Mobilité, invention technologique et invention artistique (conférence à l’ENSAD)

avec Masaki Fujihata, Pierre-Damien Huyghe, Jean-Louis Boissier

mercredi 19 novembre 2008

Masaki Fujihata expose trois œuvres à l’ENSAD.
Tout d’abord, il y a eu l’intervention de Pierre-Damien Huyghe (professeur à PARIS 1). Pour lui, il y a une distinction conceptuelle entre invention et découverte. Son propos se base sur trois propositions : Dans sa première, il nous explique qu’il y a une position qui définit l’art comme une conduite technique. «Conduite» ayant rapport ici avec le mot «technique» qui a comme origine grec «technê». Cela signifie «art». Ici, art veut dire «savoir-fair » qui permet donc d’obtenir quelque chose de déterminé. L’activité artistique a une finalité esthétique qui est désintéressée et qui se différencie de la technique qui vise à l’utilité Ce qui caractérise la conduite technique artistique c’est le fait qu’elle n’est pas instrumentalisée. Elle est libérée d’avoir à servir pour quelque chose ou quelque cause.
Il y a une différence entre «faire une photographie» et «faire une image au moyen de la photographie». Dans le travail de Masaki Fujihata, il y a une dimension de libération de la technique. La conduite technique n’est pas nécessaire, elle est donc contingente. Contingent s’oppose au nécessaire, qui est ce qui ne peut pas ne pas être. Chez Aristote, ce qui est contingent est utile. Il ne faut pas confondre l’utile et le service. Mettre en évidence l’utile sans passer par la notion de service. L’enjeu de Masaki Fujihata selon Pierre-Damien Huyghe, c’est la séparation de l’utile et du service (racine: servilité). Aristote est le premier philosophe a penser la contingence. L’utile (science théorique qui est nécessaire) et s’oppose au service (action pratique qui est contingente). Pour expliquer cela, Aristote donne un exemple: «Nécessairement, il y aura demain un bataille navale ou il n’y en aura pas, mais il n’est pas nécessaire qu’il n’y en ait pas». La contingence pour lui est donc un choix non pris à la légère et qui renvoi à la liberté. De plus, pour Aristote, l’art permet un apprentissage, donc d’acquérir des connaissances. « en effet, on aime regarder les images parce qu’en même temps qu’on les contemple, on apprend et on raisonne sur chaque chose comme lorsque l’on conclut: cette image c’est lui.» ( La Poétique, Aristote)

Dans la seconde proposition, il nous dit qu’il faut étudier les possibilités d’un groupe de techniques dans le travail de Masaki Fujihata, ce qui présuppose que les techniques ne s’achèvent pas dans l’usage où d’ordinaire elles sont tenues, il faut mettre en œuvre l’extraordinaire d’une technique. Les appareils ne sont pas des instruments. Il y a des réserves de possibilités où il faut lutter contre les idées dominantes qui pensent que les techniques sont épuisables. Plusieurs définissent les appareils par le fait qu’ils sont épuisables. La conduite artistique cherche dans les techniques non pas les moyens mais ce qu’il y a comme possibilités.

Pour finir, il nous dit que les artistes sont des découvreurs ( «dé-couvrir»). Cette découverte les artistes la produisent dans les faits même. Ce travail artistique est sensible. Il se situe dans l’ordre du «fair » et non dans celle de la «déclaration». On peut faire alors une distinction globale, on peut définir l’art et définir les artistes comme des découvreurs, car ils ne sont pas tous des inventeurs. Pour que l’art soit possible, il faut qu’il y ait des mentions.

En résumé, par la biais d’une entreprise pratique, l’on déclare quelque chose. Ici, l’on découvre. L’art est une activité non secondaire (car rapport libre avec la technique) mais est une activité seconde. Les artistes participent à la croissance des techniques. Même étymologie «croissance» et «création». Il y a un enjeu à l’art: ce qui se passe à l’occasion d’une découverte c’est l’attestation de quelque chose, l’authentification de l’utile. Il faut aller vers la découverte des techniques qui nous permettent de nous situer avec elle-même.

Jean-Louis Boissier intervient à son tour pour nous expliquer le titre du colloque «mobilisable». Ce mot peut supporter beaucoup de significations. Par exemple, la mobilisation, le mobile… L’œuvre de Masaki Fujihata, Orchisoid, est rendue mobile.

Enfin, Masaki Fujihata vient nous rejoindre dans la salle pour nous parler de son travail (en anglais).

Il y a une connexion intéressante entre les trois œuvres présentées. Ici, il nous montre des extraits de ses œuvres.

Field-works 1992/2005. Il a utilisé des GPS pour modéliser les déplacements. Cela est possible au fait du nombre très important de satellites. Il a «mixé» la vidéo et les tracés GPS.

Impressing velocity, 1992/1994 : Deform the stape. D’abord il y a un tracé et après modélisation d’une image. Deux résultats: tracé, image.
Experiencing galliver,
2000. collection of activity by video into cyberspace. And worshop with junior hight school students.
Field –work@mersea_island.
Au Japon, il y a de grandes montagnes et pas en Islande et donc, malgré tout, il modélise des montagnes à partir des relevés GPS dans un pays plat.
Field –work@hayama.
Recording of a private view with orientation of camera and GPS.
Field –work@Alsace.
Les images, le sons se confondent.

Landing home in Geneva. Les images sont présentées avec une vue de 360°.

Pour de nouveau projets, il travaille avec des compositeurs.
Orchisoid. An experimental project to evolve orchids dor walking. It will conclude about 10 000 years later.

Vue d’une exposition “Robot_Meme” qui à eu lieu à Tokyo, 2001/2002. Il définit le robot. Utilise des détecteurs « brain human » sur les orchidées. Un ordinateur retranscrit sur son écran ce qu’elles ressentent. La fleur est sensible quand l’on s’approche d’elle.

Botanical about training, Orchisoid, 2007.

L’exposition :

Orchisoid (2001-2005)
Morel’s Panorama
(2005)
Landing Home in Geneva
(2005).