L’arbre bleu.

Comme l’artiste Jorge Rodriguez-Gerada, l’artiste Pierre Alechinsky exploite la façade d’un immeuble pour réaliser son œuvre intitulée L’arbre bleu. Cette peinture murale, réalisée in situ, c’est à dire pour et sur le site, est visible au croisement de la rue Clovis et la rue Descartes à Paris dans le 5e arrondissement. C’est dans le cadre des Murs de l’an 2000 que le peintre Pierre Alechinsky a peint cet arbre bleu sur un immeuble et qu’elle est accompagnée, à la demande de l’artiste, d’un poème de son ami Yves Bonnefoy, auteur célèbre, notamment pour son recueil de poèmes intitulé Les planches courbes. Ici, l’arbre bleu explose au milieu des bâtiments gris. Afin d’accentuer cette sensation picturale, le poème d’Yves Bonnefoy joue sur cette luminosité de l’arbre qui se détache de l’environnement urbain et évoque la nécessité de préserver la nature dans un milieu urbain, comme une échappatoire, une bouffée d’oxygène. Le poète nous explique aussi que, bien que ce ne soit que la représentation d’un arbre, donc l’image fixe de quelque chose de vivant qui ne peut être ici réellement, elle offre néanmoins aux spectateurs un coin de ciel bleu. Il apostrophe le spectateur («passant» et «philosophe»), s’adressant directement à lui et cherche par des mots simples à capter notre attention, afin de nous sensibiliser…
L’arbre central, d’un bleu vif et uniforme s’impose à nous et semble parfaitement immobile. Seules les quelques éclaboussures de peinture bleue viennent briser cette impression de perfection, qu’Alechinsky semble détester. Une marge encadre et accompagne l’image centrale d’une autre lecture. Ces images en périphérie nous montrent des arbres calcinés, minuscules et faibles, troublés par des fragments d’un monde urbain, ce qui expliquerait cet appauvrissement de la nature. Ces dessins créent une narration, parlent au spectateur, jouant avec son regard afin de l’intégrer à son œuvre et de le soumettre à son imagination fertile.
La force de cette œuvre réside dans l’économie de moyens qui suffit à éveiller le promeneur, à explorer la joie ou l’émotion.