Venturing Beyond: Graffiti and the Everyday Utopias of the Street

Filippo Minelli, Mystery is the Only Thing Worth Knowing, 2016. ©Somerset House

 

3 March – 2 May 2016

Terrace Rooms, Somerset House, London

Au coeur de la ville de Londres, à quelques rues des grands Music-halls et théâtres, rejouant soir après soir divers spectacles musicaux à grand succès, se trouve l’une de ses places cachées et secrètes, à la beauté classique et intacte.

Dans un des bâtiments de pierre encerclant cette place se niche la « Somerset House », un espace dédié à la création contemporaine artistique et pluridisciplinaire. La  » Somerset House » travaille en collaboration avec A(by)P [Approved by Pablo], une organisation collaborative. Ensemble, les deux organisations ont produit un vaste programme d’évènements incluant des workshops, des débats, des films, des concerts et performances, mais surtout des expositions principalement axées sur la jeune création.

La dernière exposition en date se nomme « Venture Beyond » [S’aventurer au-delà] et aborde l’univers du Street-Art sur un mode quelque peu particulier. Dix-sept jeunes artistes venant cartier love bracelet d’Europe et des États-Unis sont [re]présentés et prennent le risque d’exposer du Street-Art en galerie; car « Venture Beyond » ne signifie-t-il pas prendre le risque de quelque chose en plus ? Cela peut-être l’essai de physiquement transgresser un espace ou encore le désir de former une nouvelle façon de penser le monde.

 

La frontière entre la définition primaire du Street-Art et ce qui nous est donné à voir ici est poreuse et désinhibée. Ainsi, le « graph » n’est pas/plus le seul à contraindre les artistes de transcender l’architecture et le monde urbain. S’inspirant des Situationnistes et des Nouveaux-réalistes, tout autant que de la culture urbaine du Hip-Hop, l’exposition revendique des ambitions d’expression politique, de subversion artistique et de culture populaire, ce qui constitue d’ailleurs la définition commune du Street-Art.

Qu’est-ce que cette exposition peut donc bien nous proposer de plus, que ce que nous connaissons déjà d’ordinaire du Street-Art ?

La vision de ces artistes engendre de nouvelles façons de penser et d’agir sur le monde, s’aventurant au-delà du système usé de la société par des œuvres subversives dans les codes du Street-Art et qui pourtant contiennent la promesse du possible. L’ensemble de ces artistes réunis autour de l’idée de penser au-delà des choses, du monde et des limites examine alors la possibilité de défier de nouvelles normes esthétiques et sociales.

Dès le début de l’exposition, le spectateur est happé dans une vision subjective de son propre monde par l’œuvre de Petro. Accrochés au mur sur des cintres métalliques, des dizaines de gilets de sécurité jaune et orange fluorescents semblent donner la parole à un corps disparu ou absent. Sur chacun des gilets, des messages tels que « Out of Sight » [Hors de vue] sont inscrits en noir, comme le témoignage et la trace que l’on essaie de taire d’un morceau de vie que l’on porte sur son dos. Bien sûr, ce genre « d’uniforme » peut immédiatement être attribué aux ouvriers de chantier, les façonneurs urbains. L’artiste a-t-il donc collecté les témoignages négatifs de ces hommes pour les retranscrire sur leurs tenues de travail ? Ou, est-ce les représailles et le constat négatif que chacun d’entre nous vit, avec le désir de modifier la ville, ce lieu où nous vivons, nous déplaçons et vivons ? La question peut-être lourde de sens alors que le spectateur est lui-même invité à se vêtir d’un gilet le temps de sa visite.

Le témoignage caché, inscrit sur le dos des choses se révèle également d’une manière invisible, presque secrète dans l’œuvre de Brad Downey. Derrière quelques accrochages de l’exposition, l’artiste a produit et disposé une gamme de motifs et un design spécifique au site, utilisant un objet des plus banals : des bouchons de plastique colorés. Les oeuvres de Brad Downey s’appliquent alors parfaitement à cette définition du « Venturing » et du « Beyond » : elles dépassent les restrictions physiques de la galerie, mais aussi transfigurent un objet utilitaire en un objet esthétique et ainsi provoquent l’imagination du public (1).

Petro, Utopia Security Co., 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’un des formats et l’un des modes de présentation rythmant le mieux cette exposition seraient potentiellement ceux de l’installation, du volume et de la photographie. L’aventure vers l’au-delà a dorénavant une visée perspicace lorsque bracelet replica cartier des artistes tels que le collectif des Frères Ripoulain utilisent la documentation de leurs interventions urbaines comme œuvre, et ce, dans l’intention de se concentrer sur l’aspect performatif ainsi que sur l’importance contextuelle du site dans lequel le travail existe. Par des photographies, par des polaroïds, par des captures de mise en scène, les Frères Ripoulain font du graffiti indirectement, soit de l’art urbain dont il est un caractère spécifique pour qualifier une interaction entre art et réel. Il y a quelques années, j’avais eu le grand plaisir d’interroger Mathieu Tremblin, l’un des frères Ripoulain sur sa pratique. Dans replica cartier love bracelets une de ses réponses, l’artiste a pu me confier que tout seul ou en duo, il s’agit de « collecter et de continuer à documenter toutes ces formes, du bricolage graphique au désaménagement, et dont l’envie est toujours de répondre ou catalyser certaines actions non-signées en déplaçant et reconduisant leur forme pragmatique par défaut pour amener un discours sur la ville ».

L’aspect 3D du graff, donc de son aspect sculptural est quant à lui abordé dans l’œuvre de l’artiste Russel Maurice. Ici, le graffiti, dessiné, découpé dans du tissu et posé à même le sol devient alors pliable et changeable. Mais l’œuvre prend une tout autre dimension lorsque l’on remarque que d’étranges morceaux de personnages de cartoon surgissent également à la verticale du tissu, comme pour essayer de s’extraire de ce monde en 2D et exister dans le monde des humains, dans un monde en volume.

 

L’ « en dehors du cadre » existe également d’une manière plus légère dans les dessins de Huskmitnavn. Mais dans ce travail, ce sont les personnages qui s’aventurent au-delà de la limite, fixée par la feuille blanche et le cadre et, telle une Helena Almeida, les personnages se jouent ici du spectateur et de leur créateur dans une illusion de couleur et de frontière.

Huskmitnavn, Busy Doing Nothing, 2015, Dessin sur papier, © Huskmitnavn

Huskmitnavn, Roll Up, 2015, Dessin et peinture sur papier, © Huskmitnavn

 

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En écho à l’aspect « Comic » de ce dernier, l’artiste Lucas Dillon dessine lui aussi des cases de B.D en noir cartier bracelet unboxing video
et blanc. S’inspirant d’images glanées et trouvées depuis la rue, ainsi que d’allégories de peintures classiques, l’artiste entremêle et combine ces références, laissant un récit se développer à partir d’elles, créant ainsi une atmosphère étrange, décalée et sens dessus dessous.

À l’antipode des différentes œuvres vues jusqu’à présent, l’exposition prend également le parti replica cartier love bracelet pris antinomique de l’essence du Street-Art dans une approche presque classique du tableau et de la peinture. Pourtant, on se rend bien vite compte que les références au milieu urbain et à la ville ne sont pas si loin, comme une volonté de les regarder de plus loin pour pouvoir les voir dans leur ensemble. C’est le cas de l’artiste Mike Ballard et de ses séries de peintures qu’il nomme lui-même les « hiéroglyphes urbains » des sociétés de service public travaillant cartier love necklace sur London Streets. La peinture imite le béton, la tôle et les murs de la ville comme un fragment du « mobilier » urbain avec les traces qu’il porte. Ces marques indiquent la présence d’une matrice souterraine qui entretient et alimente la vie moderne.

Dans le même cas de figure, Antwan Horfée dépeint un monde citadin complètement flou sur une feuille de papier, comme lorsque l’on regarde la ville à travers une fenêtre couverte de buée, un jour de pluie.

Forte de la diversité de ses artistes et de ses supports, l’exposition « Venturing Beyond » propose un regard transgressif, mais seulement sur le mouvement artistique qui vit et transpire de nos villes et de nous-mêmes. Les artistes sont allés au-delà d’un simple déplacement de la rue à la galerie cartier bracelets ; ils ont repensé, transformé et embellit de manière profonde, fantasmatique, subjective, tangible et sensible le quotidien et les habitudes d’un mouvement. Ces jeunes artistes s’aventurent donc dans cet idéal, une utopie où le Street-Art s’émancipe et où « penser signifie s’aventurer au-delà »(2).

 

(1) : Précisons que l’œuvre de Brad Downey est visible une fois par semaine cartier love bracelet pendant fake cartier bracelets
30 minutes, lorsque les autres replica cartier ring pièces sont brièvement déplacées.

(2) : Ernst Bloch, 1959.

 

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