, ce n’est pas nous qui décidons le moment où tourner la page. Dans le Livre commande par exemple, on est obligé d’avancer et de le lire selon des indications selon le rythme fixé par le système lui-même.

Ou encore, dans le Livre disparaissant et disparu, quand on le lit, on aura des parties d’encre noire qui change de couleur selon la température dans ce livre, donc après quelque minutes, on ne pourra plus le lire. Je trouve que ce concept est vraiment signifiant et intéressant par rapport à la situation d’information et au statut du texte aujourd’hui.  En fait, de nos jours, on considère souvent l’information numérique comme une chose qui ne disparaitra jamais. Mais bien sûr ce n’est pas vrai. C’est-à-dire, par rapport aux objets physiques, on a l’impression que l’information numérique est une donne éternelle et on est parfois paresseux pour regarder les sites, les messages, et répondre aux mails, puisque l’on pense qu’on pourra les lire le lendemain !  Dans cette idée, l’artiste nous indique, ce n’est pas toujours possible. Ce type de message est métaphorique pour l’importance essentielle de réflexion sur la valeur d’information d’aujourd’hui.

Enfin, il nous indique une proposition signifiante: «Comment introduire les usages et l’expérience de l’utilisateur des médias numériques dans le livre papier afin de l’actualiser, étendre son champ et engager le lecteur d’une nouvelle manière? Il ne s’agit plus d’opposer le livre numérique au livre papier…», La sentence qu’il a déclaré dans son site m’a surprise car dès maintenant on arrête de considérer  sur la comparaison infinie et la distinction illimitée entre le livre numérique et en papier.

J’ai remarqué spécialement dans ses œuvres le comportement «tourner la page» car ce comportement est exactement la clé pour sa création. Sa création propose une nouvelle forme de lecture, c’est-à-dire le livre numérique qui ne nous fait pas tourner la page physiquement. Cependant paradoxalement il insiste sur ce mouvement. Comme on l’a constaté, il cherche sa propre position à la frontière entre le livre analogique et le livre numérique, à travers cela, cet artiste nous ouvrira de nouveaux horizons pour une forme de lecture.

Miki Okubo