Le livre d’artiste ou « objet rare » comme l’appelle Paul Armand Gette

J’ai une attirance pour le livre fait à la main, le livre qui m’invite au toucher. Je suis presque obsédée par ces objets rares, dont  la recherche créatrice est à l’origine .
Lors de mes visites à la bibliothèque de l’Imprimerie nationale (qui a dû laisser ses anciens locaux et se trouve désormais dans la banlieue à Ivry-sur-Seine), Régine Gourmel, responsable de la fabrication et de la reliure m’a présenté le responsable de la bibliothèque, Didier Barrière. Lui connais presque tous les livres de la maison; dans une toute petite pièce et à côté de son bureau, il m’a fait découvrir une partie de ces œuvres.
J’ai pu feuilleter et lire certains livres réalisés avec de très beaux papiers et de belles impressions en collaboration avec des artistes, poètes et écrivains. Notamment un livre illustré par Bran Van Velde, Les Trois Visions de Francisco de Quevedo édité par Yves Rivière avec 43 lithographies de Saura, les écrits de Giacometti avec des travaux réalisésau quotidien sur des plaques de cuivre ou zinc…

Lithographie de Bran Van Velde

Le silence, je suis seul ici,
dehors la nuit, tout est immobile et le sommeil
me reprend. Je ne sais ni qui je suis, ni ce que je
fais ni ce que je veux, je ne sais si je suis vieux ou
jeune, j’ai peut-être encore quelques centaines de
milliers d’années à vivre jusqu’à ma mort, mon
passé se perd dans un gouffre gris, j’étais serpent
et je me vois crocodile, la gueule ouverte ; c’était
moi le crocodile, la gueule ouverte ; c’était
moi le crocodile rampant la gueule ouverte. Crier
et hurler que l’air en tremble et les allumettes
de loin en loin là par terre comme des bateaux de
guerre sur la mer grise. Ecrits de Giacometti

À la librairie Nicaise, au 145 boulevard Saint Germain, 6earrondissement, j’ai beaucoup apprécié ce genre de livres ainsi que d’autres publications avec des papiers de qualité venant de divers horizons et parfois faits à la main, avec lesquels la typographie dans la feuille a une belle impression ; soit   gravure, soit sérigraphie, soit lithographie sans oublier la linogravure, la xylographie et encore d’autres procédés.

Au fil du temps, je constate une évolution vers une meilleure qualité généralisée qui fait du livre un document à lire, à contempler, à ressentir à travers ses images, avec un œil plus avisé, ou qui fait apprécier un tirage gravé, imprimé, photocopié. Et aujourd’hui nous avons le livre interactif, ouvrant des possibilités multiples dans la création et l’accessibilité par le moyen de nouvelles technologies.

Le collectionneur de livres Tarek Issaoui nous a  parlé, pendant son exposé le 12 janvier à  l’École nationale supérieure des Arts décoratifs lors de la 4ejournée du livre d’artiste, de la manière dont il choisit un livre et du rapport sensuel qui se crée avec l’objet. Cette sensation s’empare également de moi et je poursuis mes recherches dans un travail personnel où la photographie, la vidéo et les dessins sont les protagonistes de la mémoire du temps.

Lors de mon parcours dans la région de Carabayllo, situé au nord de Lima, la capitale du Pérou, j’ai fait une découverte incroyable : il s’agit d’un Musée rural à l’intérieur de Punchauca (lieu-dit) ; Punchau veut dire « jour ensoleillé » et huacaest  le lieu du culte.


Musée Régional Colli

À cet endroit, nous pouvons apprécier des pièces appartenant   à la culture Colli (1,100 de notre ère) ainsi que d’autres provenances  de la région, également des pièces datant de l’époque coloniale et de la République. Dans une autre pièce de ce musée qui semblait surréaliste, une bibliothèque apparut contenant des livres très anciens, des photographies très anciennes et des journaux périodiques. Ce fut une découverte admirable. Les personnes qui ont fondé ce lieu sont l’historien Raul Ramirez et Martha Aguilar.

Juliana Zevallos