Toponymie au féminin

Introduction

Petite, je croisais souvent à São Paulo un petit immeuble rose dans le croisement de la Rua Purpurina (Rue Paillettes) et la Rua Harmonie (Rue Harmonie) en me disant que les habitants de cet immeuble avaient vraiment de la chance. Un autre exemple: La Rue du Chat Qui Pêche dans le 5è et la Rue des Mauvais Garçons dans 4è n’ont pas plus de 10 mètres chacune mais leurs plaques émaillées sont vendues en miniature en tant que souvenir de Paris. Il y a parfois de la poésie dans la toponymie.

Au Brésil, la plupart des noms sont soit indigènes en tupi-guarani soit de saints et saintes catholiques portugais. Ce mélange est révélateur du passé colonial qui a fondé l’histoire du pays. La toponymie est révélatrice la mémoire d’un lieu, de sa culture et son histoire. Elle a une influence sur la relation que nous avons avec l’espace public.


Toponymie au féminin

A Paris, parmi les 6290 voies nommés moins de 200 portent des noms de femmes. Parmi celles-ci beaucoup sont des noms d’anciennes propriétaires du terrain, ainsi qu’épouses et filles de personnages célèbres. Les lieux baptisés pour honorer une femme remarquable sont donc extrêmement rares. Selon Catherine Vieu-Charier, adjointe au maire Bertrand Delanoé chargée de la mémoire “Il y a actuellement un déséquilibre abyssal en faveur des hommes, qui remonte au XIXe siècle. A cette époque, on a baptisé massivement, mais les femmes n’avaient aucune place dans la sphère publique”. Pour Anne Hidalgo, 1ère adjointe au maire Bertrand Delanoë chargée de l’urbanisme et de l’architecture, cette visibilité est symbolique mais nécessaire: « Quand nous créons des rues, nous pensons immédiatement à les baptiser de noms de femmes, car nous avons beaucoup de retard quant à la parité, dans ce domaine également.

J’ai décidé donc de travailler autour de cette visibilité réduite des femmes dans les rues de Paris, développer un projet pour renforcer leur présence. L’idée de réaliser des portraits m’est venue naturellement. Je voulais que l’impact soit immédiat et l’image parle plus que les paroles à un passant. J’ai donc décidé de réaliser des portraits et leur nom propre pour qu’elles soient identifiables à ceux qui ne sont pas familiarisés avec leur image. Le seul impératif était que le travail soit réalisé sous la plaque qui identifie le lieu, pour que le lien entre les deux soit immédiat.


Préparation

Le médium que j’avais choisi était l’affiche. L’idée étant de réaliser qu’une intervention par lieu, je ne n’aurai pas eu à le reproduire et j’aurais eu le temps de bien soigner la partie graphique. Ce choix était contesté en cours, par Mme. Ruiz, qui m’a poussé a réfléchir sur la motivation derrière ce choix. Il m’était évident que l’affiche permettait un travail graphique plus détaillé, qui s’approche au maximum du travail que j’ai réalisé dans un contexte académique mais inconsciemment il s’agissait d’avantage de peur: La peur de réaliser un travail illégal sur les murs policés d’une ville qui ne m’appartient pas. J’ai donc opté par le pochoir, une technique jusque là inédite pour moi, qui me permettrait une pose en vitesse, vu que le temps est une contrainte considérable lorsqu’on travaille dans la rue.

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Mon projet de master a pour sujet “Street Art et Activisme”. Lors d’une réunion avec Mme. Preston, ma directrice, je lui ai parlé du travail que j’étais en train de réaliser pour ce cours. Elle m’a donc interrogé sur le choix de mettre en avant des portraits plutôt que quelque chose plus représentative du travail réalisé par ses femmes. Je me suis donc rendue compte que j’étais tombée!!!!!!!! sur le piège majeur de ma problématique: comprendre comment il est possible de concilier création et activisme politique sans délaisser l’une ou l’autre de ces sphères.

N’ayant pas le temps de repenser complètement mon approche (j’étais contente de mes pochoirs), j’ai décidé donc de ajouter au portrait une bulle pour donner parole à ces femmes. J’ai essayé de réaliser les bulles en pochoir mais je n’étais pas satisfaite du résultat. J’ai opté donc de retourner à mon idée de départ, l’affiche. Ajouté au prénon en graff, le rendu était désormais multimédia tout en gardant une unité nécéssaire pour la lisibilité de mon intention.

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Réalisation

J’ai réalisé trois interventions le weekend du 30 Novembre: Place Olympe de Gouges, Passerelle Simone de Beauvoir et Rue Marguerite Duras. Deux copines m’ont accompagné, jouant le rôle de vigile et photographe à tour de rôle.

 

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Résultat

Olympe de Gouges
Place Olympe de Gouges, 3è arrondissement.
A deux pas de la majestueuse Place de la République, le croisement entre les rues Turenne, Béranger et Charlot abrite le petit terre-plein pavé qu’est la Place Olympe de Gouges, aucun numéro porte son nom.

« Homme, es-tu capable d’être juste? C’est une femme qui vous pose la question. »

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Simone de Beauvoir

Passerelle Simone de Beauvoir, 12è arrondissement
Seul pont parisien portant un nom de femme, la passerelle piéton relie l’esplanade de la Bibliothèque François-Mitterand et le Jardin de Bercy.

« Se vouloir libre c’est aussi vouloir les autres libres. »

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Marguerite Duras

Rue Marguerite Duras, 13è arrondissement
Cette petite rue est la continuation de la Rue des Frigos, elle contourne l’université Paris Diderot (Paris 7).

« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.

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Pour le weekend du  7 Décembre, j’avais deux interventions prévues: Rue Maria Deraisnes et Place Colette. Malheureusement, je n’ai pas pu faire celle à la Place Colette car même minuit placé, la place était trop mouvementée. Je compte y retourner en semaine.

Maria Deraisnes
Rue Maria Deraisnes, 17è arrondissement.
Cette rue calme dans l’extrème nord du 17è contourne le paisible square des Epinettes dans lequel on trouve le buste de Maria Deraisnes. La fin de la rue abrite le Lycée Professionnel Maria-Deraisnes, sur lequel j’ai posé le pochoir.

« L’inégalité des deux sexes dérrange ce plan harmonique indiqué par la logique et le bon sens »

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Sidonie Gabrielle Colette
Place Colette, 1er arrondissement
La place Colette se trouve entre la Comédie Française et le Louvre. Là se trouve la sortie de la station Louvre-Rivoli dessinée par Othoniel. Je n’ai pas pu poser le pochoir les soirs ou je suis allée, mais j’essaierai encore!

« Faites des bêtises! Mais faites-le avec enthousiasme »

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