
Le Machinima est une production audiovisuelle qui trouve son origine étymologique dans la réunion de trois mots : « machine », « cinéma » et « animation ». Le principe de réalisation d’un Machinima est de produire un court-métrage à partir d’images issues de jeux vidéo ou d’univers virtuels comme World of Warcraft, Les Sims ou Second Life. Les réalisateurs se servent de l’espace et de la caméra virtuelle comme dans une réalisation classique, ils y font jouer des acteurs, construisent des décors, exécutent des travellings de caméra, le tout s’organise pour donner naissance à des fictions.
Sur Second Life, l’artiste connu sous le nom de Robbie Dingo a réalisé plusieurs Machinimas qui mettent en scène son double virtuel dans des fictions autobiographiques. Sur son Blog My digitale double http://digitaldouble.blogspot.com, il nous invite à visionner l’un de ses Machinimas poétiques qui exprime l’expérience temporelle d’une modélisation de l’espace virtuel.
http://a12.video2.blip.tv/1210000107400/RobbieDingo-WatchTheWorlds851.mov
À travers le Machinima Watch the World http://fr.youtube.com/watch?v=LxVDVggLqsA, Robbie Dingo nous dévoile les possibilités de création et de personnalisation de l’espace de Second Life. Venant rendre hommage à la célèbre toile de Vincent Van Gogh La Nuit étoilée de Saint-Rémy, l’artiste s’adonne à la tache périlleuse de reconstituer l’image d’un tableau en trois dimensions. Pour histoire, le célèbre tableau La nuit étoilé (à Saint-Rémy) a été peint par Vincent Van Gogh en 1889 lorsque celui-ci séjournait à Saint-Rémy-de-Provence où il avait été interné de plein gré à l’asile psychiatrique. Pendant cette période de sa vie, l’artiste y exprime par la puissance de son trait et le traitement des couleurs, l’état psychique proche de la folie qui l’habitait.
Volant de-ci, de-là, nivelant le sol, créant des objets géométriques, donnant naissance à un paysage, nous suivons l’avatar qui élabore dans le temps sur la scène virtuelle une maquette numérique. Utilisant les outils de modélisation mis à la disposition dans le monde virtuel, Robbie Dingo, dans la temporalité de sa démarche, modélise l’espace jusqu’à évoquer la toile du maître.
Ce film d’animation explore le passage d’une perspective bidimensionnelle de l’image à sa transposition dans l’espace virtuel tridimensionnel. Nous remontons le temps, le processus s’inverse, l’image du tableau se libère de sa planéité pour venir s’inscrire dans l’espace virtuel comme le paysage peint que voyait en 1889 Vincent Van Gogh. Ainsi, nous trouvons la possibilité de voyager dans le lieu des formes d’une composition d’un espace pictural.
Robbie Dingo fait ici dialoguer deux espaces de compositions radicalement opposés dans leurs natures. La peinture, d’une part, est un espace de composition plat, solide, régi par le traitement expressif d’un support matériel : le tableau. D’autre part en exploitant la composition de l’espace virtuel, il montre combien celui-ci s’organise dans un rapport physique, fait d’espaces, d’objets géométriques, d’agencements spatiaux sur un territoire pour recréer un univers.
En opérant ce déplacement, l’artiste donne à la composition du paysage de Van Gogh une « second vie », celle d’une dimension autre, temporelle, celle d’un processus de fabrication, mais également spatiale, celle de son inscription physique dans un lieu virtuel, un support tridimensionnel. Il donne naissance à un objet spatial dans l’environnement virtuel, en quelques sortes à un environnement virtuel qui n’était qu’une peinture de paysage onirique.
Malgré le travail réalisé, cette reconstitution tridimensionnelle n’a pas été conservée sur Second Life car le terrain sur lequel avait été reconstruit le village de Saint-Rémy-de-Provence n’appartenait pas à Robbie Dingo. L’artiste a donc dû céder la place à un autre paysage. Entre documentaire et fiction, ce Machinima est la seule trace venant témoigner d’une œuvre en train de se faire, éphémère, maintenant disparue. L’œuvre devient document, l’expérience du temps de l’espace virtuel devient film.
L’environnement virtuel nous montre combien il est un espace flexible, fictionnel mais également fragile, temporaire où peuvent éclore puis disparaître des formes aussi rapidement qu’elles furent inventées. Le support pictural, lui, se fige , capture dans sa matière les formes pour accompagner l’image à travers le temps.
