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Yäel Maïm, Rien d’Important

La bureaucratie vue par une jeune, tel est le sujet du livre Rien d’Important comme le prouve le petit jeu de mot du titre; le Revenu d’Insertion (RI) est une forme d’aide sociale en Suisse qui permet aux personnes ne disposant pas de revenu suffisant de bénéficier d’une aide financière et de mesures d’insertion sociale et/ou professionnelle. Ce jeu de mots est loin de rester être une simple blague banale. Il souligne le rapport de l’auteur avec la situation citée, et laisse entendre ses émotions vis-à-vis au problème. La contrariété des deux expréssions RI (Revenue d’Insertion et Rien d’Important) montre la contradiction entre l’importance du dispositif et les difficultés de l’avoir.

Yäel Maïm, Rien d'ImportantLe nombre des jeunes âgés de 18 à 25 ans dépendant de cet aide publique s’élève à 2000, nombre bien important et inquiétant, comme l’explique Yäel Maïm dans son chapître final ‘annexes’. Elle a aussi vécu tout le procédure qui l’a poussée vers la création de cet album. Les écritures témoignant de ses sentiments personnels sont suivis par des dessins sexuels, des fantasmes et des extraits de dossiers officiels. Le contenu visuel y compris les dessins et la typographie crée un univers où intimité et brutalité, émotions et humiliation se mêlent. Le ‘jeu’ est cependant une caractéristique remarquable de l’album: le jeu de mots est souvent présent dans les textes, la typographie est souvent badin et léger, l’humeur des dessins est pleine d’ironie.

L’invention d’un monde singulier et irréel aurait permis à l’auteur – et donne également la possibilité aux lecteurs – de s’échapper à une situation qui lui est désagréable mais incontournable. A un conflits dont la base est le manque de respect de l’autre, est l’ignorance de son existance en tant qu’humain: quand il y a des dossiers à présenter, quand il y a l’indigence à prouver, on se sent exposés à divers dangers, envers des bureaucrates pour qui on est numérotisés et ainsi déshumanisés. L’individu devient d’informations numériques et se définit uniquement par celles-ci.

Yäel Maïm, Rien d'Important

« Quoiqoe moins agressif qu’un affront direct,
le manque de respect peut revêtir une forme tout
aussi blessante. Il n’y a pas d’affront, mais il n’y a
pas de reconnaissance non plus: on n’est pas vu,
pas perçu comme un être humain à part entière,
homme ou femme, dont la présence importe. »

Richard Senett, Respect


En la conception de la perte de genre humain, le livre de Yäel Maïm est analogue au roman de La métamorphose de Franz Kafka où le personnage principale se transforme petit à petit à un insecte. Ce changement reste étonnement invisible aux autres qui donne au roman sa caractère absurde. Dans les deux cas la déshumanisation est dûe à une procédure juridique et devient visible sur le corps du victime. La transformation corporelle reflète cependant les sentiments personnels qui sont ainsi d’autant plus forts. La nature ironique ou absurde des oeuvres cherche à souligner le geste de refus de tous ce qui n’est pas humain, qui n’est pas humaniste, qui n’est pas normal: qu’il ne faut absolument pas accepter et vivre avec.


Yäel Maïm a pu trouver exprimer sa colère et son inquiétude d’une façon très nuancée, forte et très unique. Ses sentiments nous sont aussi connus; la manière dont elle en parle nous amuse et nous fait aussi réfléchir.

Yäel Maïm, Rien d’Important, imprimé à l’atelier typo/PAO de la Haute école d’art et de design, Genève 2010.

livre de format A5,
68 pages en noir et blanc,
4 pages en couleur,
jaquette aux dessins de couleur

le livre peut être lu sur son site:

www.yaelmaim.posterous.com

Orsolya Elek

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