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Agenda- les trésors cachés du cinéma francais- Jacques Baratier

Article publié le : Vendredi 18 février 2011. Rédigé par : Andra Chitimus

J’ai eu l’occasion récemment de voir quelques films de Jacques Baratier que je connaissais pas avant, et je vous conseille d’aller vite à la cinémathèque pour voir ses films débiles! Voila la description dans la brochure de la cinémathèque et quelques images des films.

Jacques Baratier, l’enchanteur

« Vous avez inauguré un style de film tout à fait original et qui offre de nouvelles perspectives. Nous avons été lents à reconnaître Picasso et Stravinsky, cela pourrait bien être le cas avec votre film La Poupée. » King Vidor
Dialogue entre Bernadette Lafont et André S. Labarthe

A.S.L. : Il est arrivé au cinéma par hasard. Parti sur un coup de tête avec sa boîte de peinture en 1947 pour traverser l’Afrique, Jacques Baratier rencontre une troupe de cinéastes en Algérie, et c’est le déclic : il abandonne ses pinceaux et s’en va avec les gens du voyage…

B.L. : À l’époque, ce qui l’intéressait, c’était la peinture et la littérature. Et voilà qu’en plein désert algérien il découvre que le cinéma était un peu l’alliance de tout ça.

A.S.L. : Oui, le cinéma était une sorte de lunette d’approche pour lui, pour observer ce dont il était curieux. Tout rentre dans le cinéma, tout ne rentre pas dans la peinture, il l’avait compris. Ce qu’il y a de formidable, c’est qu’il a réussi à faire des films sans rentrer dans l’institution du cinéma avec un grand C. Le cinéma, c’était tout à coup une clé pour être libre. Il se serait senti moins libre s’il avait écrit, s’il avait peint parce que cela obéit à des rites. On peut exercer le cinéma de mille façons. Avec le cinéma, il découvrait que tout ce qu’il aimait dans la vie pouvait être attrapé. Il a commencé à faire du cinéma au début de la Nouvelle Vague et son premier long métrage, Goha, est un conte écrit en arabe par le poète libanais Georges Shéhadé. C’est un film contemporain de la Nouvelle Vague et qui ne ressemble à aucun autre. Les autres se ressemblent entre eux, lui est toujours à part. Le cinéma a été pour lui une espèce d’instrument magique pour approcher et donner vie à tout ce qu’il aimait.

B.L. : Le cinéma, baguette magique de l’enchanteur Baratier. Dans son cinéma, les gens se croisaient comme ils ne se croisent pas dans la vie. Ses amis Boris Vian et Audiberti jouaient avec lui à ce jeu de passe-muraille.

A.S.L. : Ce qui vient en premier plan dans ses films, c’est la poésie, pas la machine cinématographique. Il faisait un cinéma qui inventait son propre territoire. D’habitude les gens travaillent sur le même territoire, mais lui en a changé continuellement. La matière de ses films ne préexiste pas. Quand je dis matière, je veux dire tout, du scénario aux acteurs, on a l’impression que cela vient juste de la veille ou du matin même. C’est cette façon d’être au présent qui le rend assez unique. Il n’y a pas beaucoup de cinéastes qui sont au présent, à part Jean-Luc Godard quand il est en forme.

B.L. : Jacques est le cinéaste de l’air du temps. Il ne s’intéressait d’ailleurs qu’au moment présent. Il ne parlait jamais du passé ou de ce qu’il avait fait. Il a toujours fait des films très différents les uns des autres. L’Or du Duc, avec Claude Rich et Jacques Dufilho, est une comédie, j’ai très envie de le voir, c’est je crois son film le plus autobiographique. Goha est aussi quelque part son portrait, Omar Sharif interprète un personnage à la fois naïf et merveilleux. J’aimerais aussi beaucoup revoir Dragées au poivre, ce film m’avait beaucoup amusée à l’époque. Il y avait toutes les vedettes du moment, de Signoret à Belmondo.

A.S.L. : Le moment où c’est arrivé, on ne s’y attendait pas. Et venant de Baratier, c’était surprenant.

B.L. : Mais rien ne peut me surprendre venant de Jacques. Déjà La Poupée m’avait beaucoup frappée. J’avais été très impressionnée par l’acteur polonais Zbigniew Cibulsky et par le travesti belge. C’était la première fois qu’on voyait un travesti à l’écran, il danse merveilleusement.

A.S.L. : Il aimait jouer de tous les tabous.

B.L. : Il est inclassable. D’ailleurs, ses films sont invisibles. Qui a vu Métier de danseur, son film sur Jean Babilée tourné en 1953, dix ans avant que Rivette ne le fasse tourner ? Qui a vu Opération séduction, seul film où l’on assiste au premier contact d’Indiens du Brésil avec des Blancs ? Quand je parle de l’air du temps, c’est aussi de cela : l’art de saisir les choses au moment où elles arrivent. Il est là, il tourne.

A.S.L. : Je me souviens d’un voyage de Belfort à Paris. Il m’a entraîné dans son univers en me parlant des gens qu’il avait connus, Saint-John Perse, Gurdjieff, Pomerand, Saint-Exupéry… tout en abordant au bar des inconnus ou les jeunes femmes qui lui plaisaient. La place de Baratier c’est ça, il est sans doute celui qui a le mieux attrapé l’esprit d’une époque. La plupart du temps, j’exagère exprès, mais enfin les films qu’on va voir c’est des films qu’on a déjà vus. On sait ce qu’on va trouver comme quand on fait le marché chez les commerçants habituels. Alors que chez Baratier pas du tout, c’est la surprise totale parce qu’il n’obéit pas aux codes même pour les détourner, il les ignore. Il filme comme un poète écrit un poème. Chez Baratier, on a l’impression qu’il y a une espèce d’insouciance qui est à la base de son travail.

B.L. : Lui, ce qu’il aime, c’est le jaillissement de la vie.

A.S.L. : C’est ce qu’on retrouve dans Désordre. Ses films bougent tout le temps, c’est dans ce sens qu’ils lui ressemblent. Il les remontait sans fin. En ne se souciant ni des problèmes d’espaces, de temps, de raccords, il était capable de tourner un plan pour le raccorder à une séquence qu’il avait fait trente ans avant. On avait l’impression que le cinéma était pour lui un univers au-dessus de l’univers dans lequel on vit, moins lourd, moins pataud, où on pouvait circuler dans tous les sens. Alors que pour beaucoup de cinéastes, la majorité, ils ne rêvent qu’à emprisonner leurs spectateurs, comme a su le faire magistralement Hitchcock, référence absolue. Mais Baratier, comme Renoir ou Rouch, a eu instinctivement une tout autre ambition à l’égard de ses spectateurs : celle de leur donner la clé des champs.

Propos recueillis à Paris en septembre 2010.

Si cette description vous dit rien, vous devez y aller pour voir Boris Vian ou Pierre Schaeffer (oui, celui-la!) jouer l’architecte, bien que Jean Paul Belmondo, Anna Karina et des autres stars dans des rôles inattendus.

Aussi, cet blog a des articles très compréhensives sur la rétrospective.

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Le film d’un seul tournage

Article publié le : Lundi 8 novembre 2010. Rédigé par : Elek Orsolya

Présentation du film L’arche russe

Article à propos du cours du 13 octobre 2010: Autour d’Alexander Sokourov,

du cycle de films « Moscou, Saint-Pétersbourg » du Forum des images (14 septembre – 24 octobre 2010)

et de l’exposition rétrospective du cinéaste au Jeu de Paume (du 19 octobre 2010 au 06 février 2011).


Image de prévisualisation YouTube

trailer en langue anglaise

Titre originaire: Russian Ark
Réalisateur: Alexandre Sokourov
Scénario : Anatoli Nikiforov et Alexandre Sokourov
Photo : Tilman Buttner
Musique : Sergue Evtouchenko

La spécificité du film est qu’il a été tourné en un seul plan unique d’une heure et trente minutes.

Comme le cinéma argentique traditionnel ne permet pas de filmer un plan aussi long (cela est à cause de la longueur des bobines de tournage limitée), le film de Sokourov a été réalisé avec une caméra numérique haute définition et enregistré directement sur un disque dur.

Etant donné qu’il n’y a de montage ni caché ni direct dans le film, tous les détails ont été très précisément planifiés. Les mouvements des acteurs, les changements de scènes sont forcés à passer comme prévus, sans laisser la place à la moindre improvisation. La précisité du chorégraphie est extraordinaire. Le nombre des figurants – des personnages qui ne parlent pas – est l’un des plus imporants.

L’étrange histoire se déroule dans le musée de l’Ermitage à Saint Petersbourg. Un homme, le narrateur, qui paraît être invisible, se réveille dans le musée et flâne d’une salle à l’autre. C’est lui qui tient le caméra dans les mains et ainsi nous, les spectateurs ne le voient quasiment pas le visage. Sinon nous l’entendons toujours parler: ou il parle pour soi-même ou bien aux autres qui n’y réagissent jamais. Le seul qui le voit et qui lui répond est un étranger, un diplomate français à qui le personnage principal découvre l’histoire de la Russie.

Nous sentons participer à cette découverte grâce à la technique de steadycam uniquement et entièrement utilisé dans ce film. C’est toute une voyage dans de centaines d’années et dans l’esprit humain.

Liens:

Lors du projection du film au Forum des images, Diane Arnaud a présenté  une analyse du film L’arche russe le 22 octobre 2010. L’enregistrement de son exposé est online sur: www.screenville.blogspot.com/2010/11/larche-russe-arnaud.html

Les événements autour de la rétrospective au Jeu de Paume: www.jeudepaume.org/index.php?page=article&sousmenu=&idArt=1361&lieu=1

Orsolya Elek